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Flucuat:
Dans le langage courant, on entend par lyrisme une sorte
d'effusion, d'emphase spontanée, une espèce de... à
vrai dire, on ne sait pas précisément ce que recouvre
le lyrisme. En 1989 vous aviez publié un essai intitulé
La voix d'Orphée déjà consacré à ce sujet. Pourquoi
une nouvelle étude sur ce thème?
JM.Maulpoix:
Je m'explique sur ce point dans la préface du nouveau
livre paru en mars Du lyrisme: La voix d'Orphée
étant épuisé, j'ai souhaité corriger et compléter ce
texte en vue de la réédition annoncée. Finalement, au
cours de ce travail, le manuscrit a doublé de volume.
D'où un nouveau livre, issu principalement du souci
de creuser la réflexion, de refaire la généalogie du
mot "lyrisme" et de l'articuler plus précisément à des
formes (telles que l'ode ou l'élégie). Bref, il s'agissait
de donner plus de corps, plus de substance, plus d'épaisseur
au mot "lyrisme". De le poursuivre encore, tel qu'il
se dérobe toujours.
Flu:
De nombreux sites consacrés à la poésie fleurissent
sur le net. Pensez-vous que l'Internet puisse jouer
le rôle de relais des revues de poésie qui restent,
tout de même, relativement marginales?
JMM:
Sans doute Internet offre-t-il une alternative éditoriale
intéressante, notamment en réduisant considérablement
les coûts de réalisation et de diffusion d'une revue
poétique. Mais celles-ci ne doivent pas disparaître
pour autant: le travail sur papier reste à mes yeux
le fondement de l'écriture; il reste donc aussi celui
de l'édition. N'y-a-t-il pas dans toute lecture la création
d'une intimité tactile que l'écran ne permet pas?
Flu:
Internet abolit cette "épreuve du jugement", l'épreuve
de la sélection opérée par les revues, les éditeurs.
Est-ce un danger pour la qualité des créations disponibles
sur le net ? Si l'espace de l'écrit augmente, n'est-ce
pas en revanche au détriment d'une certaine qualité?
JMM:
En effet, le risque est celui du "n'importe quoi"...
Chacun voulant se faire plaisir, essayant de se faire
connaître... "L'affichage" l'emporte alors au détriment
de l'écriture même. A cet égard, Internet participe
au laminage ou à l'écrasement de la notion d'oeuvre,
avec ce qu'elle supposait de verticalisation: filiation
et transmission, confrontation à des modèles, lenteur
de diffusion, etc...
Flu:
Pour les uns, optimistes, l'Internet équivaut à l'échange
des idées, à la circulation ininterrompue du savoir
; pour d'autres, plus réfractaires dirons-nous, Internet
c'est lire, écrire, publier... n'importe quoi, n'importe
comment. Quelle est votre position sur ce point?
JMM Le risque est que l'échange
prenne le pas sur la transmission, comme la communication
à outrance (à tout prix) sur la réflexion, la pensée,
le creusement et la mise en forme. Nous sommes dans
un temps de mutations profondes, et trop récentes encore
pour que l'on puisse vraiment se prononcer avec optimisme
ou pessimisme sur le sort de la littérature même. Je
suis pour ma part plutôt pessimiste quant à la possibilité
du maintien de l'oeuvre littéraire. Il se pourrait qu'elle
cède la place en ayant perdu la partie...
Flu:
Pour beaucoup, la littérature, la poésie, l'écrit en
général, c'est avant tout une relation physique, presque
charnelle avec le papier (que ce soit le livre, la revue
ou la feuille de choux universitaire). L'ordinateur
semble avoir introduit un nouveau rapport à l'écrit,
une sorte de distance et même d'abstraction. N'assistons-nous
pas actuellement à une redéfinition totale du concept
de création, de littérature, et à terme de culture?
JMM:
Je vois surtout que le "culturel" prend le pas sur la
littérature. Que la diffusion l'emporte sur la création.
Que le temps (le tempo lent) de l'oeuvre est de plus
en plus mangé par le temps (accéléré) de la machine.
On peut craindre ainsi que les contenus se vident peu
à peu au profit de pures enveloppes graphiques. Ces
récriminations sont certes bien connues, mais elles
me semblent fondées puisque c'est la logique du commerce
à outrance qui règne à présent sur Internet.
Flu:
A propos du stockage infini des données sur Internet...
serions-nous en train d'accomplir le rêve de Borgès,
la Bibliothèque de Babel ? Le livre numérique comme
Grand Livre Universel?
JMM:
N'oublions pas qu'il existe des zones très vastes de
la planète où Internet ne concerne que de rares privilégiés.
Je pense notamment au continent africain. Et avons-nous
vraiment besoin d'un "Grand Livre Universel" ? Saurons-nous
mieux y lire que dans les "petits livres particuliers"
? N'est-ce pas alors la lecture même qui se perd, au
profit de la banque encore, qu'elle soit banque de données
ou fonds monétaire international?
>>
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Site
de J.M Maulpoix: maulpoix.fr.fm.
J.M Maulpoix a fait paraître des études critiques sur
Henri Michaux, Jacques Réda et René Char. Il enseigne
la poésie moderne et contemporaine à l'Université ParisX-Nanterre
et dirige la revue de littérature et de critique Le
Nouveau Recueil.
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