retour "plumes"
(fluctuat.net)

Thymus
Marco Amar

 

‘’L’entraînement avec les poids stimule également
la production de testostérone, mais il n’existe pas
d’études ayant testé les effets des différents types
de régimes végétariens sur la production de testostérone
chez les athlètes.’’

Muscle et Fitness, décembre 94

 

 

Bon. La môme est revenue, elle a tout de suite changé de station. D’ailleurs elle a passé toute la bande FM en revue avant d’éteindre le poste et enclencher une K7. Elle a fait un café, m’a vaguement entretenu de son intention de monter un collectif d’art dans une ferme qui s’appellerait le Bunker où elle organiserait des raves où tout le monde pourrait sniffer du gaz de bombes aérosols dont j’ai oublié le nom, mais toujours est-il que ce serait vachement marrant. Du coup elle m’a proposé un Apfelspeed, ambiance pomme verte garantie. J’ai dit : ‘’T’es au courant qu’il y a Thalassa ce soir ?’’ et ça a remis les pendules à l’heure, je veux dire on a fait l’amour pendant les pubs et je me suis donné à fond dès que j’ai entendu le générique ; le principal c’est pas toujours de participer, c’est avant tout de mettre le doigt sur l’intensité qui fait passer le message. Mon copain Bes m’a ensuite appelé pour me proposer d’aller boire un coup au Cop Bar. Je lui ai demandé si il se foutait pas de ma gueule mais comme je savais qu’au programme y’avait pas un bon ‘’Faut pas rêver’’, je lui ai filé rencard pour 23h au Secrétaire. Y m’a dit : ‘’Tu préfères pas le Chabada ?’’, je lui ai répondu ‘’Qu’est-ce que tu veux que j’aille foutre au Chabada ?’’. Juste après, Amandin m’appelle pour m’informer de son intention de se barrer au Burkina Faso avec sa grosse et Lao-Tseu, un vague projet de bar à smart drinks dans une paillote près de Ouagadougou. Y me dit ‘’Tu comprends, on va innover...’’. Je lui ai dit ‘’Et qu’est-ce que tu vas faire de Kevin, Brandon, Vanessa, Jean-Claude, Elvis et tous les autres ?’’. Y me dit ‘’Tu sais, faut parfois tirer un trait sur ses erreurs de jeunesse, j’ai plus l’âge de ses conneries’’. Quand j’ai raccroché je comprenais plus rien à Thalassa. Georges Pernoud était encore mort de rire, ça m’a énervé et du coup on a refait l’amour pendant ce reportage sur la morue de Terre-Neuve. La môme voulait couper le son mais j’ai trouvé ça déplacé de sa part. Du coup avant de sortir j’ai réussi à mettre la main sur ma mallette de pêche et je lui ai offert un hameçon en guise de boucle d’oreille ; oui c’est ça : un peu comme Noir Désir. Elle l’a trouvé ‘’splendide’’, très Bunker à mon avis. Et on est arrivé au Secrétaire, oh putain... Le Secrétaire un vendredi soir à 23h, c’est un peu comme Cora, MEME PAS la peine. Bes m’a sorti ‘’on aurait dû aller au Chabada’’. Je le trouvais plus épanoui depuis qu’il bossait chez Pizza Hulk. St Hélène était là, accoudé au comptoir, l’était tranquille, l’était peinard. St Hélène venait de Loupino un quartier ‘’chic’’ de Bastia. Il avait décidé d’émigrer en France après le drame de Furiani, ça l’avait marqué, presque traumatisé, ‘’trop d’insécurité’’. St Hélène était un joyeux drille sujet à de perpétuelles crises de foie. Napoléon n’avait-il pas lancé lui-même cette fameuse mode de la ‘’poche intérieure’’ ? On discutait souvent bonbecs avec lui et c’est normal, c’était son boulot ; connaissait tout, avait toujours du rab, des fois c’était des chewing-gums Power Rangers, parfois des Chocapics caramélisés par ses soins, St Hélène avait même INVENTE des bonbecs. Mais son grand regret comme il se plaisait parfois à l’avouer était de ne pas avoir pu suivre des études de dentiste. Quant à Bes il nous coupait la parole toutes les trente secondes avec son sempiternel ‘’on aurait dû aller au Chabada’’. Je le trouvais vraiment très épanoui. Je lui ai dit : ‘’Pas mal ton sujet de conversation ce soir’’. Il m’a répondu ‘’on aurait du aller au Chabada’’, ce à quoi il a rajouté ‘’ce serait mieux’’. Alors au bout d’un quart d’heure à attendre comme des cons à la porte du Chabada, on est revenu au Secrétaire. St Hélène était toujours là, accoudé au comptoir. L’était tranquille, l’était peinard. Y m’a fait ‘’t’aurais pas une clope ?’’ et j’ai répondu ‘’oui’’. Bes a fait ‘’personne veut une pièce de cinq centimes ?’’, certains ont accepté, d’autres non. La môme m’a dit ‘’Je t’aime’’ et j’ai répondu ‘’et toi ?’’. Un gars derrière chantait Etoile des Neiges. Le barman nous a dit ‘’ben ouais’’ au sujet de je ne sais plus trop quoi et on s’est décidé à s’asseoir et après on est parti.

