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EPISODE 4.


Le soir où Loana et moi avions été déclarés vainqueurs, Fabrice et Laure étaient encore en vie. Dans la presse, on nous avait baptisés les "4 fantastiques". Je me prenais pour Johnny la Torche Humaine, j'étais chaud et puis froid et cruel comme un ogre avec ma strip-teaseuse. Laure piqua une crise de nerfs et plaqua Fabrice lors du dernier direct.
- Casse-toi, connard, elle lui dit, alors qu'on lui demandait son sentiment.
Elle sortit sous les huées du public et refusa de rejoindre le plateau. Fabrice se rendit compte qu'il avait été joué et qu'elle ne s'était mise à la colle avec lui que pour augmenter ses chances de victoire. Laure disparut, en pleine confusion, dans une des limousines de la production et nous ne la revîmes plus jamais. La Femme Invisible, elle était. Le tueur la rattrapa plus tard dans des conditions qui m'étonnent encore aujourd'hui. Laure était matérialiste, c'était une peste égoïste et manipulatrice, avec ses sourcils tatoués, ses millions en Suisse, et ses rêves de puissance. Le tueur a pris le contre-pied de sa personnalité et a fait disparaître son corps. Il a envoyé un message aux flics dans une enveloppe de papier kraft. Dedans, ils ont retrouvé le scalp de son sourcil, son nombril piercé qu'il avait brûlé avec un tisonnier et le mot DUPLICITY, en anglais, écrit avec son rouge à lèvres Chanel. Je me souvenais de ce qu'elle avait dit quelques jours avant l'issue :
- Si je perds, je vais l'avoir mauvaise. Je ne vous aime pas, vous savez. J'ai fait tout ça pour vous perdre. Vous me dégouttez, vous êtes pauvres et je ne suis pas d'entre vous.

Trois fois les votes avaient été truqués à son avantage. Nous n'avions rien dit mais les rumeurs disaient qu'elle et moi allions gagner la maison afin de ne pas ruiner la production. Mon père, administrateur de M6, et le sien (le mystérieux Tavernost) s'étaient rencontrés pour partager les bénéfices de sa vente sur notre dos. J'avais été mis au courant par ma mère, lors de l'enterrement de mon grand-père, que l'on travaillait en coulisses à mon triomphe. Chacun ses armes. Loana avait les siennes, bombastisques et imparables. J'avais les miennes. Peut-on reprocher à un père d'œuvrer au bien de son unique enfant ? Laure a dû présumer de la force des siens. Quant aux autres, si faibles et innocents, dès le départ, je crois qu'ils ont été sacrifiés. Mais à quoi bon revenir là dessus à deux épisodes de la fin ? Ce qui devait arriver arriva : le tueur acheva les derniers participants. Kimy, la pauvre érotomane, qui aurait pu s'en tirer si Delphine avait mieux dissimulé sa grossesse, fut suicidée dans une sordide boîte à touze du port militaire de Toulon. Fin de l'intérim. Le tueur laissa comme nouveau mot jalon : INTEGRATION, et personne n'y comprit rien. Le type s'enferrait dans une logique exterminatrice à la Seven et devait être à court de vocabulaire. Aziz, qui y avait coupé la première fois, fut écrasé par un trente huit tonnes sur une aire d'autoroute. PUISSANCE, écrivit le tueur avec son sang. Christophe eut droit à EGOTISME et Fabrice à AMITIE. Castaldi fut soupçonné pour cet avant dernier meurtre. Fabrice et lui se connaissaient depuis l'enfance. Ils étaient allés à l'école ensemble et l'animateur l'avait projeté au milieu du jeu en toute connaissance de cause. Il savait ce qu'on lui réservait. Fabrice était là pour découvrir si les meurtres avaient un rapport quelconque avec l'intérieur du Loft mais il n'avait rien appris. Castaldi présenta ensuite le journal de 20 heures sur la 2. Il devint intouchable. Christophe avait soupçonné Fabrice, à son tour, de manipuler Laure pour apprendre la vérité.

