| La Vénus des Lavabos , Patty est un
personnage appartenant à l'univers familier de Pedro Almodovar. On dirait une des figures
féminines de ses films, en plus violent et plus libre. Patty est une star
internationale du porno, qui sillonne la capitale espagnole, la nuit de préférence,
accro au sexe, insomniaque, fragile, déséspérée, dotée d'un humour décapant. Figure
étonnante et cruelle d'une hétaïre philosophe, Patty se vautre dans la fange avec
classe et application. Enfant des années 80, cette Vénus érotique, libertine
effrénée, fait de la séduction un art, du sexe un jeu, tout en courant après l'amour
fou. Vénus des lavabos, ce pseudonyme oxymorique est bien à l'image du personnage plein
de contradictions : tendre et cruelle, mégalomane attachante, effleurant avec
légèreté, mais toujours visant juste, la complexité des rapports humains.
"De tous les personnages féminins
qui sont nés sous ma plume, Patty est ma favorite. Une jeune femme douée d'un tel
appétit de vivre qu'elle n'en dort jamais, naïve, tendre et grotesque, jalouse et
narcissique, amie de tout le monde et de tous les plaisirs et toujours prête à voir le
meilleur côté des choses ! Quelqu'un qui, à force de ne réfléchir qu'à la surface
des choses, finit par en tirer le plus profond. Patty fuit la solitude et se fuit
elle-même, et le fait avec beaucoup d'humour et de bon sens."
Almodovar
Patty Diphusa écrit ses mémoires à la première personne. Elle
représente le double féminin d'Almodovar. Par sa bouche, le cinéaste évoque avec
nostalgie les années de sa jeunesse madrilène. Il rend hommage à cette époque où la
scène espagnole avait pour seul Dieu Andy Warhol, pour seul mot d'ordre l'amusement, pour
seule règle morale l'insouciance.
"L'aube des années 80 fut une
aube intrépide. Non seulement nous étions plus jeunes et plus minces, mais aussi notre
innocence, notre soif de l'inconnu faisaient que nous nous lancions dans tout tête
baissée avec joie."
Les mémoires de Patty s'achèvent par une confrontation entre
l'écrivain et son double, une interview menée par le personnage qui cherche à se
connaître à travers son auteur. Morceaux choisis :
"Patty : (...) j'aimerais savoir si je suis
un homme, une femme ou un travesti.
Pedro : Tu es une femme naturellement.Une femme qui ne dors jamais, mais en fin de
compte une femme.
Patty : Pourquoi je ne dors jamais ? Il existe des somnifères qui sont capable d'abrutir
un éléphant. Le Ropinol par exemple. Des junkies m'en ont parlé.
Pedro : Tu ne peux pas dormir : pour toi le sommeil signifierait la mort. (...) Le
signe de notre temps c'est le vertige, l'activité frénétique. Et tu es une fille
typique de notre époque. "
Patty : Est-ce que j'ai une
idéologie ?
Pedro : Tu aimes baiser et tu adores que l'on t'admire.
Patty : Je veux dire, est-ce que je suis socialiste ?
Pedro : Non, mais ça ne te gênerait pas de le devenir avec Felipe Gonzales.
Patty : Donc on peut dire qu'à ma façon je suis socialiste parce que je ne coucherais
pas avec Fraga ?
Pedro : Non.
Patty : Et avec Tamanes, et avec Curiel ?
Pedro : Avec eux, oui, et même avec deux à la fois.
Patty : Tu crois que je devrais leur proposer ?
Pedro : Je crois qu'ils n' accepteraient pas. Tu as trop de culot pour des gens de
gauche".
Le recueil se clôt par quelques textes burlesques de
Pedro Almodovar, regroupés sous le titre un tantinet provocateur : "Conseils pour
devenir Cinéaste de renommée internationale." On y apprend notamment comment
découvrir sa vocation, comment éviter de pourrir dans un petit village, quels propos
tenir à la sortie d'une projection. Bref, Pedro-l'écrivain est tout aussi décapant et
amusant que le Pedro-cinéaste. A lire sans modération.
Maya S.
Autres ouvrages du même auteur :
Le Feu aux entrailles, éd. La Sirène, 1992
La Fleur de mon secret, éd. du Levant, 1995
Femmes au bord de la crise de nerfs, éd. L'Avant-scène, 1995 |