 

 

 

Alors ce matin-là c’était samedi et à cette époque-là tous les samedis j’allais au marché. Et quand je dis ‘’j’allais au marché’’ j’allais au marché. RIEN ne me stressait plus que le marché, t’avais tout simplement l’impression d’aller à Carouf un vendredi soir en pleine période de Noël et ça te donnait PAS DU TOUT envie de te réveiller. Au bout de 10 minutes t’avais déjà envie de casser la gueule à tout le monde et même presque envie de retourner chez toi. C’était même PRESQUE mieux quand il pleuvait, en fait. Quand les gens font leur marché à Mongolhausen t’as intérêt de prendre un Xanax avant. Faut faire gaffe. On dirait que ça les gave de venir. On dirait tous des frustrés du foot américain. Alors c’est pas compliqué : je me suis remis à la boxe.

Amanda est venu me proposer de faire des photos. De cul. Je lui ai dit ‘’pourquoi faire ?’’. Elle m’a répondu ‘’je croyais que ça te branchait’’. Je lui ai dit ‘’tu sais bien que je suis dans une phase où je réfléchis’’. Elle m’a dit ‘’à quoi ?’’. Je lui ai répondu ‘’j’en sais rien, tout et n’importe quoi mais surtout n’importe quoi, ça me laisse plus de choix’’. Elle m’a dit ‘’pas bête, je n’y avais pas pensé’’. Je lui ai dit ‘’c’est normal’’. Elle m’a répondu ‘’c’est des polaroïds, on pourrait les avoir tout de suite’’. J’ai répondu ‘’et alors ?’’. Elle m’a regardé d’un air de dire ‘’ ?’’. Mais je lui ai dit ‘’je le fais pas exprès j’ai pas envie de faire de photos, le trip Doisneau c’est pas que je sois réfractaire mais...’’. Elle m’a répondu ‘’Ne dis plus rien’’. J’ai répondu ‘’Ok’’. Elle a dit ‘’soit’’. Ensuite je crois qu’elle est parti en promettant de ne plus jamais revenir du moins pas avant ses prochaines règles. Je pense qu’elle voulait faire ‘’de l’art’’.

 

 

 

Le manque de lumière provoque parfois de profondes déprimes. D’ailleurs j’ai décidé de me traiter au néon allogène. Dans allogène il y a ‘’halo’’ comme ‘’bonjour’’ , et ‘’ogène’’ comme ‘’pathogène’’. Surprenant non ?

Ma cure de mélatonine porta ses fruits en moins d’une semaine. Et je revis Amanda bien avant l’échéance (un mot que j’ai appris au contact de l’administration fiscale).

A cette époque-là je lisais un livre sur les juifs. La Shoa, tous ces trucs là, c’était pas mal, ils s’en sortaient toujours à la fin, et en plus je me surprenais à bouffer du pain azyme. Mais à cette époque-là, SURTOUT, je vendais vachement de stages de réinitialisation cosmique et j’étais un mec super. Ah, fini les emmerdes, fini l’arnaque, si loin, fini ma caisse pourave. A cette époque-là je balançais des œufs du quatrième étage sur les motos qui crânaient dans la rue. J’ai jamais pu souffrir qu’on joue Easy Rider en centre ville, surtout avec une montre à quartz. Et puis c’est pas fini, non, j’avais aussi un pistolet à eau rempli d’encre de chine orange dans la bagnole. Pour les grandes occasions. Et pour le fin du fin je disposais d’un plein pot de peinture acrylique dans le coffre. Je m’en suis déjà servi une fois, c’était un pot de deux litres qui a eu son heure de gloire un samedi matin alors que j’allais au marché.

Bref, je crois que je commence à en avoir marre de ce marché, j’aimerais mieux vivre à San Francisco, ou louer un potager ou une parcelle ouvrière sur le périph’. J’aime pas qu’on me cherche mais malgré tout je suis assez content quand on m’a trouvé.

 

