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Poésie et prose

1981
La parole est fragile Emondes


1982
La matinée à l'anglaise

1984
Un dimanche après-midi dans la tête
Dans la paume du rêveur

1986
Ne cherchez plus mon cœur

1987
Papiers froissés dans l'impatience

1988
Précis de théologie à l'usage des anges

1990
Les abeilles de l'invisible
Portraits d'un éphémère

1991
Léon Zack, ou l'instinct de ciel

1992
Dans l'interstice
Une Histoire de bleu

1994
L'Ecrivain imaginaire

1998
Domaine public

2000
L'instinct de ciel Du lyrisme

 

entretien avec
Jean-Michel Maulpoix

"Mes seules racines sont de papier: des livres, des pages accumulées, des lettres que je ne me résigne pas à jeter, des timbres découpés recueillis dans des boîtes. De mon arbre, n'existe que le feuillage, des feuillets pour des chants articulés par d'autres: ils se posent, puis s'envolent, ils ont de gais plumages et font des nids très haut perchés".
© Jean-Michel Maulpoix, 1998.

"J'ai l'habitude [...] de n'être nulle part, en apnée dans ma propre vie", écrit Jean-Michel Maulpoix. Il ne croit pas si bien dire. Il tâtonne à la recherche d'un souffle, celui des mots. Il sait que tout est éphémère, que les mots aussi trépassent; alors il écrit, et par le geste éternel de l'écriture, il fait surgir l'inattendu dans la nécessité. Ses mots sont comme des valises: ils les posent là-bas, les récupère ailleurs, il voyage avec eux. Les mots sont un peu comme lui, insaisissables. Il vient à leur rencontre, à moins que ce ne soit l'inverse. Et il répète, inlassablement, le même geste, le geste de celui qui est "à l'écoute de chaque atome de silence", comme l'écrivait Paul Valéry. Il dit n'être qu'un "semblant de poète". A vrai dire, il est comme tous les poètes, il a les mots pour miroir...

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Flucuat: Dans le langage courant, on entend par lyrisme une sorte d'effusion, d'emphase spontanée, une espèce de... à vrai dire, on ne sait pas précisément ce que recouvre le lyrisme. En 1989 vous aviez publié un essai intitulé La voix d'Orphée déjà consacré à ce sujet. Pourquoi une nouvelle étude sur ce thème?

JM.Maulpoix: Je m'explique sur ce point dans la préface du nouveau livre paru en mars Du lyrisme: La voix d'Orphée étant épuisé, j'ai souhaité corriger et compléter ce texte en vue de la réédition annoncée. Finalement, au cours de ce travail, le manuscrit a doublé de volume. D'où un nouveau livre, issu principalement du souci de creuser la réflexion, de refaire la généalogie du mot "lyrisme" et de l'articuler plus précisément à des formes (telles que l'ode ou l'élégie). Bref, il s'agissait de donner plus de corps, plus de substance, plus d'épaisseur au mot "lyrisme". De le poursuivre encore, tel qu'il se dérobe toujours.

Flu: De nombreux sites consacrés à la poésie fleurissent sur le net. Pensez-vous que l'Internet puisse jouer le rôle de relais des revues de poésie qui restent, tout de même, relativement marginales?

JMM: Sans doute Internet offre-t-il une alternative éditoriale intéressante, notamment en réduisant considérablement les coûts de réalisation et de diffusion d'une revue poétique. Mais celles-ci ne doivent pas disparaître pour autant: le travail sur papier reste à mes yeux le fondement de l'écriture; il reste donc aussi celui de l'édition. N'y-a-t-il pas dans toute lecture la création d'une intimité tactile que l'écran ne permet pas?

Flu: Internet abolit cette "épreuve du jugement", l'épreuve de la sélection opérée par les revues, les éditeurs. Est-ce un danger pour la qualité des créations disponibles sur le net ? Si l'espace de l'écrit augmente, n'est-ce pas en revanche au détriment d'une certaine qualité?

JMM: En effet, le risque est celui du "n'importe quoi"... Chacun voulant se faire plaisir, essayant de se faire connaître... "L'affichage" l'emporte alors au détriment de l'écriture même. A cet égard, Internet participe au laminage ou à l'écrasement de la notion d'oeuvre, avec ce qu'elle supposait de verticalisation: filiation et transmission, confrontation à des modèles, lenteur de diffusion, etc...

Flu: Pour les uns, optimistes, l'Internet équivaut à l'échange des idées, à la circulation ininterrompue du savoir ; pour d'autres, plus réfractaires dirons-nous, Internet c'est lire, écrire, publier... n'importe quoi, n'importe comment. Quelle est votre position sur ce point?

JMM Le risque est que l'échange prenne le pas sur la transmission, comme la communication à outrance (à tout prix) sur la réflexion, la pensée, le creusement et la mise en forme. Nous sommes dans un temps de mutations profondes, et trop récentes encore pour que l'on puisse vraiment se prononcer avec optimisme ou pessimisme sur le sort de la littérature même. Je suis pour ma part plutôt pessimiste quant à la possibilité du maintien de l'oeuvre littéraire. Il se pourrait qu'elle cède la place en ayant perdu la partie...

Flu: Pour beaucoup, la littérature, la poésie, l'écrit en général, c'est avant tout une relation physique, presque charnelle avec le papier (que ce soit le livre, la revue ou la feuille de choux universitaire). L'ordinateur semble avoir introduit un nouveau rapport à l'écrit, une sorte de distance et même d'abstraction. N'assistons-nous pas actuellement à une redéfinition totale du concept de création, de littérature, et à terme de culture?

JMM: Je vois surtout que le "culturel" prend le pas sur la littérature. Que la diffusion l'emporte sur la création. Que le temps (le tempo lent) de l'oeuvre est de plus en plus mangé par le temps (accéléré) de la machine. On peut craindre ainsi que les contenus se vident peu à peu au profit de pures enveloppes graphiques. Ces récriminations sont certes bien connues, mais elles me semblent fondées puisque c'est la logique du commerce à outrance qui règne à présent sur Internet.

Flu: A propos du stockage infini des données sur Internet... serions-nous en train d'accomplir le rêve de Borgès, la Bibliothèque de Babel ? Le livre numérique comme Grand Livre Universel?

JMM: N'oublions pas qu'il existe des zones très vastes de la planète où Internet ne concerne que de rares privilégiés. Je pense notamment au continent africain. Et avons-nous vraiment besoin d'un "Grand Livre Universel" ? Saurons-nous mieux y lire que dans les "petits livres particuliers" ? N'est-ce pas alors la lecture même qui se perd, au profit de la banque encore, qu'elle soit banque de données ou fonds monétaire international?

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Site de J.M Maulpoix: maulpoix.fr.fm.
J.M Maulpoix a fait paraître des études critiques sur Henri Michaux, Jacques Réda et René Char. Il enseigne la poésie moderne et contemporaine à l'Université ParisX-Nanterre et dirige la revue de littérature et de critique Le Nouveau Recueil.

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