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éTito
C'EST ESOPE
QUI LE DIT

22.05.02


C'était pas que l'abondance de mon courriel m'eût invité à revenir de si tôt, je voudrais bien avoir pas l'air de me la péter, s'il vous plaît, mais quelques voix affidées - j'y croyais pas trop mais ça existe, je vous jure - m'exhortaient à refluctuer des fois ailleurs, ici, à Paris, par exemple, plutôt que parmi mes mille îles, et revoir les potes, tailler bavette sur dernières parleries, livrerie germanopratine, stratégies, fratries, comparutions au Tribunal des Offusqués, Monde, Parti Socialiste Français, j'en passe, alors toujours est-il que oui pourquoi pas, hein ?, me suis-je illico dit, qu'il s'ensuit que par suite j'ai atterri terminal 4 depuis l'autre messe du dimanche où que le gros borgne s'était fait enculer par Valstar.

Et pour apprendre quoi, dites, vous autres ? Que ça serait pas une révolte, comme ça, Sire, mais bien une révolution, à Fluctuat.net. Qu'il va falloir les allonger à partir de pas longtemps. Bonne nouvelle livrée à mon retour par ma grand-mère Salomé qu'habite dans le XIIIème, comme je vous l'avais dit. Quand même, il faut dire que le péage, ça existait déjà et pas seulement sur les autoroutes, sur le Web idem. Ben quoi ! Pas de honte là-dedans. Regardez Le Point : accès aux articles moyennant obole. Libé s'est jeté à son tour dans la salsa pour la pêche aux archives. Et le canard de la rue Falguière encore, avec son Desk, ses portfolios, ses dossiers thématiques, etc.

Moi je dis que c'est plutôt normal. Que j'ai même pensé sur le coup à un truc vachement cool : les chroniqueurs de Fluctuat, comme moi, ils vont peut-être enfin pouvoir encaisser de la thune comme les autres. Rien de plus mérité : c'est qu'on bosse, aussi, mine de rien, nous autres. Légitimation enfin des mérites de chacun, pourquoi pas ? Déprécarisation des intellos numériques. Si vous voulez lire Tito, faut casquer, les artistes ! Rien moins que de la censure. Au contraire : condition pour émoluments dus à auteur auguste ! Or aïe ! Que non. Hors sujet, mec. Tu y es pas. Un peu de hauteur, que diable : écrire, ça fait longtemps que c'est plus un turf ! Est-ce que ça l'a d'ailleurs été ? Regardez-le ! Il se la jouait, lui. Non, mais… Arrêtez-le donc ! Quelle impudence ! Quelle immodestie ! Ouais, bon, surtout de l'étonnement, remarquez. Moi qui croyais que Fluctuat.net avait pas d'autre projet que de réhabiliter les écrivaillons de mon genre… Mais bah ! c'est vrai que je me suis ressaisi, aussi, question de gloriole perso, pudeur, désintéressement, réalisme surtout. Enfin, je crois. Il faudrait pas non plus trop demander au Ciel. Tu écris librement, de quoi est-ce que tu te plains, derechef ? Le problème est ailleurs, quoi : est-ce que c'est que tu aurais rien compris, non plus, Tito ? Ecoute donc au lieu de te la péter en loucedé : paraît-il qu'il s'agirait ici de faire preuve de soutien, de générosité, comme on fait avec l'Eglise catholique et ses trésoriers bénévoles, tu sais bien, au son des clarines après la communion. Rien de plus qu'un acte d'amour. On aime tout le monde, ici, il faut seulement la réciproque, rien de plus. Comme ça. Pour voir venir, comme dit le héros des Boulevards de ceinture de Modiano.

En tout cas, voilà-t-il pas que le bruit né avec la Toile, sans oublier Tf1, se trouve officiellement confirmé par Fluctuat.net à son corps défendant : écrire ça peut vraiment pas y être pris pour un flonflon porteur de lendemains dansants. A peine un pet de lapin sur une table sans toile cirée disposée près d'un radiateur à gaz. Mais vous le noterez, qui a jamais dit le contraire, aussi, au fil de forums livresques tantôt dédiés aux seules errances post-modernes de la belle Chloé ? Ça serait tout de même fort de café d'en rejeter la faute sur le seul flux si on en est arrivés là. Trop fastoche.

Bref. Toujours est-il que ceci : consultation des articles restant à discrétion, évidemment, messieurs-dames, soyez rassurés. Mais MP3 bientôt payants et autres trucs plus ou moins du même tonneau, comme l'Enfer, si j'ai bien pigé. Et que la fête commence ! Comme si vous y étiez. Dites merci, hein ? C'est pour faire prospérer votre mag préféré, on vous l'a répété. A cause que la musique ou au moins ses succédanés et autres erzatz, marketés U.S. ou Great-Britain, voilà qu'est-ce qui rapporte au jour d'aujourd'hui. Quant aux défoncés à la livrerie, comme moi, si vous le voulez savoir, aucune raison de la ramener vu qu'eux autres ils seront pas obligés de toute façon d'émarger à la caisse si ils veulent changer de défonce en troquant la paperasse contre le décibel communautariste. Alors, de quoi est-ce qu'ils se plaindraient, eux autres les intellos précaires ?

La littérature, comme qui dirait, ça représente encore au moins 15 euros annuels, après tout, puisque déboursés par les chroniqueurs lecturomanes et autres fieffés manducateurs ils leur seront comme ça remboursés aussitôt en nature. 15 euros annuels tout compris, c'est déjà pas si mal, comme je dis, quand c'est au nom du sentiment sinon de la pluie de cadeaux qu'on s'apprête à recevoir en sus. Là où ça peut défriser d'aucuns parmi mes potes, par contre, c'est de devoir se dire in petto et à part eux, par la même occasion, qu'ils sont si peu lus que ça vaut même pas le coup de miser sur un quelconque bénef avec leur hure de flaque d'eau ou à défaut avec leurs proses qu'elles soient bonnes ou mauvaises, d'ailleurs. En quoi ils auraient tort de s'en bouffer les noix à cause que s'ils voulaient bien s'en donner à peine la peine, ô les foutus éteignoirs !, ils feraient comme les autres ni plus ni moins : ils reliraient les Anciens, ou encore ils iraient voir ailleurs si ils y sont, eux aussi.

Moi j'oublie pas par exemple que des mecs même comme Esope ils écrivaient rien que pour eux seuls. Sans attendre rien d'autre que la considération des rois et des empereurs. Esope ! Juste retour de l'Histoire. Qu'oui ! Tout juste, les vedettes. Le grand Grec. Fabuliste de formation, saviez-vous pas ? Et même est-ce que vous saviez qu'est-ce qu'il a dit comme ça, lui, l'Esope ? "Prends garde à ne pas te perdre toi-même en étreignant des ombres". Un soir d'ambroisie, peut-être, mais malgré tout. Sans compter qu'est-ce qu'a dit Lucrère. Du même tabac, je vous jure. Et Epictète.

Il y a peut-être plus de rois et d'empereurs pour servir le bouillon, à cette heure, mais il y a vous, les internautes chéris. Je trouve ça bien, moi. C'est tout bon, comme dit ma grand-mère. D'autant plus qu'à la longue tout ça finira peut-être par mettre du beurre dans nos épinards, à nous autres, qui sait ?

A plus.

Tito Bast

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