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Moi je dis qu'on en a marre. Tous des
nains que si on le dit pas c'est pareil, une marmitée de cuistres,
d'épilés, de lustrés, avec leurs minauderies de dévots, des
voyous en plus que ça en a pas l'air avec leurs costards-trois-pièces,
leurs cravates en camaïeu et leurs pompes vachement cuir pour
pas salir la moquette à leurs safranes que c'est nous qu'on
paye en plus comme c'est qu'on dit. Mais matez-les donc, vous
autres, et je parle pas que des brocs d'eau ni seulement des
têtes de veaux, encore. Je parle des mecs à la politique de
gauche, de droite, de gauche de droite et de droite de gauche,
sans compter les centres de gauche, centres de droite, extrêmes-gauches
ou autres, sans compter tous les tutti quanti que je vous dis
rien vu qu'ils ont rien à ajouter de mieux ou que c'est pis
dans le registre de la scélératesse. Matez-les donc, les mecs
! Branchez vos écouteurs ! Non mais, écoutez-les, des fois que
vous auriez le coeur !
Qu'est-ce qu'ils ont à vous vendre, comme c'est que tout
le monde cause à leur suite et à cette heure ? Ohé ! Ohé ! C'est
ça la France devenue ? Ca, l'héritière des tribuns de la révolution,
la représentativité républicaine de nous autres les lambdas
qu'on doit voter pour eux à cause que c'est notre devoir civique
gagné sur des siècles et des siècles de servage ? C'est pour
ces cons-là qu'ils ont bossés, nos ancêtres d'avant, nos bonnets
phrygiens, poilus, déportés, résistants, écrivains idéalistes
ou pas, poètes à semelles de vent, musiciens romantiques, minimalistes,
sérialistes, peintres à dada ou à cube et j'en passe, tous ces
déserteurs et objecteurs de conscience qu'ils disaient non,
non et re-non à la vulgate des princes et autres félons toutes
catégories ?
Gueulez non ! une fois, ce jourd'hui, essayez voir, les potes,
à la grand-messe ultra-libérale de vos énarques contemporains.
Pas de debout, là-dedans ! Plus d'ohé ! ohé ! Jamais plus. Forbidden,
qu'on vous prendrait pour des barjes dentellisés, des relaps
à la Cassandre, ou qu'on vous écouterait point vu qu'on dirait
que vous êtes pas des réalistes mais des utopistes voire des
réacs plombés au Sidi-Brahim, que le marché c'est le marché
et que ça c'est vachement sacré, le marché, que c'est le marché
qui décide, sérieux, le marché, quoi, tous corps d'activité
confondus, qu'y a plus à penser, à s'ébaubir, à résister, à
aimer ou à pas aimer mais à gagner, comme je dis. C'est ça qu'il
veut, le marché : gagner, les mecs, hein ? A croire que nos
nains désormais à la botte des empires financiers et les empires
financiers eux-mêmes ont fini par asservir et dissoudre tout
le monde en limaille de menuisier.
Question, au cas où : est-ce que vous imaginez, vous autres,
les chiracs ou autres jospins aller tailler une bavette par
exemple avec Modiano au rade du coin, histoire de fourgonner
avec lui sur ce qu'il faudrait faire à la place de leurs bulles
de propane vu que la sacrosainte conjoncture a lessivé leurs
crânes d'usuriers bêlants comme celui du premier manager mondialiste
venu qu'on parle en bourse ? Moi je réponds que Modiano bafouillerait
que plutôt qu'à dire sinon à ourdire leurs conneries ils pourraient
peut-être d'abord essayer de comprendre que le marché nous autres
on s'en fout un max, Dieu nous garde, et que lui aussi, que
c'est une litote encore. C'est qu'il y a pas que ça qui intéresse
Modiano, c'est un exemple, je dis, ni nous autres, dame, et
qu'on aurait peut-être bien besoin aussi et par ailleurs qu'on
nous rassure tous pour la survie de notre plexus solaire, que
c'est pas forcément rien que les thunes qui font qu'on se fait
pas chier dans la vie, qu'on est aussi des mecs avec des nerfs
à émotions, des idées abstraites, farceuses et tout ça, avec
des rêves qu'on veut pas forcément qu'ils soient de droite ou
de gauche, ça me ferait bien chier, moi, bref qu'on veut qu'on
nous fasse aussi rêver et à autre chose encore qu'à de l'émollient
qu'on paye, même avec de l'euro tout neuf, que les rejetons
aux beaufs voudraient peut-être aussi être libres de se lancer
dans des aventures rien qu'à eux, dans du parallèle, dans de
l'adventice, dans du gracieux. C'est ça, la vie, avoir le droit
de dire merde et de danser la salsa avec Bételgeuse, des fois
! De croire enfin qu'on est pas encore devenus complètement
béni-oui-oui et que le bonheur reste une fête vivable, non ?
A
plus.
Tito
Bast
Lire la seconde partie des Mémoires
d'un truand de Tito Bast (Plumes)
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