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FLU :
Le titre fait assez mode, cest toi qui la choisi ?
BB :
Le livre sappelait tout simplement « Valenciennes, Garçons »
dans mon manuscrit original. La suite devait sappeler « Valenciennes,
filles ». Jai évalué mes chances dêtre publié et
considéré que si jétais lecteur chez Gallimard, je naurais
pas envie de lire un livre qui porte ce titre. La région est trop dégueulasse
et les lecteurs trop parisiens pour être intéressés par ce que je
raconte. Il fallait donc
(même si cétait con de penser ça) une formule choc pour attirer
le chaland et Chevènement me la fournie. Ce titre est mon cheval
de Troie personnel : il a donné sournoisement au livre le droit
dêtre lu.
Je
me suis approprié le mot dans le sens que lui avait donné Zola en
linventant. Mes sauvageons sont des jeunes types issus dun
milieu péri- urbain et pas ceux que désignaient notre cher ministre.
Effectivement
le titre a plu à léditeur pour des raisons marketing (je nen
sais rien en vérité). Je lassume pleinement comme instrument
stratégique vers la publication et la reconnaissance. Sauvageons peut
également être pris à limpératif. « Sauvageons ! ».
Et là je madresse à mes lecteurs bourgeois. Ce second sens me plaît
bien, même si je suis le seul à le connaître.
FLU :
Depuis deux ans, le Nord et la Belgique sont beaucoup mis en scène. Ca
fait quoi de surfer sur une tendance ?
BB :
Il ne faut pas se voiler la face : on ne publie pas un premier
roman pour les mêmes raisons quon lécrit et je ne suis pas
dupe du fait que ce bouquin participe commercialement dune volonté
de léditeur de prospecter sur des terrains porteurs. Jai trouvé
chez Gallimard beaucoup plus quune perspective commerciale
cependant et jespère que le bouquin a dautres qualités. Si
jai pu attirer des lecteurs pour de mauvaises raisons, cest tant
mieux. Ceux qui ont acheté le bouquin pour consommer du Nord façon
Pierre Bachelet en seront pour leurs frais. Lidée quils ont dépensé
98 francs pour lire quelque chose qui les a ennuyé est tout à fait réjouissante.
Je crois que lHumanité a eu le même effet. Les bons bourgeois se
sont emmerdés pendant 2H30 et cest toujours une victoire que de
faire perdre leur temps à des types qui vont traîner dans des coins
et des salles de cinéma comme sils allaient au zoo.
Mon
choix du Nord sest imposé parce que jen viens et parce que
cest un endroit décisif aujourdhui dans lévolution socio-économique
du pays. Valenciennes est au cur de lEurope et a cessé de battre
depuis 15 ans. Les types qui y vivent ont le sang qui bouillonnent
mais la pompe tire du vent. Je crois que cest réellement une place
stratégique par laquelle le Tiers-Monde contamine lOccident. Ca
doit être pour ça que tous les artistes viennent sy balader en ce
moment. Le Nord effraie les gens riches et les fascine au même titre
que les pays de lEst.
En
plus, la région est un coin qui ouvre des perspectives réelles tant
pour lécriture que pour le cinéma. Les paysages sont dune
beauté hallucinante. Les couleurs sont démentielles et la déliquescence
du tissu industriel offre des thèmes esthétiques et des situations
quon ne retrouve pas ailleurs. Sauf peut-être dans des villes
comme Liverpool et Manchester ou les pays de lEst encore.
Ma
vision est plus proche de Dumont que de Zonka dont jai détesté le
film, beaucoup trop flash et trop beau pour être honnête. Jai
voulu assécher lécriture au maximum (cest évident dans la
première partie) et éviter de sombrer dans le spectaculaire. Sur le
plan de la fiction, le roman est neutre pour les héros : il ne
leur arrive rien dexceptionnel, ils ne font rien qui me vaille des
accusations de misérabilisme et de voyeurisme.
