William Denéchère publie son roman sur le site du collectif
pyrénéen Kitusai.
Un roman diffusé selon le mode du "shareware", c'est à dire "qui m'aime
me paye".
Le monde métallique, polar burlesque quinze soupapes (!) que l'auteur
décrit comme suit :
"Un commissaire motard désabusé, aux prises avec une
ténébreuse affaire de meurtres en série. Pendant les crimes, les affaires continuent !
En plein Vigipirate, après le sang contaminé, avant l'eau empoisonnée, le premier polar
noir de l'histoire des motards ! (à noter que cette oeuvre peut également intéresser
les cyclistes, les piétons, voire les automobilistes...)".
Le collectif Kitusai s'expose sur le
flu, avec également quelques poèmes de Lucien Suel, des morceaux
choisis de Kitusai et de Tek en mp3, et une interview de Thierry Venin. |

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| (Mais quel rapport avec les meurtres en série ?)
Declerck contemplait attentivement sa clémentine.
Roger, gêné, regardait ailleurs.
Declerck détestait déjeuner à la cantine de la préfecture. Cette immersion bruyante
dans la restauration collective lui donnait la nausée, ses vêtements se gorgeaient
durablement de l'odeur de la friture et il fallait tout l'art de Miles Davis pour chasser
le bruit des couverts métalliques.
Ils étaient rentrés tard avec Roger de leur virée parisienne. Ils n'avaient pas appris
grand chose. C'était le cours normal d'une enquête mais cela l'avait laissé un peu
déprimé. Il coupa donc les ponts avec son environnement et interrogea avec succès le
fruit.
Celui-ci était bien plus bavard que les habitants du 11ème arrondissement.
Declerck pensa à la longue évolution naturelle et à l'organisation sociale
sophistiquée qui portait cette clémentine jusqu'à son assiette.
D'abord, le fruit était parfait, détail étonnant dans une restauration collective.
Teinté d'un orange vif profond, parsemé de quelques ombres vertes, il était ferme avec
une peau se détachant facilement.
Le parfum était magnifique : subtil, délicieux, il lui rappelait de lointains et brumeux
soirs de Noël, la chaleur d'une pièce éclairée par des bougies vacillantes, alors que
la lune projette par les fenêtres, la clarté de ses reflets sur la neige, et ce parfum
de clémentine qui ondule, seul, alors que tous sont partis dormir.
Les parts étaient juteuses, d'un goût mêlant agréablement la fraîcheur, le sucre et
l'amertume. Ses dents coupaient franchement les parts et il pouvait ainsi admirer à
loisir la pulpe, douce, dont les grains se tenaient solidairement blottis. Peu de pépins
venaient gâcher cette perfection naturelle.
Incroyable. Comment le magma terrestre sorti de l'Univers aboutissait-il à la fois à
cette merveille et aux armes chimiques ?
Une enquête captivante consisterait à suivre tout le chemin social emprunté par le
fruit jusqu'à la cantine de la préfecture de police.
Roger, tanguait de la fesse gauche à la fesse droite. C'était le signe qu'il allait
craquer. Il craqua :
- Commissaire, j'ai besoin de bouger. Je vais prendre un café. Vous m'appelez quand vous
voulez faire le point ?
Et il s'éloigna, mal à l'aise. Declerck se cala plus confortablement dans sa chaise et
entreprit de rouler une cigarette, lentement.
Il fallait d'abord une extraordinaire accumulation d'expérience humaine pour détecter
les bienfaits de ces arbres, parmi les multiples espèces qui foisonnaient sur la
planète, certaines empoisonnées, ne l'oublions pas. Béni soit le premier ancêtre qui
prit le risque de goûter cette tentation inconnue.
Puis l'arbre fut domestiqué, les meilleurs plants sélectionnés. Il traversa ensuite les
continents, résista aux naufrages, aux intempéries, aux sécheresses.
Quelques chercheurs planchèrent sur la merveille : comment améliorer ses qualités, lui
donner plus de résistance aux maladies ?
Quel hasard économique orienta l'agriculteur qui avait cueilli ce fruit-ci à abandonner
le maïs ou le kiwi et à se lancer dans la clémentine ?
C'est décidé : Declerck se recycle, il quitte cette foutue gent policière, se fait
romancier et écrit une " légende de la clémentine ", un énorme pavé, un
péplum Hollywoodien captivant en 5 tomes et 5000 pages.
En outre, cette chaîne nécessitait une mécanique sociale complexe pour ramasser, trier,
conditionner, étiqueter, vendre, transporter, stocker, négocier, revendre, transporter
à nouveau, conditionner encore et poser dans l'assiette.
Non, Declerck n'en doutait plus, le prix de la clémentine était incroyablement bas.
D'autant que cette construction sociale n'était pas plus stable qu'un château de carte :
une nouvelle région du globe attaquait la production et tout le circuit se renégociait
sur d'autres bases, appelant cette fois l'intervention de multiples bureaucrates pour
atténuer les effets, subventionner les reconversions, inventer de savants mécanismes de
péréquation.
Finalement, ce fruit était peut-être en partie financé par ses impôts ?
Et puis d'ailleurs, cette merveille naturelle domestiquée n'atteignait pas toutes les
assiettes ou alors pas avec la même qualité.
Cette dernière réflexion ramena brutalement Declerck à la réalité qui lui permettait
de payer des clémentines.
- Fait chier.
Il regagna son bureau en maugréant.
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Pour
obtenir le manuscrit (232 pages en format poche - livré en format A4 95 pages),
implacablement imprimé, dédicacé par l'auteur, il suffit d'adresser un chèque de
50 F à l'ordre de Thierry
Venin, Chemin d'Arrieula, 64160 Saint-Armou, France.
Si vous préférez le lire sans attendre,
libre à vous. C'est à vos risques et périls. Tout simplement sur la page de téléchargement,
sur le site de Kitusai. |