Tout tournait autour de Laure, j'en étais persuadé, c'était elle la méchanceté mais il n'y avait aucune preuve de son implication. Sa haine était réelle, tournée vers chacun d'entre nous, mais sûrement inoffensive. Laure était une capitaliste. Les capitalistes n'aiment pas avoir les mains sales. Ils n'ont pas l'énergie de commettre les meurtres qu'ils appellent de leurs vœux. Tout est accident dans le capitalisme, personne n'est responsable. Le volontarisme est réduit à la portion congrue. Les riches manquent de la sauvagerie nécessaire aux grands actes criminels.

Le tueur compléta la liste avec Loana dans la prothèse mammaire de laquelle il découpa le mot CREDULITE. Il l'habilla en jeune fille au pair, avec de petites socquettes blanches et une robe tablier, et puis la coucha sur un tapis de fleurs. Dans le lecteur CD, le tueur installa une vieille chanson des Smiths qui disait à peu près ceci :
- Let me get my hands on your mammary glands. Let me get your head on the conjugal bed. I crack the whip and you skip but you deserve it. (Laisse moi poser les mains sur tes glandes mammaires. Poser ta tête sur le lit conjugal. Je fais craquer le fouet. Tu l'évites mais tu mérites une correction.) Tout était dit.

L'eau était chaude malgré la nuit qui s'épuisait. La plage était aussi déserte que si elle avait été entièrement bouclée par la police ou une équipe de cinéma. Il n'y avait pas même, rampant entre les dunes, ces vieux retraités qui font gambader leurs chiens et se jettent, dès qu'elles ont le dos tourné, sur les bimbos à la bronze. J'enlevai mon caleçon et entrai dans l'eau jusqu'aux chevilles. Mes fringues en boule sur le sable prenaient le frais. Le matin, il n'y avait pas de voleurs sur la Côte d'Azur. Ils dormaient et se reposaient de leurs forfaits de la veille. Ma bite, longue et large, rétrécit au contact des vagues et je m'engageai dans une série de brasses élégantes et puissantes. Mes muscles durcissaient et me propulsaient avec facilité vers le large.
- Doucement, JED, je me dis. Ne te fatigue pas trop. Tu dois encore affronter ce satané tueur, s'il ose se pointer. Et tu ne sais même pas à quoi il ressemble.

J'avais appris à nager dès mon plus jeune âge. L'eau avait toujours été mon élément. Je m'y déplaçais comme une sirène et avec autant de grâce que sur la terre ferme. En nageant, je m'interrogeai sur les raisons de mon succès. Après le disque des Lofteurs, tout avait roulé pour moi. J'avais fait de Loana mon esclave sexuelle jusqu'à sa mort mais, sur le fond, je me sentais seul et unique. Trouverais-je un jour quelqu'un à ma hauteur ? Quelqu'un qui satisfasse mes incommensurables besoins sexuels et ma quête de sens ? Cette personne existait-elle seulement ?
Au large, je devinais les rivages sombres et touffus de la Corse. J'aurais facilement pu y nager sur mon art de la natation et ma résistance physique mais il fallait que j'économise mes forces. C'est à ce moment qu'une méduse s'agrippa à mon genou et m'empêcha d'avancer. Sa chair gluante s'enroula autour de mon articulation et vint distraire l'implacable mécanique de ma brasse. Je perdis l'équilibre et entrepris d'arracher l'animal avec les mains. Je pressai sa glaire flasque à pleines mains, sentis le picotement de son poison tandis que je la broyais et puis la lançai au loin avant de me tourner vers le rivage.
- Saloperie, je m'écriai. Il suffit parfois d'une broutille pour rompre l'harmonie d'un corps même aussi splendide que le mien.

Sur la plage, à quelques deux cents mètres de moi, je distinguai une silhouette en ombres chinoises. L'angoisse me saisit et je regardai ma montre. L'heure du rendez-vous s'était écoulée. Je l'avais passée à ma joie d'être dans l'eau. Je nageai vers le bord en tentant de voir qui se cachait derrière le soleil. La silhouette était fine, semblait haute dans l'alignement des genêts et se mouvait lentement, décrivant de larges cercles autour de mes vêtements. Finalement, elle s'assit, dos à la mer, près de mes sandales.
- L'ombre du tueur, je me dis. Le spectacle réel.

