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éTito
Modiano,
sujet-verbe-complément

21.05.01


Faut que je vous dise aujourd'hui que Maître et chien, de Thomas Mann, ça vient de ressortir au Livre de poche (collection Biblio). C'est marrant : on dirait pas que cette "idylle entre un maître et son chien" a été écrite par l'auteur de La Montagne magique, entre autres monuments élevés à la gloire du prêchi-prêcha. Il y en a bien, encore un coup, des amorces de galimatias, comme qui dirait, ici, mais heureusement que ça y tourne court.

Quand je dis heureusement je veux dire que ça vaut mieux, vu que si c'est pour nous débiter, comme Mann le fait au début, que c'est pas parce qu'un corniaud comme son Bauschan n'est pas un aristo qu'il faut pas qu'on le respecte un petit peu aussi, même si d'après lui c'est forcément populo et un rien plus dégueulasse, un bâtard, qu'un specimen d'antique origine, si c'est pour nous débiter ça, moi je redis halte ! Parce que quand il commence à s'approfondir, c'est pour dire rien que des conneries du même tonneau ! Alors, à choisir, il faut bien admettre qu'il a eu raison de s'attarder sur presque 100 pages à raconter plutôt comment son cador chasse le mulot, même si on s'en bat les noix, pas vrai ? C'est que c'est toujours mieux quand même.

Enfin, l'autre truc qui me plaît pas non plus des masses, là-dedans, c'est que si question sentiment Thomas Mann est plutôt pingre, question humour, alors là, moi je dis que couic, les mecs, vu le sérieux avec lequel il nous inflige cette noria de banalités ! Reste plus, avec ce bouquin, qu'une bonne idée de dictée à fourguer aux collèges parce qu'au moins ça peut passer pour du grand style, cette tartine, même si ça vire au friselis un peu tatillon et aussi empesé que les faux-cols du mec, mais c'est toujours ça, voyez-vous, toujours ça au moins pour penser qu'on s'est peut-être pas tout à fait emmerdé pour rien.

Avec le dernier Modiano, La petite Bijou (Gallimard), c'est l'histoire d'une nana qu'on avait surnommée comme ça dans le temps et qui croit avoir reconnu par hasard sa mère dans une voyageuse en manteau jaune, au métro Châtelet, à une heure de pointe, alors qu'on lui avait toujours dit depuis son enfance qu'elle avait clamsé au Maroc. Chez Modiano il y a toujours au début, comme chez Simenon d'ailleurs, c'est presque tout pareil, un petit prétexte qui suffit pour foutre le feu au personnage et exciter cette espèce de soupçon qui fait qu'il se demande comme ça tout à coup qui il est et les autres qui ils sont, et même que les lieux autour, voilà qu'ils deviennent louches aussi, avec les pierres et leur histoire derrière, dame.

Cette fois, le personnage est donc une nana, que je disais. Remarquez, elle est pas sûre que la mère qu'elle croit avoir reconnue l'autre jour est bien sa mère à elle. Tant pis, pour elle c'est tout comme. Elle va la suivre jusqu'à un HLM de la porte de Vincennes où la supposée morte semble crécher. Un autre jour elle la resuit de loin. Bon, nous autres on se dit alors qu'elle va bien finir par l'aborder, merde, tailler une bavette avec elle et tout, histoire de remettre les pendules à l'heure, le passé, tout ça. Et puis voilà qu'une autre fois elle s'en va toquant chez la pipelette dudit HLM pour avoir des infos, mais elle la nana, pensez-vous, elle apprend que dalle ou presque, simplement que la revenante est surnommée Trompe-la-mort par ses voisins, elle paie pas son loyer because il est trop cher et elle vous insulte par-dessus le marché comme une poissarde si encore vous êtes pas content, vous autres.

Notre héroïne va alors divaguer dans Paris comme un chien mais sans Thomas Mann, cette fois, un chien errant, quoi, rencontrer un mec dont le métier c'est d'écouter la nuit les radios étrangères pour traduire ce qui s'y papote, faire connaissance avec une pharmacienne qui est bien gentille et, vu qu'elle se trouve sans un, elle va même se mettre à bosser chez un jeune couple à Neuilly qui est bien content de lui refiler sa môme en qui elle se revoit elle-même à son âge, solitaire, taciturne, ombrageuse, comme qui dirait.

Voilà, si vous voulez bien, un catalogue d'événements qui serait aussi chiant que la pluie si ça finissait pas par charrier quand même, sur fond de faucheuse, une espèce de question vachement fondamentale sur le sens de la vie qui passe et tout le bordel. Mais Modiano écrit bien, c'est ce qu'on dit partout, sujet-verbe-complément, et puis c'est du nickel, du bien-pensant, pas de violence, pas de misère là-dedans, que le monde on s'en fout, rien que des hôtels particuliers et tout ça, ici, sauf une escapade du côté de l'avenue de Saint-Mandé mais ça dure pas deux pages. Moi je dis que c'est pas si mal, après tout, même si après l'avoir lu j'ai toujours envie de m'attaquer à un bon roman d'aventures pour me faire plaisir.

A plus.

Tito Bast

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