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Poésie et prose

1981
La parole est fragile Emondes


1982
La matinée à l'anglaise

1984
Un dimanche après-midi dans la tête
Dans la paume du rêveur

1986
Ne cherchez plus mon cœur

1987
Papiers froissés dans l'impatience

1988
Précis de théologie à l'usage des anges

1990
Les abeilles de l'invisible
Portraits d'un éphémère

1991
Léon Zack, ou l'instinct de ciel

1992
Dans l'interstice
Une Histoire de bleu

1994
L'Ecrivain imaginaire

1998
Domaine public

2000
L'instinct de ciel Du lyrisme

 

entretien avec
Jean-Michel Maulpoix
(suite)

Flu: Borgès encore écrivait que "le livre est un des bonheurs possibles de l'homme"; en sera-t-il bientôt de même pour l'ordinateur ?

JMM: Je réponds non. L'ordinateur ne donne pas de bonheur: il est fait de plastique noir ou blanc, de circuits microscopiques, de lumières bleuâtres. C'est une télévision aggravée. Je lui préférerais toujours un volume in-quarto ou in-octavo: question de toucher, de peau et de présence.


Flu: Richard Robert, directeur de la revue Scherzo écrivait récemment que grâce à l'Internet "le texte (...) reste indéfiniment disponible à la réécriture" et survient alors "la tentation de corriger encore et encore''. C'est ce qui pouvait a priori arriver de mieux à chaque créateur, remanier jour après jour sa propre création et pourtant est-ce qu'un sentiment de "tricherie" ne domine pas?

JMM: Je connais déjà cette double tentation des variantes à n'en plus finir et des textes entonnoirs dans lesquels on ne cesse de rajouter de la matière et de la matière encore... C'est un risque pour la pensée, aussi bien que pour le "style": celui de ne plus savoir choisir, de verser dans l'accumulation, dans le quantitatif absolu. Un livre, c'est un temps, un morceau de vie ou de destinée; ça n'est pas l'absolu. Gare aux démons de l'absolu!

Flu: Quelle est la situation de la poésie contemporaine en France ? Ce n'est certes pas un genre mineur mais on a l'impression que c'est un domaine encore, disons, relativement fermé ou pour être plus précis, réservé à une certaine élite. Et les jeunes générations ne semblent guère s'intéresser à la poésie. Est-ce réellement le cas?

JMM: Oui, la poésie reste marginale et mineure: petit public, petits marchés, petits tirages. Et cela ne risque pas de changer. Ici Internet ne peut guère que déformer les choses, produire des effets d'optique en donnant à croire qu'il y a des poètes partout... Or la poésie reste une affaire difficile: intense concentration de langue, étonnant "toucher" de la langue... comme celui d'un violoniste par exemple...

Flu: N'est-ce pas aussi une des conditions d'existence de la poésie que d'être "souterraine", simultanément présente et peu remarquée? La vulgarisation de la poésie (je pense notamment aux poèmes affichés dans le métro ou des initiatives similaires...), ne serait-ce pas la mort de la poésie?

JMM: Elle reste souterraine quoi qu'il arrive... Je veux dire que la vraie poésie, celle qui fixe et qui mobilise intensément la langue reste nécessairement souterraine, quelles que puissent être les manifestations épiphénoménales par ailleurs multipliées.

Flu: Apparemment il n'y a plus de mouvements en poésie, les systèmes semblent avoir définitivement disparus (romantisme, surréalisme...). Je crois que de votre côté, vous parlez à propos de la création contemporaine de "pratiques poétiques" en lieu et place des grands courants. Qu'est-ce que cela signifie exactement?

JMM: C'est dire que chaque poète s'efforce de son côté de ressaisir ce que peut être pour lui la poésie, dans l'espace même de son travail. Il n'y a plus aujourd'hui de grands mouvements fédérateurs.

Flu: Tout semble avoir été fait en poésie, comme si tout avait été épuisé, aussi bien les sujets que les formes. Le poète contemporain n'est-il pas contraint à la redite ? La poésie même, après avoir franchie des limites, n'est-elle pas arrivé à une sorte de limite infranchissable?

JMM: Vous avez sans doute raison. Mais à mes yeux une question reste posée à laquelle l'écriture vient s'alimenter: celle de savoir ce qui motive en nous le désir de poésie, ou cette soif et cette faim "d'autre chose" dont parlait Mallarmé. Je crois que le poète contemporain est enfin à même de poser de façon critique la question du lyrisme et de son pourquoi. C'est là que j'inscris mon travail.

Propos recueillis par Anthony Dufraisse

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Site de J.M Maulpoix: maulpoix.fr.fm.
J.M Maulpoix a fait paraître des études critiques sur Henri Michaux, Jacques Réda et René Char. Il enseigne la poésie moderne et contemporaine à l'Université ParisX-Nanterre et dirige la revue de littérature et de critique Le Nouveau Recueil.

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