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Mémoires
d'un truand (1) : Le paquet |
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Au départ, moi, ça a été comme d'habitude quand je recevais un nouveau paquet : j'ai commencé par lui en parler tout de suite. Parce que je suis comme ça. Vaut mieux, avec les nanas. C'est ici qu'elle a fait qu'y fallait pus. Bon, y avait longtemps, que j'ai pensé dans ma petite tête. Remarquez, j'étais pas trop étonné. Je lui ai répondu, parce que j'avais mon idée, et pourquoi y fallait pus ? Je venais de rentrer boulevard Voltaire et autour de moi ça sentait le Bourbon et le clope. J'ai donc déposé le paquet sur la table et je me suis approché d'elle en grimaçant un bon gentil sourire. Rosa a dit par le fait que c'était dégoûtant à la fin, elle en avait marre et tout. Elle a répété y faut pus, que c'est dégueulasse, c'est dangereux un paquet. Je me suis rememberé ce que m'avait dit une fois Schopenhauer et alors je me suis dit qu'il pouvait bien avoir raison, question nanas. Bref, j'étais pas trop surpris, moi. J'avais toujours su qu'un jour ou l'autre elle recommencerait son cinéma et justement que ça soit ce jour-là, ça pouvait pas me faire gamberger des masses vu que je savais maintenant ce qu'elle avait fait avant. Je me remembère qu'elle était venue à ma rencontre dans le couloir avec ses petites bretelles qui retenaient ses nichons de justesse, et voilà qu'elle avait bondi sur Tito comme un chat, qu'elle s'était agrippée à mes bras avec ses harpons que j'avais tant aimés, elle arrêtait pas de me houspiller maintenant, on aurait bien dit que ses grands yeux jaunes flottaient dans son pipi et son haleine embaumait la chiotte. Plutôt écoeurant, tout ça. Moi j'essayais plus mal que bien de me dégager. Vous auriez pas fait ça, vous ? Qu'est-ce que je pouvais seulement y faire, moi, si c'était dégueulasse et dangereux un paquet ? que j'ui ai demandé en essayant de rester encore un peu gentil. Mais elle, parole, elle s'est pas démontée, pensez-vous, elle continuait de me dévisager et de me lancer son haleine à la gueule. Elle a dit à la fin tu me prends pour une bille ? Toute cette scène, ouais. Y manquait pus que ça, ce que j'avais appris, et maintenant tout ça à l'appart. Y avait pas à dire, elle me simplifiait pas le boulot pour ce que j'aurais pu y dire autrement. C'est ça que j'ai pensé dans ma petite tête. Pourtant je suis gentil, moi. D'abord j'ai dit c'est mon turbin à moi le danger, merde alors. C'est que je suis flingueur, moi. Y en a que c'est d'aller tous les jours au turf et de voter à gauche en se la jouant chroniqueur économique. Eh ben pas moi, j'ai fait en prenant mon air. Pas question. Pas à mon âge, à mon âge tendre. Je suis un flingueur, t'entends ? Je me dégonfle pas, moi. Et d'ailleurs, est-ce qu'y lui manquait quèque chose à l'heure d'aujourd'hui ? Est-ce qu'elle avait oublié le nombre de fois où j'avais reçu un paquet et où tout s'était bien goupillé après ? Alors je commençais à m'énerver, moi, et même si j'aurais pas dû, parce que je dis qu'y faut jamais discuter de ça avec une nana, comme Schopenhauer me l'avait dit. Est-ce que j'en avais crevé après et elle avec, après ? que j'ai continué. Non, alors ? Justement, y avait pas de quoi s'en vanter, qu'elle a fait en me houspillant de plus belle au milieu des étagères, c'est de ça qu'elle avait assez elle, justement. Assez de passer sa vie à ça, à toujours gerber en se répétant qu'un jour ou l'autre quelque chose pouvait justement foirer. Assez, assez, est-ce que t'entends ? qu'elle a glapi toute rauque tandis que ses nichons s'étaient mis à danser le fox trot, que là j'ai bien cru que les petites bretelles allaient se déchirer et tout. Est-ce que t'entends, Tito ? Réponds-donc. Qu'est-ce qu'elle ferait, elle, si un jour je me fais descendre ou même poisser ?