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L’Ogre de Santa Cruz
Stéphane Bourgouin
(éditions Méréal, Paris, 1998)

Ogre de Santa Cruz. Dernier livre de Stéphane BOURGOIN

             Avis aux amateurs d’émotions fortes, aux accros du crime en tout genre. Avec le petit dernier de Stéphane Bourgouin, le plus grand spécialiste français du crime en série, soyez prêts à descendre dans les enfers d’une conscience dévorée par des fantasmes sanguinaires. Ed Kemper, plus connu sous le nom inquiétant que lui donnèrent les journalistes, l’Ogre de Santa Cruz, vous fera faire des cauchemars. Et, une fois la lecture terminée, vous le connaîtrez mieux que votre propre frère.

            Stéphane Bourgouin n’est pas à son premier essai. Cela fait vingt ans qu’il confesse les plus grands meurtriers du monde entier. Il a passé des centaines d’heures à interviewer les serial killers dans les prisons. Puis, il a couché leurs épanchements sur papier, ou les a immortalisé sur cassette vidéo. Il y a eu, en 1993, le Vampire de Milwokee. En 1998 – un ouvrage sur les femmes tueuses. Et c'est la même année que les éditions Méréal décident de lancer une collection uniquement consacrée aux biographies de ces monstres. Une aubaine pour Stéphane Bourgouin. Il publie coup sur coup un documentaire écrit sur la vie de l’étrangleur de Boston, le vampire de Dusseldorf, et enfin sur l’ogre de Santa Cruz.

            Ed Kemper est un cas un peu à part. Ce fut le tout premier tueur en série à avoir été interrogé par les agents spéciaux du FBI John Douglas et Robert Ressler dans le but d’élaborer une nouvelle stratégie d’enquête pour mieux attraper les serial killers dans le futur. En effet, comme l’explique dans la préface à son ouvrage Stéphane Bourgouin, " ces crimes, où l’assassin et sa victime ne se connaissent pas, ont peu d’espoir d’être résolus par une enquête traditionnelle. […] Afin de mieux identifier un serial killer, il faut comprendre ses motivations internes, des fantasmes qui se traduisent, la plupart du temps, par un rituel élaboré lors de la mise à mort ou juste après. Et , pour pénétrer au cœur de ces fantasmes, il fallu se mettre littéralement dans la peau des tueurs, les rencontrer pour les interroger longuement. "

           Grâce aux entretiens menés avec Ed Kemper, ces agents ont pu convaincre leurs supérieurs de mettre sur pied un programme révolutionnaire d’entretiens avec 36 serial killers et criminels sexuels.

           Stéphane Bourgouin a rencontré l’ogre de Santa Cruz en 1991, dans le pénitencier de Vancarville, en Californie, où il est emprisonné depuis 1974. Au terme de ces entretiens, Stéphane Bourgouin, qui en a pourtant vu d’autres, avoue : " Personne ne peut sortir intact d’une telle confrontation. "

            Ed Kemper, de son vrai nom Edmund Emil Kemper III, naît à Bubank, en Californie, le 18 décembre 1948. Il grandit vite, pour atteindre bientôt deux mètres de haut, auprès d’une mère tyrannique qui l’enferme dans la cave. A l’âge de 14 ans , il est interné pour le meurtre de ses grands parents. " Je voulais juste savoir ce que ça faisait de tuer grand-maman. " Libéré à 21 ans sur décision favorable de psychiatres, ce géant de deux mètres dix réussit à tenir ses démons en cage pour un moment, mais bientôt assassine, décapite, mutile six étudiantes, et pour finir da mère et sa meilleure amie. Il décapite les cadavres, les viole, les mange. Enfin, un mec sympa, quoi.

          " Vers la fin, je devenais de plus en plus malade, assoiffé de sang, et pourtant ces flots de sang m'emmerdent. Ce n’est pas quelque chose que j’ai envie de voir. Ce que je désire ardemment, par contre, c’est assister à la mort, et savourer le triomphe que j’y associe, mon propre triomphe sur la mort des autres. C’est comme une drogue, qui me pousse à en vouloir toujours plus. Je veux triompher de la mort. Je veux triompher de ma victime. Vaincre la mort. Elles sont mortes et moi, je suis vivant. C’est une victoire personnelle. "

              Ainsi s ‘exprime Ed Kemper. Si, au début du livre on est presque pris de pitié devant cet enfant maltraité, puis indigné par le laxisme du suivi psychologique, au fur et à mesure que le récit avance, le sang se glace dans vos veines.

 

maya szymanowska