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L'artiste
désespéré devant la grandeur des ruines antiques
- Première partie |
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Les
petits filaments incrustés dans le pare-brise arrière dessinent des
traits horizontaux sur la buée et mon père semble songeur sans que ces
deux événements aient bien sûr aucun rapport entre eux. *
Le périphérique la nuit ne défile pas sous les roues. Il ne déploie
pas comme un long tapis sombre ses kilomètres de bitume devant l'automobiliste
hypnotisé. Le périphérique la nuit, c'est l'Espace. Pas le Plan, le
Volume. Trois dimensions qui jettent leurs omégas dans toutes les directions
à la fois et la voiture est au milieu. On croise des flaques de lumières
orangées, tièdes, des flaques de matière granuleuse disposées irrégulièrement
sur notre chemin. On croise d'autres vaisseaux, des navettes, des fusées,
d'autres corps moins définissables, plus proches du météore que de l'astronef.
Et à l'intérieur de ces objets, des hommes, des femmes, des enfants
plus rarement, tous passagers, tous en orbite, tous suivant sans broncher
la trajectoire immuable que leurs volontés assoupies ont eu la présence
d'insuffler à leur monture astrale. Où vont-ils si vite se demandait
mon père ? Où vont-ils si vite à une heure pareille ? Nulle part, peut-être.
Ils ne font que tourner. Voilà ce qu'ils font. Ils tournent en attendant
que les forces primaires cessent d'agir, que les + et les - s'annulent
et que le Big Crunch remballe tout son barda. C'est ce qui doit se passer
de toute façon. C'est bien ce qu'on dit ? Une grosse purée, puis une
petite purée, puis un petit pois en purée, puis plus rien. Et quand
il y a encore un petit pois, on peut bien tourner autour, mais une fois
que tout a disparu, autour de quoi vous voulez tourner ? Tourner sur
soi-même ? Y'a même plus de soi-même ! Y'a plus rien, je vous dis !
Alors vous voyez que c'est bien ça qu'ils attendent, tous ces types.
Ils attendent qu'il n'y ait plus rien autour de quoi tourner. Périphérique,
petits pois, gros cons pressés, orbites et climatisation, que tout ça
disparaisse dans un bon gros silence discret, et qu'on ne s'emmerde
plus à avoir à tourner autour de quoi que ce soit. Etre immobile une
fois pour toute. La Mort ? Si j'avais voulu dire ça, je l'aurais fait…
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