Lagunes
J'encre de silence le trop plein du vide
l'âme d'une lagune aux souvenirs d'océans
Mémoire en écho de rumeurs de vagues
Nous n'avons de mémoire que la boue du temps
accumulé au fond des abysses
et des orages de surface.
Les grands naufrages ne touchent jamais le fond :
ils n'en finissent pas d'en remonter !
Leurs sillages lointains et noirs tracent l'horizon de nos rivages
sédentaires
où meurent nos complaintes salines
aux reflets éclatés des derniers fragments d'azur.
Borborygmes
Ton regard absent aux spectacles du jour
contemple des paysages intérieurs.
jardins secrets à l'abri des tempêtes
tu cultives patiemment tes fleurs vénéneuses
Qui osera d'une plume acérée
écrire les mots d'une langue sacrée que tait le jour ?
Qui écrira les murmures de la nuit ?
Des lèvres agitées de fièvres nocturnes,
dans le magma informe des borborygmes secrets
s'échappe parfois à l'insu des mortels
quelques notes d'un chant éternel.
Mémoire
S'il n'y avait d'autre murmure que la mémoire ?
Mais ce bruit de fontaine lointaine
et les grondements sourds de rages telluriques
s'il n'y avait que le bruit des fontaines
et la rumeur des océans
S'il n'y avait que la brise de l'été
avec ses parfums de l'automne qui m'attend ;
le papier froissé au bord des chemins
et les lettres déchirées.
des chatons aux creux des canapés
et leurs griffes sur nos curs
des ronces aux sentiers
les bouteilles vides de nos soifs passées
et les fonds de verre de nos passion desséchées.
Mais l'heure des clochers où s'écoule
de nos crânes vides
notre éternité comptée.
S'il n'y avait d'autre futur
que le mémoire du silence.
Accident
Sois le cygne blanc sur ma route
l'étincelle jaillissante
dans la nuit du doute
la fissure invisible dans le marbre qui m'écrase
le vice caché des réalités qui m'étouffent
un jeu de mots dans la syntaxe
un croc en jambe dans la ligne tracée
le chien fou de mes espérances
un accident