… Avec quel fric qu'elle vivrait toute seule si jamais ça venait un jour à mal tourner, hein ? Hein ? Est-ce que j'y avais pensé à ça, que je pouvais quand même finir par être flingué moi aussi ou alpaguer par les bourres ? Parce que pas question d'héritage dans ces cas-là. Va, Schopenhauer serait bien trop content de la remettre sur le trottoir, le salaud. Dis, Tito, est-ce que t'y as réfléchi des fois à ça, au trottoir ? Y me prennent tous pour une marmite, est-ce que je pourrai leur dire non, moi, si un jour tu rentres pas, d'aller sur le trottoir comme avant et sur les chantiers les jours d'arrivage ? C'est jamais moi qu'ai le fric ! Nous étions si jeunes elle et moi, voilà qu'elle s'attendrissait sur elle, la poivrote, elle me faisait son gringue, ouais, que ça commençait à me dégoûter sérieux. Et pis, nous nous aimons tellement tous les deux, hein ? qu'elle continue encore. On baise bien ensemble dis, mon amour ? C'est ce qu'elle m'a roucoulé dans la trompe et tout ça et soudain comme qui dirait elle est restée sans voix, elle me lâche tout en continuant de me lorgner comme une hystérique, les narines serrées que sa respiration en était devenue sifflante, avec ses petites bretelles c'est comme si je la revoyais. Je savais bien qu'un jour ou l'autre elle referait son cinéma. Que ce soit justement ce jour-là ça m'étonnait pas trop moi. Ok, elle était complètement défoncée, mais ça n'empêche point, que je me suis dit : je savais, moi, ce qu'elle avait à se reprocher et qu'elle osait pas dire. Parce que je sentais que ce qu'elle avait dit jusqu'ici c'était pour pas dire le reste. C'était le seul moyen d'arriver à ça, qu'elle me dise le reste elle-même, qu'elle avait eu tort etc., que c'était pas la peine, ces simagrées. A quoi ça rimait tout ça, hein ? Est-ce qu'elle aurait pas pu jouer franc jeu ? J'ai dit tout à l'heure que je me suis rememberé Schopenhauer. Eh ben, justement. Mais j'ai pas mouffeté, d'abord. Et pis j'ai fait ce que Rosa avait voulu, si c'était le seul moyen d'arriver à ça : je l'ai basculée bécif sur le divan du studio et j'ai déballé mon pieu. Elle portait jamais de petite culotte parce que ça non, je voulais pas, ça a donc pris pas beaucoup de temps hein, après son hoquet je l'ai regardée à mon tour et malgré qu'elle était encore tout envapée j'ai introduis finement : et qu'est-ce qu'y a qui va pas, mon chou ? Vas-y, tu m'as pas tout dit, hein ? Vas-y maintenant, réponds, j'ai dit en allumant un clope. Elle a pas répondu comme naturellement. Pendant que je remontais le zip de mon fute, elle, elle gardait les yeux encore renversés vers le plafond, la robe rejetée au-dessus de son ventre, les jambes ouvertes, et j'ai vu un instant sa fente gondolée d'où s'écoulait un filet blanc. Eh ben moi, je vais te le dire quand même, que j'ai attaqué, dégoûté par son silence, en détournant les yeux, ou plutôt je vais te dire ce qui va pas et que tu veux pas dire parce que tu sais bien que c'est pire qu'une connerie et que tu mérites un drôle de pain au minimum. Merde alors. T'es allée trouver Schopenhauer hier. Et voilà ce qui va pas, merde. Parce que justement t'avais pas le droit de faire ça et que ce que t'as fait là c'est pire qu'une connerie et que tu le sais et que tu voudrais bien qu'on les mette maintenant, hein ? Eh ben, t'auras au moins une bonne excuse d'avoir peur maintenant. Parce que ce que t'as fait là c'est pire que toutes tes histoires de trouille que tu devrais remballer une bonne fois, parce que c'est foutrement plus dangeureux que n'importe lequel des paquets qu'y m'envoie pour refroidir des mecs, tu peux me croire. Bien foutrement plus dangeureux ! que j'ai fait en tirant sur mon clope. T'as donc rien dans le juke-box, eh ? Qu'est-ce que tu croyais ? Schopenhauer m'a tout raconté quand il m'a appelé tout à l'heure pour me prévenir en même temps qu'un nouveau paquet m'attendait en poste restante à Bréguet-Sabin. Ouais, que t'étais allée hier chez lui à Oberkampf pour lui dire de plus envoyer de paquets, que t'en avais marre et tout, des paquets, parce que c'est dégueulasse et dangeureux, et que lui c'était un sacré salaud de pédoque ! Non mais des fois. Est-ce que tu te rends compte un peu de ce que t'as dit à Schopenhauer ? Pour qui que tu te prends, pour oser l'aller dire à Schopenhauer ? Et la discrétion, alors ? C'est que c'est le patron, Schopenhauer ! J'aurais jamais cru ça de toi. Aller dire ça sur place à Schopenhauer alors que même moi je ne le rencontre jamais ! Je savais bien que t'étais conne mais à ce point-là, bordel ! Si tu me fais ton gringue, c'est qu'au fond de toi t'as enfin pigé que tu t'es foutue dans la merde jusque-là et qu'à la moindre occase Schopenhauer te louperait pas, hein ? T'étais bien contente quand même d'en profiter, hein ? T'as pas de fric dans ta poche, ok, mais question bagout, oh là là ! Circulez les mecs ! T'es bien contente quand même d'en profiter, de ce fric, sacré bordel de merde ! Tu regardes pas trop à la provenance quand il arrive… Que si je t'écoutais on claquerait tout en moins de jouge ! Non mais des fois, que j'ai dit. J'ai encore regardé ses petites bretelles et j'ai tourné les talons, le cœur serré. Et alors voilà que j'entends sa voix pâteuse se réveiller derrière mon dos, elle dit comme ça, même que ç'aurait pas été pire pour moi si la cabane s'était écroulée sur nos têtes : Baise-moi encore ! Baise-moi encore, Tito ! Tiens, encule-moi comme t'as fait hier, merde ! Fais-moi tout ce que ce tu veux. Bats-moi même, si t'en as envie ! Mais dis-moi au moins que tu m'en veux pas. Dis-moi que tu me pardonnes, tu sais, comme tu faisais au début qu'on se connaissait. J'ai tellement les foies, si tu savais. On est encore jeunes, tous les deux, et pis on s'aime tant, dis, mon petit bébé. On s'aime tant, tous les deux, pas vrai ? Jure-moi que je serai jamais leur marmite et qu'y va pas me faire de mal. Je sais pas ce qui m'a pris d'aller y dire tout ça, tu sais ! J'étais bourrée, moi ! Mais je te jure sur la tête de ma vioque que je recommencerai pus, je te jure que je recommencerai pus, Tito. Dis, t'entends ce que je te dis ? Tu me crois ? Tiens, je boirai pus. Tu peux foutre la bouteille de Bourbon au vide-ordures. Mais faut que tu me comprennes aussi, des fois. Ouais ! Ok. Je comprends. Mais tu fais que me raconter l'histoire du mec qui jurait qu'il avait décidé d'arrêter de cloper et qui s'apprêtait déjà à allumer un nouveau cigare. C'est du kif ! Mais voilà, que j'ai répondu, moi j'en peux pus avec ta sacrée bon dieu de connerie, alors j'ai glavioté droit sur la moquette pour souligner. Tes conneries sont bien plus dangereuses que tous les paquets de ce putain de monde ! Tu l'as bien compris, ça ? Mets-toi à la place de Schopenhauer. Pense à ce qu'y doit penser, lui, maintenant. Il est pas né de la dernière averse, lui, ma poule. Tu sais qui c'est, lui ! Un caïd que c'est vrai qu'y laisse rien passer. En cheville avec la Mafia, tu le sais ça ? Qui lui dit que tu l'ouvreras pas avec le loufiat d'en-dessous, par exemple, hein ? Pis je dis, je me remembère : T'as vu ce que t'es devenue ? Regarde-toi dans la glace, non mais vise un peu, t'as vu ? T'es complètement blette, à ton âge, qu'on dirait Bernard Blier à la soirée des Oscars ! Sauf les nichons, j'admets. Mais t'as vu tes fesses ? Maintenant que tu t'es mise à picoler comme un facteur dès que j'ai le dos tourné et que tu vas pleurnicher à Oberkampf pour raconter à Schopenhauer conneries sur conneries et tout ! C'est lui qui m'a dit ça tout à l'heure. Est-ce que tu te rends compte ? Qui est-ce qui pourrait maintenant te faire confiance, après ce que t'y as dit là-bas ? Eh ben je vais te dire, moi. Ecoute ça. J'ai reçu ce paquet et je vais aller de ce pas l'ouvrir comme les autres et que ça te plaise ou que ça te plaise point et je partirai buter aussitôt le mec dont le nom se trouve dedans avec le feu que Schopenhauer y a mis aussi ! Et pas plus tard que tout de suite, des fois. Et ça sera pas le dernier paquet, que je lui jure. Des missions, y en aura encore beaucoup, tu me peux me croire. C'est que je suis flingueur, moi, et que je me suis jamais dégonflé ! T'auras qu'à barrer la porte tandis que je serai pas là. Alors voilà, après que j'ai dit tout ça, j'ai écrasé mon mégot et je me suis dirigé vers la table sur laquelle j'avais déposé le nouveau paquet en arrivant et j'ai défait la ficelle comme d'habitude et comme d'habitude y avait l'enveloppe et le feu à l'intérieur, c'est-à-dire l'enveloppe où y a le nom, l'adresse, la photo du mec à dessouder et le feu qu'est là pour ça comme convenu. Schopenhauer a toujours fait comme ça. Cette fois-là un pistolet automatique Star BKM auquel on avait ajusté son silencieux, avec une seule balle de 9mm enveloppée dans un kleenex qu'avait jamais servi. J'ai déchiré un coin de l'enveloppe d'un coup de croc et ouvert le reste avec mon opinel et j'ai sorti le carton de bristol. Y avait écrit dessus comme d'habitude qu'un seul nom mais cette fois, parole, j'ai eu beau me frotter les chasses mais je rêvais pas, j'avais bien lu, c'était son nom à elle qu'était écrit sur le carton. Qu'est-ce que vous auriez fait, vous, ? Télécharger
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