A vingt mètres du bord, alors que je tirai sur mes bras comme un forçat, je distinguai une chevelure fauve et courte, une nuque blanche et laiteuse ainsi que des épaules fluettes. J'avais toujours su que le tueur était une femme. Je regardai la fille, immobile et qui me tournait le dos, ses hanches délicates, posée sur le sable en amphore vaticane.
- Ce qu'elle est belle, murmura mon cœur et je sortis de l'eau.
La fille ne broncha pas.
- Qui êtes-vous, je demandai ?
Et Laure se tourna. Je faillis défaillir. Laure était encore en vie. Elle se jeta dans mes bras et déposa sur mes pectoraux encore humides de gouleyants baisers. Je la repoussai aussitôt de peur qu'elle me plante un couteau dans le dos et elle roula dans le sable.
- Ainsi, c'était toi, je lui demandai en la menaçant avec le premier truc que je ramassai, un énorme coquillage qui traînait par là.
- Jed, elle dit, tu ne vas pas croire que c'est moi la coupable. Je me doutais que tu serais là. Le tueur m'a demandé de venir, moi aussi.
- Mais tu n'es pas morte ?
- Non, je me suis sauvée. C'est pour ça que je suis partie après l'émission. J'ai disparu pour ne pas qu'il retrouve ma trace.
- Et l'enveloppe envoyée aux flics ? Et le nombril ? Et tes sourcils ?
- Regarde.
Laure souleva son tee-shirt et la pastille métallique étincela au milieu de son ventre. Ses sourcils étaient intacts, tatoués et intacts. Elle s'approcha de moi et m'enlaça. Je me laissai faire.
- Tout était truqué. Tu vois bien que c'est moi, elle dit. Vraiment ça me fait de la peine que tu aies cru que je puisse être le tueur.
Je me mis à chialer dans ses bras.
- Je croyais que j'étais le dernier, Laure. Tu m'as manqué. Excuse moi.
Je sentis sa nuque et passai la main dans ses cheveux teints en roux.
- Je sais, elle dit, c'est une couleur affreuse. Mais je devais passer inaperçue.
- Je comprends, je dis.
Elle me montra le papier qu'un inconnu lui avait tendu dans une rue d'Avignon.
- AUX DUNES. 8H. LE SPECTACLE EST REEL.
C'était l'écriture du tueur, je la reconnus, souple et torturée comme sur les messages de mort.
Nous nous lovâmes dans les bras l'un de l'autre et décidâmes d'attendre qu'il arrive quelque chose.
- Tu comprends ce qui s'est passé, je demandai à Laure.
- J'ai quelques hypothèses, elle me dit, et puis elle glissa sa main dans mon slip et me tira une érection instantanée.
- Laure, je protestai. Ce n'est pas le moment.
- Cela fait si longtemps que je ne l'ai pas fait.
Elle me dégoupilla et je la laissai faire malgré la peur qui m'avait envahie. Ses mains crochues agrippèrent ma batte et la branlèrent avec la précision d'une pute. Ses grands yeux m'hypnotisaient et je m'abandonnai vite à ses griffes noires de sauvageonne.
- Tue-moi je lui dis, si c'est toi, tue moi.
Laure sourit et elle enfourna mon sexe jusqu'au milieu de son ventre.
- Je n'y suis pour rien, elle jura à l'orgasme. Intube moi la poterie, je t'en supplie.
J'oubliai pourquoi nous étions là et lui saccageai le front office.
- Il n'y a pas de mal à se faire du bien, disait Loana.
- Il n'y a pas de mal à se faire du bien.
J'étais persuadé que le tueur nous observait depuis une cachette secrète. Cette impression m'excitait.
- Regarde nous, je pensais. Regarde ce dont je suis capable et j'harponnai la pimbêche qui se déchirait les ongles sur mon dos.
- Ecoute, dit soudain Laure, écoute…
Et nous nous arrêtames.

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