Bes est venu s’entretenir avec moi de ses problèmes sexuels et de l’utilité d’établir un contact fiable avec des civilisations extraterrestres. Je lui ai d’abords répondu que j’avais pas le temps, ce à quoi il a rétorqué ‘’Quand j’enlèverai mes chaussures, le monde entier saura que j’ai été un génie’’. Bes est mort deux mois plus tard d’un accident de bécane, en livraison pour Pizza Hulk. Quand on lui a retiré ses chaussettes toute la vérité a alors éclaté. Mais c’était trop tard. Bes était un génie. Il s’était fait tatouer tous ses points d’acupuncture sur la plante des pieds, sans doute pour le jour où il serait mal en point et que les toubibs comprennent bien le message. Sacré Bes. Quand il est mort ça a été un choc terrible pour les extraterrestres, j’en suis sûr, mais ça on l’a jamais su. Non, c’est surtout pour moi et St Hélène : il nous avait dit qu’il reviendrait un jour sur terre sous forme de chope, et tous les verres de bière qu’on s’enfilait avec St Hélène on pensait que ça allait peut-être être lui ; alors on a pris peur et du coup on boit plus jamais de bière. On s’est mis au pastis, Bes. Ca a été un sacré choc parce qu’en plus il avait rien dans sa boîte de livraison, on a trouvé ça encore plus ridicule. Il a pris un sens interdit lumières éteintes à 70. Alors ça a jazzé . Bes bouffait trop de chewing-gums en a conclu St Hélène. J’ai dit ‘’ouais’’, il rajouté ‘’tu vois le truc’’ et j’ai répondu ‘’J’imagine’’ qu’il a ponctué par ‘’ça me tue’’. Bes était un chouette copain et il parlait aux extraterrestres pour le bien de l’humanité. Bes n’aurait jamais été le genre de mec à prendre un prospecteur pour un agent secret ou balancer ‘’n’oublie pas ta pilule’’ à un transsexuel. C’était pas son style, d’ailleurs j’ai jamais compris ce que c’était au juste son style, d’ailleurs je pense bien qu’il en avait aucun. On pouvait bien dire qu’il ressemblait à personne Bes, et là je me mets à l’aimer encore plus parce que je me rends compte de la réalité et que je sais que je le reverrai jamais, parce que dans la vie y’a pas toujours que les chewing-gums etc, etc, c’est la vie qui vient c’est la vie qui va. Alors je revois l’ange blanc avec son grand chapeau et son lapin nain sur l’épaule en train de s’exciter sur tous ses instruments à la fois : guitare, gazou, harmonica, turlututu, grosse caisse, cymbales et feux d’artifices à la fin pour faire plus Las Vegas. ‘’C’est la vie en couleurs’’... etc, etc. Alea jacta est sed persevare diabolicus est, et tout le saint sacrement. D’ailleurs Bes n’aurait pas aimé son enterrement. Personne ne chialait pour de vrai. J’aurais presque envie de dire : surfait ; mais ça ferait trop connaisseur. Bes n’aimait pas les chants religieux, ça manquait d’envergure. C’était pas comme un choeur basque ou l’Armée du Salut, ça il aurait bien aimé je pense mais c’est la famille qui a choisi. Y’avait un curé avec deux enfants de choeur pour appuyer sur les refrains. C’était pathétique la mort de Bes. Tout autant que de voir les larmes de la môme glisser sur son anneau nasal. C’était presque chiant. Y’avait des klebs qui gueulaient à la mort, c’était le seul truc bien et ça m’a fait dire que c’était un signe de sa part, on a relevé le message. Et puis on l’a foutu en terre. C’était pas très chouette. Je me suis demandé si on comprenait ce qui se passait au moment de franchir le cap, et les quelques secondes qui précèdent. Je veux dire au moment fatidique quand on va mourir... est-ce qu’on le sent ? Je me suis aussi promis de ne JAMAIS faire livreur. D’ailleurs je me suis promis tout un tas de choses débiles et j’ai pas toujours tenu toutes mes promesses. Des fois je l’imagine dans une soucoupe volante ; parce qu’en fait tout le monde sait bien que les extraterrestres ne sont que les âmes de nos revenants. Mais faut être franc : je bois plus de bière, je peux plus, et puis je touche plus à cette marque de chewing-gum qu’on ne vend que dans la rue, et puis tu perds toujours ta place au bar à force d’aller pisser à cause de la bière. On joue aux courses avec St Hélène, on est associés. Y me dit qu’il va arrêter les bonbons pour se mettre à son compte. Moi je participe à des expos et on s’est aussi associé sur ce coup là : je fais des tableaux avec des bonbecs. Y’a de tout et pour tous les goûts : avant-garde, pur kitsch, dada, je vais même jusqu’au fauvisme, c’est pour dire. Ca marche de la mort, j’ai même fait une mosaïque de bonbons sur une photo de cul d’Amanda au polaroïd. Je regarde quand-même souvent la pluie et il m’arrive de jeter encore des œufs sur les bécanes. Je pense qu’y a des gens gentils sur terre. Ca arrive. Je pense qu’un et un font trois et que je vais avoir un gosse avec la môme.

 

 

Et puis les choses ont COMPLETEMENT changé.

La môme est partie je ne sais où, et du jour au lendemain. Comme aurevoir on pouvait pas trouver mieux. Allez adios. Mais surtout faut que je vous dise un truc : mes voisins, le couple d’alpinistes, ça y est cette fois j’en suis sûr, c’est pas des alpinistes, et ils préparent un casse ou quelque chose dans le genre, je suis sûr qu’ils appartiennent à un réseau terroriste allemand et qu’ils sont juste là en planque, je le sens à plein nez je vous dis. Ils ont trop l’air allemand à la cool, kickers et compagnie, coupe au carré, ça me chiffonne, je peux pas blairer qu’on se déguise en bubblies. Mais rassurez-vous c’est pas si grave, hein, chacun sa mère après tout. Je finis par adorer la pluie. Amandin s’est fait pincer par l’équivalent de l’union nationale des consommateurs au Burkina Faso parce que ce connard proposait des smart drinks de contrebande, putain mais faut être con pour faire des trucs pareils ! Y me demande une caution de 685 francs pour sortir de taule via un avocat du consulat qui fait ça au black. Des fois je me dis les voies du seigneur sont impénétrables. C’est comme quand on me pique mes briquets, je peux pas supporter ça, j’imagine la tête du connard qui s’allume ses clopes avec pendant que je me rends compte que j’ai plus de feu à 1h du mat’ alors que j’avais justement envie de fumer une clope et alors ça m’énerve. Je me demande à quoi ça sert d’acheter des lots à la Foirefouille si je suis même pas capable d’en garder UN SEUL à la maison. Oui un seul, ce même un seul qui fait poser cette question : ‘’Est-ce que je fais le tour de la ville à la recherche d’une boîte d’allumettes ou bien finalement je m’endors direct sans réfléchir à rien ?’’ Et en plus je me dis, et je sais très bien, que j’ai VRAIMENT PAS envie de me pieuter direct : trop loose.

 

J’ai pas pu m’empêcher de ligoter Amanda la dernière fois. Je l’ai laissé 90 mn devant le foot avec moi (baillonnée dès le premier corner). Après je me rappelle, on a dansé un slow. Et puis ensuite elle m’a foutu une baffe. Je lui ai dit ‘’un problème ?’’, elle m’a répondu ‘’non tout va bien’’, j’ai dit ‘’alors c’est chouette’’, elle m’a répondu ‘’tu crois pas si bien dire’’, je lui ai dit ‘’tu ne crois pas si bien dire ne te va pas du tout, ça fait pas assez ringard dans ta bouche’’, elle m’a dit ‘’je vois pas ce que tu veux dire’’, j’ai répondu ‘’c’est normal’’. Elle a eu encore envie de me dire quelque chose mais j’ai dit ‘’Non’’.

