A Paris avec les sept as d'or
Walter Firmo

NB : Ce texte est un extrait du journal parisien du photographe.
Le texte, en cours d'écriture, est à la fois un essai autobiographique et un hommage aux sept grands maîtres de la photographie française et européenne qui ont façonné la vocation de Walter Firmo. Le projet n'a pas encore trouvé d'éditeur. Nous vous invitons à contacter la rédaction de Fluctuat.net si une coédition franco-brésilienne de cet ouvrage vous intéresse.


C'est difficile de dormir pendant les onze heures de vol en classe économique. Mais le manque de confort disparut à mon arrivée à Paris, fatigué que j'étais sans avoir dormi, rêvant tout éveillé, sûr que je marcherai bientôt dans les mêmes rues parcourues par mes maîtres favoris, ceux qui avaient guidé mon destin à distance, bien que je tienne souvent, pour une raison secrète, à me définir comme un autodidacte. Dans mon sang, de vrais Bordeaux se mélangeaient, trois ou quatre bouteilles qui avaient d'emblée emporté ma sobriété. Enivré par le plaisir d'être à Paris, mon esprit accueillait les hallucinations qui se mêlaient aux souvenirs nostalgiques des années dorées entre 1950 et 1960 - j'avais seize ans à l'époque et allais au collège - lorsque je découvrais le baiser sur la bouche, la tendresse, la naissance du désir entre un homme et une femme, et la photographie. J'étudiais à l'Atheneu Brasileiro, Un collège de banlieue situé dans la rue 24 de Maio à Sampaio, station desservie par la gare Central do Brasil. Avec la photographie, je découvrais un aliment séducteur qui nourrissait mon exercice d'illusion, le délice de la communication non-verbale.

Dès cette époque, j'aurai pu opter pour l'argent facile et attirant, me laisser aveugler par l'éclat, illusoire et faux, d'une photographie consumériste, pour qui le fond infini était à la mode et le modèle et son objet représentaient les pièces fondamentales et artificielles du message. J'aurai aussi pu dire oui à l'appel de la publicité et gagner de belles sommes, en renforçant mon compte bancaire en calories. Mais comme compensation, j'allais me fabriquer un ulcère, qui trouerait ma santé en menaçant ma paix d'esprit, à force de lutter pour le droit d'auteur, sacré pour moi depuis lors. En vérité, il est difficile de départager ce qui est bien ou mal en photographie ou en art, quel qu'il soit. Ce qui est important, c'est que l'artiste crée en paix avec lui-même. En fin de compte, que serait le jaune si tout le monde n'aimait que le lilas, le vert ou le bleu ?

Si aux Etats-Unis la spécialisation est consacrée - celui qui travaille avec la couleur ne travaille qu'avec la couleur, idem avec le noir et blanc, la photographie aérienne, le portrait - elle est considérée comme une arme à double tranchant par certains critiques. D'autres optent pour la spécialisation sans se laisser " asphyxier ", laissant la porte entrouverte à d'autres expériences. En photojournalisme, il existe plusieurs tendances et un bon éditeur est celui qui sait jongler avec les différents talents. La prudence recommande de ne pas demander à un bon photographe " criminel " de couvrir un défilé de mode, de même qu'il ne serait pas raisonnable de parachuter un photographe sportif dans un essai sur Claude Debussy. Mais il y a des exceptions et il ne faut pas tourner le dos aux possibilités qui se présentent.

Pour revenir à mon adolescence, je me voyais de nouveau habitant Maria das Graças, entre Cachambi et Jacaré, portant un uniforme scolaire, le cartable plein de livres et de cahiers. A l'époque, j'avais pris l'habitude de marcher une demi-heure pour aller à l'Atheneu, afin d'économiser l'argent du transport et le garder pour le goûter. Ainsi, à la fin de chaque mois, une fois mes économies rassemblées, j'achetais un abat-jour lilas ou n'importe quel autre petit cadeau pour la fête des mères et le donnais à ma chère Uda. Un jour, au printemps 1954, je découvris la photographie en feuilletant à la bibliothèque de l'école un livre sur l'alchimie et les techniques de développement. A ce moment-là, je me transformai en " sorcier ", j'arrêtai le temps et commençai à comprendre que je pouvais travailler le réel en le transformant en illusion, utilisant les actes du quotidien comme prières et cantiques, et en recherchant chez mes maîtres une manière de montrer la musicalité de mes photographies.

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Découvrez l'exposition en ligne de Walter Firmo : Saudade de Paris