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Les Jolies choses
Virginie Despentes
(Grasset)

Virginie Despentes est passée pour son troisième roman chez Grasset. Mais quoi qu’on puisse penser de l’éditeur et du volte-face, il se trouve que l’auteur de Baise-moi et des Chiennes, parus en leur temps chez Florent-Massot, se trouve être autrement plus conséquente que dans ses deux thrillers précédents. On n’entrera pas dans la question du style ni dans celle de savoir s’il s’agit, ou non !, de littérature...

L’histoire, vous voulez l’histoire...

Claudine et Pauline sont deux sœurs jumelles radicalement opposées l’une à l’autre : quand Claudine est montée conquérir Paris, insatiable, mythomane, obsédée par les hommes, sa sœur a fustigé la pétasse sexy et sans talent qu’elle ne manquait pas d’être. Avec Nicolas, Claudine est allée d’impostures en impostures, plans foireux et promesses intéressées s’accumulant sur la route de l’échec. Non sans baiser et se faire baiser par tout ce qui portait moquette sur le torse. Tout en avidité. Pauline, elle, volontiers misanthrope, était intelligente, lucide, fidèle à un mec unique dont elle attend la sortie de prison. Elle était restée dans leur ville natale, indifférente au cours du monde. Jusqu’au jour où, emportée dans une ultime combine de sa jumelle, elle monte à Paris chanter à sa place. Et endosse son identité quand elle se suicide, avec pour seule complicité le regard médusé d’un Nicolas promu agent exclusif. Son objectif est clair : empocher un à-valoir juteux après sa petite performance scénique et s’enfuir loin, avec son mec, sans s’être compromise. Elle s’installe chez Claudine, patiente, méticuleuse, sans laisser rien au hasard. Les enchères montent, elle est en passe d’accéder au succès tant convoité par sa sœur. Quand elle est rattrapée par toutes les jolies choses qui drainent la vie frelatée, la réussite factice des fashion victims parisiennes.

On est sensible d’abord à la construction en quatre parties tendance Vivaldi : automne, hiver, printemps, été, qui ne cèdent pas à l’effet défilé de mode. On a droit en plus, dans ce cruel chassé-croisé à travers les faux-semblants du star-system, à des personnages campés et consistants (les deux sœurs tiennent, la psycho fonctionne). On apprécie enfin – les mordus de Despentes apprécieront - que Virginiiiiie ! (cris hystériques d’ados en pâmoison) ne cède en rien à sa vision acide et à son style de notations au vitriol. Les misères sociales, l’obscénité des regards masculins, l’esprit putassier de l’industrie du disque et les rêves de réussite, les espoirs heureux ou déçus de ses deux jeunes femmes accèdent à une réalité sans fard et, dans cette espèce de nouvelle maturité, plus contrastée.

Arnaud J.

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