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| MARTIN AMIS
Train de nuit (Mystery Train)
Gallimard - traduit de l'anglais par
Frédéric Maurin. |
| Un grand écrivain peut-il produire des oeuvres
mineures ? Si oui, reste-t-il un grand écrivain ? On a beau avoir tous les a priori
positifs du monde pour Martin Amis depuis quon la découvert
(lincontournable Flèche du
Temps), Train de Nuit nous laisse un peu sur notre faim. Après le distrayant lInformation, qui à défaut dêtre novateur était
drôle, dramatique et extrêmement plaisant à lire, ce court roman, de prime abord,
déçoit un tantinet. |

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| La déception nest pas tant due à lécriture,
toujours jubilatoire, quà linscription dAmis dans un cadre
conventionnel quil narrive que rarement à faire déborder. Bâti comme un
policier, le roman sévertue à utiliser des personnages clichés, des noms clichés
et des situations clichés pour mieux faire sentir que la grande recherche de la vérité
(existentielle et factuelle) nexiste pas ou ne mène à rien.
Cette démonstration louable et dont on voit
immédiatement la cohérence avec lensemble de loeuvre : lobsession de
la science ( les Monstres
dEinstein), limpossibilité de
connaître lautre (le
Dossier Rachel), la souffrance à
lexistence (London Fields), fait retomber
lenquête du détective Mike Hoolihan (une femme) comme un beau soufflé. Ce qui est
frustré ici, cest notre besoin de spectaculaire, cette part de classicisme
romanesque (avec un début, une fin, une intrigue) dont le nouveau roman anglais, sans
perdre en sérieux et en profondeur, ne sétait jusquici pas déparé. Amis,
pour la première fois, flirte avec labsurde et y perd son sens de lhumour.
Comme dans le précédent roman, Amis part
dune situation de départ des plus simples : Jennifer Rockwell, on
appréciera le nom de sitcom, jeune femme intelligente (médecin), riche et jolie,
décontractrée et comblée sexuellement (à ce quil paraît), se suicide... Une de
ses amies (flic, grosse, alcoolique, pas très futée) se met dans lidée quil
sagit dun meurtre et conduit une enquête policière visant à peser les
responsabilités de chacun. Le récit sorganise dès lors autour de deux questions :
quest-ce que le bonheur et comment faire pour y renoncer ? Car en guise
denquête, Mike passe son temps à décortiquer linner-self de Jennifer, ses
motivations, sa manière dêtre, sa lassitude plutôt que son emploi du temps et son
agenda. Lanalyse est si poussée que très vite, lintrigue policière
proprement dite (lidentité du présumé meurtrier) perd tout intérêt,
jusquà désintéresser le romancier lui-même. Amis samuse à nous balader
dans cet entre-deux rarement jaloux et plein dadmiration dans lequel la détective
boulotte navigue, au point quelle en arrive peu à peu à prendre la tournure
desprit de la victime.
Derrière les personnages encore, dautres
(d)ébats apparaissent. Comment la beauté (Jennifer) peut-elle priver le monde de sa
présence ? Quels en sont les critères objectifs ? La perfection peut-elle être humaine
ou conduit-elle nécessairement à lexclusion du monde des vivants ? Ce qui nous
intéresse dans la première partie du livre, cest le voyeurisme qui guide la
démarche du détective, sa manière daller fouiller dans les petites culottes de
mademoiselle Rockwell qui nous donne, dune certaine façon, à nous lecteur, comme
à elle, limpression den participer (des culottes ou de Jennifer, peu
importe). Lépuisement de cette veine pornographique (aux deux tiers du livre tout
de même) marque le désenchantement dAmis pour son personnage. Comme sil
avait cessé de samuser, il singénie à ruiner le tableau quil venait
de dresser pour fondre le tout dans une chappe de médiocrité que nous nadmettons
(en tant que public enthousiaste) quavec difficulté. Et si, demande-t-il, Jennifer
nétait pas belle ? Et si elle baisait avec nimporte qui ? Et si les hommes
étaient tous malheureux ? Et si elle sétait tiré une balle parce que cest
ce que tous les gens devraient faire ?
Parti sous un beau soleil - une sorte
dassassinat de conte de fées -, le polar sachève sous une pluie
philosophique battante - la condition humaine. Ce quon lui reproche, finalement, ce
nest pas davoir raté sa cible mais davoir sabordé notre plaisir et
notre envie dévasion à des fins démonstratives. Une chose est certaine maintenant
: Amis est à ranger parmi les grands écrivains méchants. Il naime pas le lecteur.
Il naime pas lui faire plaisir. La vie ne lamuse pas. Comme nous, il tire sa
crampe (décrivain évidemment) de dépit, parce quil na pas
dautre choix. De lui, il ne faudra attendre dorénavant rien dautres que des
doutes et des camouflets.
Unique dissertation qui vaille : existe-t-il des
grands livres heureux ?
Bmyosotis
chronique
d'Arnaud Jacob |
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