Bien plus tard j’ai allumé une clope avec un briquet. Et j’ai repensé au postman derrière son guichet qui me demande si je collectionne les cartes de téléphone, je lui fais non, ‘’tenez voici mon numéro, appelez-moi quand vous en aurez des vides’’. C’est quoi son problème ? Il m’a fallu deux semaines pour me rendre compte qu’il était tombé amoureux de moi, j’avais même pas percuté. Mais va te faire enculer chez les numismates espèce de grosse tarlouse. J’sais pas pourquoi j’ai le chic avec les autodidactes, j’sais pas pourquoi, je le jure sur la tête de Dieu. La dernière fois, l’autre qui me suit partout. D’abords je le vois aux Galeries Lafayettes, y me fait le regard qui tue, ensuite je le retrouve à la Fnac au rayon ‘’labels indépendants’’, et ça c’était trop louche : y’a jamais de pédés dans ce rayon ; bref tous les rayons où j’ai pu aller ça l’intéressait lui aussi ! Putain, éclectique à mort le mec ! Le soir-même, non c’est pas possible, je le retrouve dans un prospectus pour un magasin de fringues de merde. La star ! Je me fais brancher que par des stars. Ouah. Ce qui est marrant avec les homos fraîchement convertis c’est ce goût du prosélytisme qui surpasse de loin Michel Polack et les témoins de Jéhova réunis. Ils te regardent avec cette impression qu’on peut pas leur résister. Incroyable. Décrépitude totale du sens de l’humour.

 

St Hélène m’a expliqué un truc vachement important. D’ailleurs ça semble être l’unique raison de sa venue. ‘’Tu vois, les américains y disent toujours des trucs du style...’’ et là il s’est mis à me déblatérer tout un tas de conneries dont j’ai d’ailleurs complètement oublié le sens. Je sais pas ce qu’il avait avec les américains cette fois-là mais ça commençait à m’énerver alors je lui ai proposé d’aller boire un pot au Secrétaire. Y m’a fait ‘’Tu préfères pas le Chabada ?’’ et là on s’est mis à rigoler tous les deux et on s’est rendu compte que Bes ne serait plus jamais là et on a fait comme qui dirait une minute de silence quand on s’en est rendu compte. C’était la vie et c’est tout ce qu’il y avait à dire. Mais on n’a pas été au Secrétaire ce soir-là. On s’est pointé au Bleach. Au Bleach quand tu rentres là-dedans t’as tout de suite l’impression d’être avec plein de stars. Alors tout le monde vient là pour partager ce feeling et du coup t’as l’impression de participer à un gros truc merdique, un peu comme dans une salle d’attente de casting. Quelle merde. J’ai dit à St Hélène ‘’on reste là ?’’ mais on avait déjà commandé deux anisettes... j’sais pas ce qui m’a pris, j’ai demandé des cacahuètes, y’en avait pas. J’ai tapé un scandale. J’ai eu alors presque envie de gueuler parce qu’y avait pas non plus de pac-man ou encore un truc dans le genre bien grave. Trop grave pour le Bleach. Quand tu vas au Bleach t’as l’impression d’avoir l’Inquisition fashion au grand complet sous les yeux. C’est plein de Torquemada du rire, t’as l’impression d’être en Californie, ou plutôt Malibu, tout le monde est tellement hype. T’es à mille kilomètres de la mer et pourtant t’en vois toujours on dirait qu’ils ont laissé leur planche de surf à la porte dans un pick-up super cool style Kokomo. Mais putain c’est les Beach Boys en Golf ! Putain ouah super. Et là St Hélène a remis ça avec les américains et là je l’ai un peu plus écouté mais ça me faisait chier quand-même alors FINALEMENT on a été au Chabada.

 

 

Maintenant je fais des expos, je veux dire ‘’un peu partout’’. J’ai fini par vendre ma première toile. Ste Hélène était sûr que ça marcherait, il y croyait à mort depuis le début qu’on s’était associé. On offrait même des bonbecs à chaque fois avec un espèce de majordome qui faisait le service dans la salle. C’est surtout là qu’on était fort : dans les vernissages. Un jour on a filé un pinceau à tout le monde avec du brou de noix en demandant aux gens de repeindre le parquet, c’était pas mal. Y’en a un, vachement fin, qui a dit ‘’Mais... je croyais que c’était un vernissage ?’’ (vous avez compris le délire ?), alors y’en a deux ou trois, - mais je crois plutôt que c’était trois vu qu’y avait déjà Ste Hélène et moi -, qui se sont un peu marré pour bien montré qu’ils avaient compris, ce à quoi Ste Hélène a rétorqué ‘’Non : c’est après’’, et il leur a tous refilé deux ou trois sauts de vernis et on s’est barré pendant qu’y en avait plus qu’un qui rigolait pour soutenir le tour d’esprit ; ça avait l’air style ‘’putain vous les mecs vous êtes pas banals’’. Depuis à chaque fois on prend comme logo ‘’Les Raboteurs’’ de Caillebote. Mais on est sur un autre projet. On fait du home-studio avec des ballons gonflables, on apprend à maîtriser les sons, la technique de jeu aussi. C’est pas si facile de jouer un truc avec un ballon gonflable. Ca fait un peu cornemuse rudimentaire. Le premier volet de ce chef-d’œuvre s’intitulera ‘’Petit ballon tu es mon ami’’. Ste Hélène compte réaliser le clip avec trois francs cinquante. Du moins c’est ce qu’il m’a dit. Je pensais pas qu’il allait filmer des pièces de monnaie. Il a dit que ce serait toujours moins cher que des acteurs. Faut dire y’avait quand-même une mouche dans l’histoire, ça a sauvé l’intrigue malgré son manque de spontanéité, ça faisait même totalement contraste avec le jeu de scène un peu statique des pièces de monnaie. Je pense qu’il a voulu symboliser par là la présence du yin et du yang ou quelque chose dans ce goût-là.

