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Le sexe de la femme
Gérard Zwang
(Bibliothèque érotique de Jean-Jacques Pauvert)

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Chaque nouveauté de la Bibliothèque de Pauvert montre que l’enfer (littéraire) a souvent un avant-goût de paradis dont il serait fort dommage de se priver par les temps qui courent. Dans la production érotique de ces derniers mois (dont on retiendra surtout la biographie indispensable de Colette, élu livre le plus bandant de la planète par un comité mixte d’experts, de sexes et de représentants de commerce charnel), l’ouvrage du docteur Gérard Zwang fait tâche en même temps qu’il intrigue. Ouvrage d’essence scientifique paru pour la première fois en 1967, le Sexe de la Femme n’est pas à proprement parler un livre érotique. Destiné aux médecins, aux gynécologues et par extension aux personnes dotées d’un sexe (qu’il fut masculin ou féminin), l’ouvrage fut en son temps plutôt mal reçu par les spécialistes en blouse blanche. Trop long, trop subjectif, pas assez rigoureux, furent les reproches qu’on lui adressa. L’idée a alors germé que ce livre, cet essai, peu importe comment on le qualifie, était peut-être avant tout une oeuvre de littérature. Les femmes s’en sont emparées pour en faire un bréviaire féministe et un passage cognitif obligé dans la relation à leur propre sexualité. L’affaire est ensuite tombée peu ou prou dans l’oubli, jusqu’à la réédition d’aujourd’hui, enrichie d’une nouvelle préface et de quelques prolongements d’actualité.

Zwang explique que l’idée du livre lui est venue le jour où il a réalisé que personne au monde n’avait osé écrire de livre intéressant sur la chose la plus intéressante du monde : le sexe des femmes. C’était vrai : malmené par les libertins, évité par les médecins machistes et les moralistes, idéalisé par les anciens et les modernes, le connin n’avait jamais inspiré une oeuvre qui eut la prétention d’en apprécier aussi bien la constitution organique, que la moiteur, le fumet et la dimension sacrée. Qualifiée par Malraux de " seul moyen de l’homme d’atteindre sa vie profonde à travers l ’érotisme, seul moyen d’échapper à la condition humaine de l’homme de son temps ", la matrice féminine chez Zwang se pose dès le départ comme objet conjoint d’étude et de désir. La réussite du livre tient au fait qu’à aucun moment il ne traite le problème à la légère ou par dessus la jambe. La première partie (qu’on considère comme la meilleure de l’ensemble) consacrée à la description minutieuse de la " chose " est tout bonnement merveilleuse de poésie et de précision. Le phrasé de Zwang, sec et médical, produit, comme la plume de Sade qu’on aurait vidée de sa cruauté, une impression de majesté et d’élégance qui nous met en arrêt et en presque adoration devant l’objet de la description. Les quelques dessins au fusain qui illustrent le propos prolongent notre imaginaire en présentant la figue dans des détours qui en tant qu’amant, ou en tant que fille ne nous avaient pas effleurés. Ainsi, projeté devant l’immensité du champ d’exploration, le lecteur mesure le caractère non usurpé des sensations qu’il a pu éprouver, seul ou en couple, au contact (superficiel) d’un tel abîme. La langue sexuelle elle-même est un véritable bonheur. Zwang nous embarque dans la magie du " port d’arrivée ", nous balade dans une indispensable typologie des " nymphes ", devant laquelle le tableau de Courbet l’Origine du Monde fait pâle figure.

La seconde partie du livre aborde quelques pratiques sexuelles d’une manière moins convaincante. On y retrouve les principales idées reçues sur le plaisir et le respect du corps de l’autre, la découverte de sa sexualité et la liberté qui y est attachée. Ce passage, en 1999, semble parfois droit sorti d’un guide Marabout mais ne suffit pas, tant chaque pensée est avancée avec tact et joie d’enseigner, à nous gâcher la lecture.

Le docteur termine en nous livrant un précieux glossaire des termes littéraires ou populaires qui ont servi à la description de la chatte. On y relèvera, pour la bonne bouche, l’as de pique, l’amande, le berlingot poivré, la chagatte ou tout simplement l’abricot.

De quoi tenir quelques temps sur ces rêves amoureux et regarder cet asile douillet pour les uns, cette conque bouillante pour les autres, d’un autre oeil, bouche ou nez. Le sexe de la femme rend follement intelligent mais aussi follement sensible. Il excite les hommes et donne confiance aux femmes. Sa qualité ultime est qu’il n’épuise pas le sujet mais le multiplie à l’infini, comme autant de prises de plaisir possibles. L’homme vénère tandis que la femme contemple. La dimension messianique du sexe - le vrai, celui qu’on regarde avec des yeux d’enfant ou de peintre, le panthéisme vaginal - est rendue à la société mais saura-t-elle qu’ en faire ?

Myosotis

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