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Sujet Angot
Christine Angot
(Fayard/Littérature)

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Sujet Angot, c’est d’abord cette parole, crue et directe, cette constante interpellation du narrateur Angot et à travers lui, toujours en filigrane, du lecteur. Un je sujet interpelle à la deuxième personne du singulier le Sujet Angot, dans une langue qui sature l’intimité, le personnel, le vécu. « Je n’en peux plus du sujet Angot, je ne peux plus, Christine, te lire. C’est devenu une souffrance, comme je te disais.» Et les choses qui lui sont dites ne vont jamais dans le sens de la flagornerie. On parle aveu, confession et sentiment de soi. On parle souffrance, intériorisation d’une rupture, refus d’acceptation de ce qui n’est plus, la vie avec toi, sujet Angot. On parle déchirure, infériorisation, souffrance et manque. Comme il ne se le dit jamais que dans une sphère très intime. Jamais que dans des situations de déstabilisation étranges et coupées de tout quotidien. Jamais que dans une proximité à soi et à l’autre, dont le corps, les corps, à cette distance-là, sont partie prenante de la parole énoncée. Jamais peut-être que dans une absence de soi.

Sujet Angot surprend ainsi son lecteur par sa résolution, par sa détermination autobiographique rude, son propos confessionnel et ses changements de ton, qui murmurer, qui avouer dans un sanglot, qui vitupérer. Mais parce qu’à la parole masculine qui s’évertue à combler la béance, à résorber la rupture ontologique, se mêle inexorablement un appel à l’incidence de l’écriture, à la pertinence de la notation. Le sujet énonciateur est invariablement un lecteur du sujet Angot, un lecteur passionné et exigeant : « Mais tes coups de queue, tes coups de fil, pas ça. Ce n’est pas ton style. On ne peut pas te réduire à ça. Je n’y crois pas. Ou alors : je ne suis plus ton lecteur. » « Je lis et je me dis : de quoi elle me parle là ? De quoi tu me parles là ? De quoi parle-t-on ? Moi, je te parles de toi, moi. […] Tes coups de queue, tes coups de fil, moi je te parle de toi. Qui es unique, toi. »

Sujet Angot, c’est ainsi, de façon aussi immédiate mais dans une construction autrement plus élaborée, ce face-à-face, saisissant parce que tronqué, du sujet face à son miroir. Exigence à soi, zèle, et critique de soi, alternent, se croisent, s’échaffaudent, au sein même de la déroute, au travers de la fusion de l’autre, l’absent, le délaissé. « Jamais personne ne m’a autant bouleversé, Que toi .» Il lui parle, il a tout de l’ami qui peut se permettre de lui parler vraiment, il parvient dans cette intense communion à lui parler comme jamais personne ne pourra le faire. La fiction jour ainsi d'un effet de reél et d'un effort de confession, mais s'inscrit constamment dans une exhortation à aller au delà de ce qui est dit, et une tension vers un portait toujours plus intime. De soi, de l'autre. Car toujours, au final, il faut se coltiner le monde, et faute de le porter ou le supporter assez, se coltiner soi, (et il s’agit toujours d’une seule et même chose), en privé, en publique, en situation de dialogue, aujourd’hui, en cet instant précis, hier au soir, et demain. Au lit avec un autre. Devant sa glace. Devant le papier et devant un texte déjà écrit. L’exhortation à soi et de soi transperce alors la fiction parce que effet de réel et effet saisissant.

Au delà, Sujet Angot capture en effet par sa capacité d’incarnation. Les phrases courtes, incisives, assénées, émanent d’un corps dont elles ne peuvent être coupées, d’un corps qui dit ou suggéré, affleure partout à la surface de l’écrit. Sans qu’il ne soit bientôt plus possible pour quiconque de se dérober. Monologue, dialogue, monologue intérieur, troisième personne, jeu et fusion des personnes, alternance des points de vue, interpellation, confession, exhortation, rumination et autocitation abondent, se mêlent et circonstancient la lecture. Il n'est plus lieu de s'extraire. Une critique de Elle, qui aurait rendu compte du livre présent, est interpellée et dénoncée dans son interprétation exclusivement biographique; le lecteur lui-même est directement pris à partie et dénoncé dans sa stabilité : mais quelle stabilité dorénavant ? Christine Angot, par-delà l’expression du désir ou par-delà l’expression de la présence à soi et à l’autre, se dérobe et se livre, se refuse et s'engage, en faisant grincer les rouages de l’autofiction, en en dénonçant systématiquement tous les artifices.

Le Sujet Angot, ou mon cœur fictive? réellement mis à nu, et la violence du journal de soi.

Arnaud Jacob

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