‘’Je reprendrais bien un peu de jambon Dior’’, c’est ce qui défilait non-stop en sous-titre. Après ça clignotait en bleu, vert, rose, plein de couleurs mélangées sur la fin pour terminer sur une petite explosion finement truquée et là une voix-off dans le noir qui conclut ‘’Je reprendrais bien un peu de jambon Dior’’. Pourquoi ‘’jambon Dior’’ ? une simple boutade à cause de ‘’jambon d’York’’. Pas mal hein ? 100% pur vinch. Ca en a énervé plus d’un à savoir les compagnies style majors qui n’ont pas tout de suite compris le message mais Ste Hélène ne baissait pas les bras. Vous auriez dû le voir défendre le truc sur le concept ‘’jambon Dior’’. Du coup on s’est fait sponsoriser par Dior pour faire la musique de CERTAINS de leurs défilés. Mais y préféraient éviter les scènes live avec les ballons. Voilà comment Ste Hélène et moi on s’est retrouvé un jour à Paname pour le défilé avec plein de paparazzi et tout et même Catherine Deneuve et Carole Bouquet et toute la clique et leurs mecs du moment c’est quand-même con la misère et patati patata chapi chapo chapeau chinois. Mais c’était pas si mal. Le lundi matin c’était reparti avec les stages de réinitialisation cosmique et adieu le rêve américain de la mode française. Et oui qu’est-ce que vous croyez ? Je commençai d’ailleurs à merder avec les stages de réinitialisation cosmique. Je faisais EXACTEMENT les mêmes trucs que toujours, EXACTEMENT les mêmes trucs des journées où ça avait vachement bien marché, et là pourtant ça marchait plus. Et c’est là que j’ai réalisé que tout ça c’était depuis que j’avais changé d’appart. Avant je vivais dans une seule pièce qui faisait tout à la fois : cuisine, dortoir, bureau, salle de bain etc... et depuis que j’avais emménagé dans ce nouvel appart tout était différent. Et c’est là que j’ai compris que mes fringues ne sentaient plus la bouffe. A une dose infinitésimale l’odeur de bouffe passe très bien dans une tractation pour des stages de réinitialisation cosmique. Alors je me suis remis à faire de la cuisine mais habillé en mormon cette fois, histoire que les fringues s’en imprègnent, de la GRANDE cuisine avec tout le tralala, j’ai peur de rien, et c’est pas Maïté ou Monsieur Marie qui vont m’arrêter pendant que ça cuit, j’ai pas le temps pour ce genre de conneries moi et je suis assez compétent , ok ?

 

Ste Hélène a eu le toupet (non mais rendez-vous compte) de me proposer la participation au grand concours ‘’Ne perds pas le Niort’’ organisé par la ville du même nom. J’ai refusé bien entendu. Primo parce qu’on avait déjà fait un de nos clips en détournant l’ancienne pub ‘’Charente-Poitou’’, vous savez : celle avec la petite vache qui dit ‘’tradition du goût’’ à la fin. Deuxio parce que non tout simplement. Nos clips néanmoins restaient trop confidentiels.

‘’Vous avez pas sorbet au melon ?’’ était le troisième de la série. Extra celui-là. Ca me donnait une foule d’idées supplémentaires pour la fin de mon scénar et mon scénar ce serait trois gars de chez Miko qui auraient décidé l’un de devenir vendeur de stages de réinitialisation cosmique chez une boîte concurrente après s’être essayé dans les bibles, l’autre de vendre des bonbecs en racontant toujours des conneries sur les américains et le dernier de se tuer en bécane. Mais c’était déjà fait alors fallait que je trouve un BON truc. C’est comme la BONNE personne. Une espèce en voie de disparition. Bientôt j’en suis absolument sûr on fera le ‘’Musée de la BONNE personne’’ avec les différentes périodes de l’Histoire et tout et tout. Y’aura même Jésus et Jean Jaurès. Ouais, j’avais une FOULE d’idées pour la fin de mon scénar. Peut-être un peu trop d’ailleurs. Mes pulsions créatrices prenaient le dessus. JE VOULAIS me reproduire. Je me suis dit ‘’un jour je serai marié’’ et j’ai failli le faire mais au dernier moment je me suis dit que ça allait être foireux. Alors je voulais un truc vraiment chouette pour la fin de mon scénar. A Paname le producteur se roulait par terre à l’idée de le recevoir enfin. Podium ! Et puis faut que je vous dise : j’ai JAMAIS eu la petite souris et ça m’a presque fait plaisir mais dans uns sens à la fin j’en avais marre. Vous me direz ‘’mais qu’est-ce que t’en as à foutre puisque t’as changé d’appartement ?’’, ouais c’est sûr mais fallait quand-même que je le dise. Et puis le problème avec les petites souris c’est qu’elles SAVENT très bien que vous tendez l’oreille, c’est comme les femmes quand elles pleurent dans le noir, vous les entendez plus quand vous allumez la lumière et puis après, hop, ça recommence jusqu'à ce que vous vous décidiez à allumer une clope. Mais avec les souris vous avez beau attendre, vous finissez TOUJOURS par vous endormir ; d’un autre coté c’est pas un très bon sommeil, y’a quand-même mieux comme endormissement.

