Matt Scudder est un privé atypique : il ne possède aucun bureau,
aucune licence. Il se contente de mener quelques enquêtes, au gré des éventuels clients
quon lui envoie, par le système du bouche à oreille.
Scudder na rien du héros hard boiled :
ex-pochard, il participe à des réunions dalcooliques anonymes et distribue une
partie de son argent aux mendiants dans les rues de New York. Cest un personnage
doté dune grande faculté dempathie.
Aussi, cest avec scrupules quil traite la mission difficile quon lui
confie : retrouver la trace de Paula Hoeldtke, une fille de bonne famille qui
sétait mis en tête de devenir actrice. Aucun indice. Une chambre presque vide,
rien à se mettre sous la dent. Et, sur ces entrefaites, Scudder rencontre Eddie, un
soûlard devenu sobre lui aussi. Une ébauche damitié sinstalle entre les
deux hommes, jusquau moment où Eddie est retrouvé mort, pendu.
Scudder est têtu. Il est capable de trouver des liens là où personne nen verrait.
Il va peu à peu déterrer la vérité. Il va même faire mieux que ça, puisque
quil mettra au grand jour des secrets que personne ne lui demandait, et résoudre
les deux affaires...
Le style est sobre, le rythme est lent, presque
morne. On navigue à quelques encablures de lennui. Et pourtant, certains traits
sont réussis, la construction est irréprochable. Le roman nous donnera même
loccasion dassister à des scènes saisissantes. On remarquera surtout le
boucher Mickey Ballou, au physique de brute épaisse et à la courtoisie assassine. Ballou
qui na pas usurpé sa réputation de meurtrier féroce, Ballou qui sexhibe
volontiers en tablier blanc taché de sang, mais qui traite Scudder comme un
invité de marque et lentraîne à sa suite dans le quartier des bouchers, pour
assister à la messe des bouchers...
Malgré quelques lenteurs, un roman tout à fait
digne dintérêt, à des centaines de lieues des situations convenues quon
trouve dans la production actuelle, hyper calibrée. na pas peur
daffirmer son individualité, son uvre est originale, ce qui à notre époque
est presque un exploit, tant est grande la pression à la conformité commerciale.
Paul
Borrelli