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Rosetta Loy
Madame Della Seta aussi est juive

Traduit de l’italien par Françoise Brun
Editions Rivages
janvier 1999

" Un liseré noir borde nos jours innocents, sans mémoire et sans histoire "

Madame Della Seta, mais aussi la famille Levi appartenaient à la très petite minorité juive romaine. Ils étaient les voisins de la famille Loy dans les années trente et quarante, jusqu’à ce qu’ils soient les victimes d’une rafle. D’eux, en dehors de leur identité étrange à ses yeux de "juifs ", l’auteur ne connaissait presque rien. Sa famille catholique, bourgeoise, a traversé la guerre et l’exacerbation des haines racistes sans heurt notable, en souffrant à peine de quelques restrictions alimentaires. Si le père se montrait hostile au nationalisme belliqueux, jamais l’escalade des discriminations ne vint troubler la vie du foyer. A la maison, écolière dans une institution religieuse, en vacances à Ostie ou à l’occasion de quelques événements extraordinaires de l’ère fasciste, l’enfant est bien confrontée à quelques-unes de ces réalités abominables, mais sans qu’elles n’influent jamais sur le cours de sa conscience.

A partir de ces souvenirs personnels, racontés sur un mode narratif, du point de vue de l’enfant qu’elle était, Rosetta Loy embrasse la question de l’antisémitisme en Italie et des compromissions de l’Eglise. Comment une minorité intégrée a-t-elle pu devenir l’objet d’une politique planifiée de discrimination et d’extermination, dans une Italie indépendante, dans une Rome mère du Saint-Siège ? En parallèle, elle fait ainsi l’histoire de la collaboration intellectuelle, idéologique et religieuse de l’Italie fasciste et la reconstitution des relations équivoques du Vatican avec le génocide hitlérien, coupable à la mort de Pie XI de la plus atroce compromission par son silence. Malgré son information diligentée des persécutions du clergé polonais, malgré sa connaissance certaine de la solution finale, malgré cette nuit de rafle historique de 43, qui sous ses fenêtres même, vide les ghettos juifs romains, Pie XII n’émettra jamais aucune protestation publique contre les crimes nazies. Les Levi, Madame Della Seta auront été déporté sans que personne n’oppose aucune résistance.

En inscrivant son récit autobiographique dans un cadre historique scrupuleux, Rosetta Loy écrit un roman personnel, juste, pertinent, qui rend très exactement compte des errements et de la culpabilité de toute une civilisation. La fabrication d’une soi-disant "race italique " supérieure, la distribution de l’humanité en juifs et chrétiens, déicides et purs aryens jusqu’à l’instauration des lois raciales, " l’avidité de consensus " des intellectuels et de l’autorité vaticane,  autant de moments essentiels de l’histoire italienne et européenne qui, confrontés à une écriture et une expérience authentiques, prennent toute leur signification : ici encore, l’écriture romanesque irradie le lecteur et trouve le chemin de la vérité et de l’humanité comme à nulle autre pareille.

Arnaud J.

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