C’est comme ça que survivent les petites souris. Mais COMMENT font-elles pour SAVOIR ? Très bonne question, je suppose qu’elles constatent simplement que vous avez arrêté de respirer pour être mieux à l’écoute de leurs déplacements. Et c’est justement LA qu’elles vous baisent la gueule. Oui c’est LA. Bref je l’ai jamais eu et j’en suis pas mécontent. Je suppose qu’on aurait pu être pote. C’est comme un copain, lui il s’était fait pote avec une mante religieuse. T’avais beau lui dire ‘’Eh t’as une mante religieuse sur la télé ! ! !’’, il vous disait de ne pas y toucher, et c’est pas parce qu’il y croyait pas, non, c’était juste parce que ça lui faisait une présence, c’était son pote de chambre en quelque sorte.

Maintenant j’ai ce nouvel appart’. Ma voisine d’en face c’est Bozo le clown. Incroyable. Elle a un petit coté chouette mais c’est là qu’on constate que le sexe c’est parfois plus intéressant que ce qu’il y a autour. Bref Ste Hélène et moi venons de sortir notre premier album, un album haut en couleur produit par un petit label pas con du tout ; mais le seul truc qui les faisait un peu chier c’était le titre éponyme : ‘’Pour une préscience de l’arithmétique en tant qu’élément d’assemblage’’. On y retrouve nos plus grands succès ainsi que quelques nouveautés comme ‘’Pop-Corn Tandoori’’, ‘’Tu n’es qu’un soldat de plomb’’ ou ‘’Tiens, v’là Hamed’’. Pour ‘’Pop-Corn Tandoori’’ et ‘’Tiens, v’là Hamed’’ on s’est pas vraiment foulé. ‘’Pop-Corn Tandoori’’ d’abords c’est une reprise d’un tube des années 70 qui se dansait d’une manière totalement vinch. Nous on a ajouté un petit coté ethnique à tout ça avec les casseroles du resto pakistanais et les gueulantes du maître d’hôtel en cuisine sans oublier bien sûr ces espèces de guitares indiennes qui ont fini par avoir la peau des Beatles et ridiculiser Geoges Harrissson à tout jamais à l’époque du gourou en Rolls qui scandait ses théories Pepsodent en mangeant des fleurs.

Pop-Corn oui, mais pop-corn comme symbole de la vie qui éclate. Le petit grain de maïs si humble soit-il après avoir été couvé dans sa casserole se transforme en bonbon végétal caramélisé pour américains cinéphobe qui aiment bien faire du bruit pendant les scènes d’amour parce qu’ils sont trop pudiques, et cette alchimie de la Nature c’est comme la chenille qui donne le papillon, encore plus fort que David Copperfield. Le pop-corn c’est la vie, voilà tout, le Grand Œuvre, le symbole oublié du chimiste médiéval en culotte courte pendant que Nicolas Flamel s’envoie en l’air au Caesar Palace. On a fait des tee-shirts : ils sont tout blanc avec ABSOLUMENT rien de marqué dessus ; la seule différence avec un tee-shirt normal c’est qu’il coûte plus cher et que le notre a une pochette plastique cousue au niveau du cœur avec un VRAI pop-corn enfermé dedans. Trop fort. On les a même numérotés pour faire performance artistique. Faut dire qu’on a déjà des revendeurs sur Camden et Amsterdam et même à la fête de l’Huma ; je crois qu’on est en passe de conquérir le marché.

Pour ‘’Tiens, v’là Hamed’’ on s’est pas foulé non plus.

TIENS, V’LA HAMED

chapi-chapo chapidi
chapo-chapi chapada
chapi-chapo chapidi
chapi
chapo-chapi chapada
chapo-chapi chapidi
chapo-chapi-chapo-chapada

gna, gna, gna, gna, gna, gna, gna ; gna, gna
gna, gna, gna, gna, gna, gna, gna
gna, gna, gna, gna.

 

Rien qu’à cause de ça on s’est déjà fait brancher par Daft-Punk et Fatboy Slim. Air était plus intéressé par ‘’Tu n’es qu’un soldat de plomb’’. Ils nous ont proposé de racheter les droits du morceau pour faire un clip avec un ouistiti déguisé en général Schwartzkopf. Je vois pas du tout le rapport. On leur a dit qu’on penserait à eux, Ste Hélène a rajouté : ‘’... le jour où on samplerait la cuvette des chiottes’’. Et même après ça ils avaient l’air ENCORE PLUS intéressés. Je crois qu’on les considère chez eux comme de GRANDS intellectuels.

Ste Hélène rêve cette fois d’un compromis avec les radios. Il tente de me faire gober qu’on a une chance unique avec ‘’Surgèle ton cœur’’. J’ai tenu à lui rappeler que ‘’Surgèle ton cœur’’ n’avait pas été composé dans un but commercial mais il m’a dit ‘’c’est pas grave’’. On a bu un grand verre de vin blanc pour éviter de s’engueuler. Moi ce que j’aime avant tout dans le vin blanc c’est la couleur. Mais Ste Hélène a encore dans la tête sa foutue idée de passer à la radio et tout le tintouin. Et là il me soutient mordicus que personne avant nous n’a jamais osé sortir un morceau comme ‘’Surgèle ton cœur’’. C’est sûr. Pour écouter ‘’Surgèle ton cœur’’ faut avoir lu Barjavel en 5ème et être resté en colle tous les samedis du mois pour faire un exposé dessus.

