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mots clefs_
david goodis; roman noir;

polar US; hollywood; maudit


David Goodis et l'homme dans sa nuit

Venue de l'Amérique -encore elle-, une littérature particulièrement sombre et réaliste débarque -avant l'heure- en France dans les années trente : le roman noir. Très vite Marcel Duhamel s'y intéresse mais c'est Jacques Prévert qui donna son nom à la collection qui fit les heures de gloire de Gallimard : "La Série Noire". Ses principaux adeptes avaient des noms illustres : Mac-Orlan, Sartre, Céline et Cocteau qui se faisait photographier devant sa bibliothèque où l'on reconnaissait
l'alignement aux célèbres couleurs noires et jaunes des volumes de la série.


Défendus par de tels parrains, les premiers auteurs du catalogue allaient très vite donner ses titres de noblesse au genre et lui donner sa reconnaissance littéraire. Que ce soit Horace Mac Coy, Dashiell Hammet, Richard Matheson, et tant d'autres, des univers sombres, sinistres, s'offraient à nos imaginations bousculées par la liberté des formes, frappées par la face cachée du mythe américain.

La Blonde au coin de la Rue

La pêche aux Avaros Les pieds dans les nuages


Parmi tous ces Américains devenus des classiques, il est un auteur qui me paraît singulier : David Goodis.

Le destin de David Goodis est semblable à celui de beaucoup d'autres auteurs des années trente aux USA : des boulots à la journée, il erre dans le pays et connaît les difficultés de ces années noires. Cependant, rapidement célèbre, il a la chance de voir ses livres adaptés au cinéma et participera à l'écriture de scénari de quelques films dans les fameux studios hollywoodiens. Mais cette vie n'est pas la sienne. Très vite il choisit la liberté faite d'errance, d'alccol et de solitude. Il meurt jeune, quasi oublié et seul. Un vrai roman noir ! Il laisse derrière lui une oeuvre qui compte une quinzaine de titres célèbres.

A l'instar de Mac Coy, Steinbeck ou Caldwell, un personnage quasi fantomatique mais omniprésent hante l'oeuvre de Goodis : la société américaine. Il nous la dépeint malsaine, assassine, brisant les aspirations les plus simples et donnant au mot "liberté" un sens unique : argent.

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Pourtant, la singularité de Goodis ne réside pas dans cette atmosphère pesante mais vient plutôt du fait qu'il utilise les ficelles du noir pour nous livrer sa vision du monde, son espoir en l'homme. On ne trouve pas de personnage récurrent, pas de détective maussade, de flic véreux, de truand psychopathe mais des personnages issus de milieux défavorisés, des gens modestes et simple qui vont vivre une aventure à laquelle rien ne les préparait, qui ressemblent à ces laissés-pour-compte qu'il a dû côtoyer. Dans l'oeuvre de Goodis, il est un roman qui à lui seul montre
cet univers si particulier dans lequel on retrouve les thèmes chers à l'auteur : "La Blonde au coin de la rue" ("The Blonde on the street corner" - 1954).

Avec ce roman, Goodis procède comme dans une fable sans morale : il annonce d'entrée de jeu l'issue de son histoire et nous entraîne ensuite dans la chute progressive mais irrémédiable de son héros.

L'histoire est simple : un homme de 30 ans sans travail ni argent vit chez ses parents. Il traîne dans les rues d'une grande ville avec ses compagnons d'infortune, se passionne pour les combats de boxe dont il ne lit que les comptes-rendus, et suit ses acolytes pour supporter son
ennui.

Ralph -notre héros- se sent dans la vie comme plombé : son inactivité a alourdi jusqu'à ses sentiments. Le regard qu'il pose sur sa famille -son père notamment- est empreint de pitié et d'amertume. Lorsqu'il rencontre une jeune femme qui met immédiatement tous ses espoirs en lui, il ne saura lui faire qu'une chanson -qu'elle n'entendra jamais du reste- et
retombera dans la médiocrité, faute d'avoir su dire : "J'irai jusqu'au bout de ce rêve-là".

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Ici, tous les thèmes de Goodis sont concentrés : impuissance face à la vie, incompréhension, solitude. Mais outre ces thèmes, il existe dans certains de ses livres, et notamment dans "La Blonde au coin de la rue", un éclairage quasi mystique : croire est la seule issue au destin
tragique de l'homme. Dans un autre de ses romans, "Cauchemar", le personnage principal a suffisamment foi en lui pour trouver le moyen de se sortir d'une situation inextricable. Ralph, lui, en qui personne n'a jamais réellement cru -du moins préfère-t-il le penser- ne saura pas
lutter contre l'adversité et tombera dans les ténèbres.

Dans "La Blonde au coin de la rue", Goodis fait sienne la phrase de l'Écclésiaste : "Chaque homme dans sa nuit s'en va vers sa lumière", mais il ajoute que le désespoir est la seule issue pour ceux qui n'ont pas su croire en leur rêve et qui, par peur de n'être pas à la hauteur de leur idéal, s'abîment inéluctablement dans ce qui les en éloigne.


Isabelle Hénique-Bourgeois

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et aussi...

LA BLONDE AU COIN DE LA RUE

LE CASSE

CAUCHEMAR

OBSESSION

RUE BARBARE

VENDREDI 13

BEAUTE BLEUE

LA NUIT TOMBE

RETOUR A LA VIE

ALLUMETTE FACILE

LA PECHE AUX AVAROS

SANS ESPOIR DE RETOUR

TIREZ SUR LE PIANISTE

LES PIEDS DANS LES NUAGES

Sortie recemment : une bibliographie de David Goodis par Philippe Garnier :

La vie en noir et blanc

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Prix éditeur : 69 FF
Prix Alapage : 65,55 FF

L'allumette facile

Cauchemar