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Faut que je vous dise aujourd'hui que
Maître et chien, de Thomas Mann, ça vient de ressortir
au Livre de poche (collection Biblio). C'est marrant : on dirait
pas que cette "idylle entre un maître et son chien" a été écrite
par l'auteur de La Montagne magique, entre autres monuments
élevés à la gloire du prêchi-prêcha. Il y en a bien, encore
un coup, des amorces de galimatias, comme qui dirait, ici, mais
heureusement que ça y tourne court.
Quand
je dis heureusement je veux dire que ça vaut mieux, vu que si
c'est pour nous débiter, comme Mann le fait au début, que c'est
pas parce qu'un corniaud comme son Bauschan n'est pas un aristo
qu'il faut pas qu'on le respecte un petit peu aussi, même si
d'après lui c'est forcément populo et un rien plus dégueulasse,
un bâtard, qu'un specimen d'antique origine, si c'est pour nous
débiter ça, moi je redis halte ! Parce que quand il commence
à s'approfondir, c'est pour dire rien que des conneries du même
tonneau ! Alors, à choisir, il faut bien admettre qu'il a eu
raison de s'attarder sur presque 100 pages à raconter plutôt
comment son cador chasse le mulot, même si on s'en bat les noix,
pas vrai ? C'est que c'est toujours mieux quand même.
Enfin,
l'autre truc qui me plaît pas non plus des masses, là-dedans,
c'est que si question sentiment Thomas Mann est plutôt pingre,
question humour, alors là, moi je dis que couic, les mecs, vu
le sérieux avec lequel il nous inflige cette noria de banalités
! Reste plus, avec ce bouquin, qu'une bonne idée de dictée à
fourguer aux collèges parce qu'au moins ça peut passer pour
du grand style, cette tartine, même si ça vire au friselis un
peu tatillon et aussi empesé que les faux-cols du mec, mais
c'est toujours ça, voyez-vous, toujours ça au moins pour penser
qu'on s'est peut-être pas tout à fait emmerdé pour rien.
Avec
le dernier Modiano, La petite Bijou (Gallimard), c'est
l'histoire d'une nana qu'on avait surnommée comme ça dans le
temps et qui croit avoir reconnu par hasard sa mère dans une
voyageuse en manteau jaune, au métro Châtelet, à une heure de
pointe, alors qu'on lui avait toujours dit depuis son enfance
qu'elle avait clamsé au Maroc. Chez Modiano il y a toujours
au début, comme chez Simenon d'ailleurs, c'est presque tout
pareil, un petit prétexte qui suffit pour foutre le feu au personnage
et exciter cette espèce de soupçon qui fait qu'il se demande
comme ça tout à coup qui il est et les autres qui ils sont,
et même que les lieux autour, voilà qu'ils deviennent louches
aussi, avec les pierres et leur histoire derrière, dame.
Cette
fois, le personnage est donc une nana, que je disais. Remarquez,
elle est pas sûre que la mère qu'elle croit avoir reconnue l'autre
jour est bien sa mère à elle. Tant pis, pour elle c'est tout
comme. Elle va la suivre jusqu'à un HLM de la porte de Vincennes
où la supposée morte semble crécher. Un autre jour elle la resuit
de loin. Bon, nous autres on se dit alors qu'elle va bien finir
par l'aborder, merde, tailler une bavette avec elle et tout,
histoire de remettre les pendules à l'heure, le passé, tout
ça. Et puis voilà qu'une autre fois elle s'en va toquant chez
la pipelette dudit HLM pour avoir des infos, mais elle la nana,
pensez-vous, elle apprend que dalle ou presque, simplement que
la revenante est surnommée Trompe-la-mort par ses voisins, elle
paie pas son loyer because il est trop cher et elle vous insulte
par-dessus le marché comme une poissarde si encore vous êtes
pas content, vous autres.
Notre
héroïne va alors divaguer dans Paris comme un chien mais sans
Thomas Mann, cette fois, un chien errant, quoi, rencontrer un
mec dont le métier c'est d'écouter la nuit les radios étrangères
pour traduire ce qui s'y papote, faire connaissance avec une
pharmacienne qui est bien gentille et, vu qu'elle se trouve
sans un, elle va même se mettre à bosser chez un jeune couple
à Neuilly qui est bien content de lui refiler sa môme en qui
elle se revoit elle-même à son âge, solitaire, taciturne, ombrageuse,
comme qui dirait.
Voilà,
si vous voulez bien, un catalogue d'événements qui serait aussi
chiant que la pluie si ça finissait pas par charrier quand même,
sur fond de faucheuse, une espèce de question vachement fondamentale
sur le sens de la vie qui passe et tout le bordel. Mais Modiano
écrit bien, c'est ce qu'on dit partout, sujet-verbe-complément,
et puis c'est du nickel, du bien-pensant, pas de violence, pas
de misère là-dedans, que le monde on s'en fout, rien que des
hôtels particuliers et tout ça, ici, sauf une escapade du côté
de l'avenue de Saint-Mandé mais ça dure pas deux pages. Moi
je dis que c'est pas si mal, après tout, même si après l'avoir
lu j'ai toujours envie de m'attaquer à un bon roman d'aventures
pour me faire plaisir.
A
plus.
Tito
Bast
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