 

 

 

La dernière fois je suis tombé sur cette pute : ‘’Je te taille une pipe en moins de deux secondes, 50 balles’’. Tout ce que je lui avais demandé c’est si elle avait pas du feu ; ça semble pertinent comme réponse. Putain on peut même plus avoir son allume-cigare en panne. J’hallucine, et je dirais même que 90% de la population n’en a rien à foutre des autres. Et les autres c’est qui ? toujours les mêmes : les BONNES personnes. Non mais je te jure, y vont tous parier au prix de l’Arc de Triomphe et ils en ont RIEN mais alors RIEN à foutre des autres. Et les autres qu’est-ce qu’y font ? toujours les mêmes : y regardent la télé pour voir QUAND-MÊME les résultats des courses. Alors je me suis dit : j’en ai marre de ce papier-peint à la noix et je m’étais dit ça depuis le premier jour où j’étais arrivé dans ce nouvel appart’, et ça faisait bien deux semaines et même je dirais plus. Alors ça m’a tapé comme ça, je suis descendu et j’ai fait la razzia sur tous les prospectus de pub laissés sur les boîtes aux lettres et j’ai tout remonté. Ceux que je préférais c’était les dépliants de chez Leclerc et la grande semaine des inATACables de chez ATAC avec la barbaque flashie sur papier glacé. En moins de deux j’avais déjà recouvert tout un mur et au bout d’une semaine j’avais fini mon chef-d’œuvre. On serait cru dans un espèce de cauchemar de chez l’Union Nationale de la Consommation. Et j’étais pas peu fier. J’ai commencé à inviter des filles, ça marchait du tonnerre et au bout d’une semaine de plus quand j’entrais chez moi j’enfilais mes lunettes de soleil. C’est un trip qui me prend parfois, je me fais une ambiance plage. Je vais même parfois jusqu'à me balader avec une serviette de bain autour du cou. Je sais pas ce que je couve. Je devenais moins fun avec mes clients, c’était peut-être ça. J’avais une casquette à l’envers et ma serviette de bain et un jour ça m’a pété, je suis allé bosser comme ça. C’est là que m’est venu l’idée d’écrire ‘’Dialogue avec l’Ange’’. ‘’Dialogue avec l’Ange’’ c’était un espèce de question-réponse avec soi-même mais évidemment l’autre partie de soi-même, celui qui donne les réponses (les BONNES réponses) , c’est un espèce de robot du futur qui peut répondre à TOUT mais toujours sous forme de recherche intérieure. Tu lui demandes par exemple ‘’ouais mais est-ce que tu crois que des beaufs ont été des mecs supers ?’’ et là il te répond ‘’Mais qu’est-ce qui te dit qu’ils ne sont pas ‘’supers’’ MAINTENANT ?’’ et là ça te tue parce que t’y avais jamais pensé. Alors je note, je note, j’en finis plus d’écrire ce truc, ça change à chaque fois, il part dans toutes les directions, tu t’emmerdes jamais en fait. Mais tout ça ne dit pas comment j’ai bossé avec mes lunettes et ma serviette de bain sans oublier ma casquette.

D’ailleurs je commençais un peu à péter un boulon et je me sentais devenir de plus en plus antipathétique, comme parasité par toutes ces mauvaises ondes ambiantes et mes corn-flaques transgéniques au lait de vache folle, sans compter la mauvaise foi toujours plus flagrante de mes adversaires. Et le pire de tout c’est que ce jour là pour changer il s’est mis à pleuvre . Et je peux vous dire qu’il en a sacrément pleuvu, des gouttes. Pouah je dis pouah mais on a bien rigolé. D’ailleurs c’est parti ; je m’explique : le matin même j’ai prévenu Ste Hélène ‘’viens filmer je fais une ambiance plage’’.

Je vais finir par m’inscrire à la Pastorale. Avec DJ Philippe, DJ Jean-Luc et DJ Stéphane. Putain mais c’est quoi ? Quand est-ce que j’aurais la chance de retourner au Pepe Boeington ou au Smürf hein ? Tout ça c’est pas grave je vais monter un Espace Littéraire avec Amanda mais j’y crois qu’à moitié. Elle arrête pas de me brancher sur l’Art Porno, ça me gonfle. Bref, je trouve que Giresse se démerde pas très bien avec le PSG. Y’a du Biéthry aussi là-dessous. Il est pas vraiment populaire ce mec. C’est vrai que Denisot jouait pas au foot non plus mais je sais pas il était plus spectaculaire, on sent une certaine différence dans le style de la maison. Cependant la vie ne se limite pas à lire l’Equipe ou Libération. Surtout après tous les sales coups qu’ils ont fait à Aymé. Remarquez moi non plus j’y croyais pas, pas plus qu’à Dugarry et ses prouesses simiesques mimético-sinétiques d’après-but à la Tex Avery. De là à dire que c’est le Jerry Lewis du ballon rond faut pas exagérer non plus. C’est comme Djorkaeff : trop perso ; le style de gars qui veut toujours sauver le match à lui tout seul. N’empêche... on peut toujours remercier la dette du commerce extérieur. Voyez ce que je veux dire ?

 

A cette époque-là je repensais à cette période de ma vie où je réfléchissais, plus que ce que j’agissais.

Je pensais tout le temps que c’était ‘’important’’ de réfléchir. A la fin je me rendis compte que je ne faisais QUE ça.

Y’a pas que le thé à la menthe dans la vie. Y’a pas que la défonce du consommateur ou l’apérobic. Quand je dis ‘’bic’’ je devrais pas rigoler. J’aime bien Bic. Des fois un rasoir ça me dure 1 jour, des fois ça me dure une semaine ; si je m’écoutais je pourrais garder un jetable pendant 1 mois. C’est sur la mousse à raser que je déconne. J’en fous beaucoup trop ! Ca fait des années que j’utilise beaucoup plus de mousse que ce qu’il faut. Presque deux fois trop ! Vous imaginez l’économie que j’aurais pu faire sur 15 ans ? Bof. Pas terrible. Ca vaut pas le coup de s’en faire. Alors parfois je recommençais mon trip plage lunettes de soleil chez moi. Mais cette fois c’était plus futuriste. J’avais le projet inouï de monter une agence de voyage astral. Mais pour ce genre de trucs faut aller aux Etats-Unis d’Amérique. Là-bas ils comprennent le délire. En attendant je buvais de la Tsing Tao en repensant à mon appartement d’avant. En fait je le regrettais presque mais ce que j’avais du mal à supporter c’est le jour où j’ai oublié le PQ chez moi. Dans les ‘’chiottes à l’étage’’ y’a jamais de PQ. Mobil-home, ‘’chiottes à l’étage’’, nouvel appart’, tel était mon cursus. Mes peintures commençaient alors à bien se vendre, mais j’avais toujours pas fini ce putain de scénar. Jusqu’au jour où le producteur m’a appelé pour me demander où j’en étais. J’avais beau tous les calmer, ça devenait limite. J’avais toujours pas cette fin. Le problème c’est que je commençais à faire beaucoup trop de choses à la fois. Mais c’est pas le pire : je perds un temps fou TOUJOURS pour des conneries. Ca vous bouffe. Une pléthore de petites conneries anodines qui vous bouffent la vie. Un exemple : faire la queue. Je suis TOUJOURS dans la mauvaise file. Toujours. Une sorte de malédiction. Sur 7 générations. Alors que moi en fait j’y suis pour rien ! Je pense qu’un jour une sorcière a balancé un sort sur ma famille. On est tous toujours dans la MAUVAISE file. En bagnole c’est la même chose. Faudrait presque qu’on achète notre propre compagnie d’assurances pour se couvrir. Au supermarché c’est la même chose. Toujours les mêmes cas de figure : j’arrive et la caissière ferme JUSTE à ce moment-là, ou bien y manque un prix sur un article, ou bien y’a un hold-up, ou bien c’est le mec devant qui se voit refuser un chèque par la Banque de France et t’as ½h de transactions et en plus tout le monde s’énerve et la grosse derrière essaie de me parler en créole en racontant des conneries parce qu’elle dit ‘’oui vous comprenez...’’ ou bien ‘’c’est toujours la même chose...’’ et après ça devient franchement vulgaire et elle décide de faire partager sa colère. Comme si d’un coup tout le monde devenait copain pour assaillir le bureau du grand directeur en criant ‘’à l’attaque’’ ou ‘’les aristocrates à la lanterne’’ ou je sais quelle stupidité, comme si on était encore sur un ancien billet de 100 balles avec la liberté guidant le peuple. Ou bien j’en sais rien moi, la caissière s’engueule avec le surveillant qui est son amant et décide de tout plaquer devant tout le monde et là t’as au moins un bon quart d’heure de stand-by, sans parler de l’hôtesse en patin à roulettes qui va peser des carottes, etc, etc, etc... je suis JAMAIS dans la bonne file. A coté ça y va tranquille. Mais moi je suis JAMAIS dans la bonne file. Pourtant j’ai le choix ! et c’est ça le pire. Souvent je me dis ‘’tiens je devrais prendre celle-là et pas celle-là. Mais c’est JAMAIS la bonne. Et EN PLUS, à Leclerc, il faut payer les sacs. 2frs. Ca te fout d’autant plus la haine que tu t’étais dis ‘’Tiens je vais essayer de me trouver un bon livre’’, mais y’a que du Pierre Belmarre et du Toto Coehlo. A part le dernier Ellis mais y vaut 40 balles et t’es trop juste. Ca a beau être en 10/18, quand tu peux pas tu peux pas. Alors je fouine dans les marchés aux puces. Au moins t’as jamais la queue. JAMAIS. Suffit de gueuler. Et en plus tu peux te permettre de taper un scandale si JAMAIS t’as un 10/18 à 40 balles. Dans un marché aux puces c’est TOUJOURS toi le boss. Le problème c’est qu’y a TOUJOURS plus de Pierre Belmarre qu’ailleurs. C’est vraiment con la vie. Mais c’est chouette quand-même. Moi j’aimais bien Camus, j’aimais bien qu’un pied-noir ait été prix Nobel de littérature. Comme ça y’aura pas qu’Enrico Macias. J’aime bien Camus, c’est un chouette type. Un type important. Mais qu’est-ce qu’un type important ? Sans doute pas un mec comme moi, pas un mec qui rêve d’un tee-shirt de chez Spigol ou Anisette Crystal. Pourtant c’est con mais c’est l’anisette Gras que je préfère. Crystal est plus tape à l’œil au niveau de la présentation mais bien moins sucré. De toutes façons y’a deux écoles : Crystal et Gras, c’est comme pour les olives.

Y’a ceux qui préfèrent cassées au fenouil et les autres qui mâchent un chewing-gum pendant ce temps. C’est comme tout. Suffit d’avoir la foi.

 

Marco Amar

retour "plumes"