Mon
deuxième souci était dêtre lu par le plus grand nombre parce que
je déteste les livres tristes et trop compliqués. Jai donc raconté
lhistoire comme elle se déployait et lHistoire nest jamais
chiante. On peut trouver le Nord noir et le bouquin un peu tristoune.
Si cest le cas, cest un échec. Plus le décor se barre en
couilles et plus les types qui sy trouvent ont de lénergie.
Pour
revenir à la question, jaime surfer de cette façon : à poil
mais en connaissance de cause.
FLU :
Ton héros sappelle Mémé. Hommage à Aimé Jacquet ou simple coïncidence ?
BB :
Le type qui a inspiré le personnage de Mémé est un mec qui joue
avec moi au foot et qui doit avoir à peu près 23 ans. Il joue ailier
gauche et ressemble vraiment au gamin qui est décrit dans le livre.
Il se trouve que ce mec sappelle Olivier et que tout le monde
moi compris - lappelle
Mémé depuis des années. Jai essayé dinterroger tous mes amis
à ce sujet quand le livre est sorti et personne ne sait plus doù
ça vient, ni quand cest apparu.
Lui sen fout parce que cest devenu son prénom principal.
Il en vient presque à considérer que ce sont ses parents qui lont
baptisé comme ça. Je trouve ça génial. Ses potes ont autant de
pouvoir quun curé et quun Dieu réunis.
Dans
le livre, Mémé donne un caractère mythique au personnage. Ce
nest plus seulement un vrai type, cest une légende. Si
javais autant de pouvoir que Djamel Debbouze, les gamins dans la
rue en feraient un nom commun. Du genre : tes vraiment un Mémé
toi connard. Ce serait une véritable consécration mais ça nest
pas près darriver. ça na donc rien à voir avec Aimé Jacquet.
FLU :
Tu joues au foot du côté de Valenciennes.
Comment tes coéquipiers
et le staff du club te voient-ils depuis la sortie du roman ?
BB :
Le livre na rien changé. Tout le monde me connaît depuis que
jai 5 ans et ils savent parce que jai fait des études que je
suis un peu différent deux. Cest ma caractéristique dans le
groupe comme dautres sont connus pour baiser énormément ou
chercher la cogne. Le simple fait que jai passé quelques années
à Paris mavait déjà sorti du lot valu une pseudo- position d« intello».
Comme Laurent Fignon, je suis lintellectuel du peloton mais ce
genre de type est tout à fait respecté. Ce nest pas une tare ou
du moins pas une tare suffisante pour me valoir des égards ou des
coups de pied au cul.
Dans
notre équipe, il y a pas mal de types qui ont réussi sans forcément
aligner les diplômes. Aussi la réussite professionnelle, quelle
soit littéraire ou autre, nentre-t-elle pas en ligne de compte. On
se connaît depuis trop longtemps. Ce sont des copains denfance.
Ils trouvent ça sympa quon parle deux dans un livre et ont pris
ça comme un honneur. Certains étaient contents de ne pas y être
parce que parfois je ne dis pas tout le temps des choses gentilles.
Sur le terrain, je ne suis pas plus écrivain que lautre est
plombier ou chômeur. Je suis un type qui crache ses poumons et qui
veut marquer des buts. Ca na rien à voir avec lécriture ou la
position sociale. Si je suis bon, ils maiment bien. Si je joue
comme une bille, ils me font la gueule et je fais pareil.
Les
dirigeants connaissent le bouquin par cur. Certains ont été gênés
par des évocations de « scandales locaux » (cette nana
qui a perdu un il) et mont un peu fait la gueule au début. Tout
est arrangé parce que nous savons tous que nous travaillons pour un
club de seconde zone. Il ny a pas à en avoir honte. Jai
lintention de filer un peu de pognon en douce au président, dès
que jaurai touché un chèque, pour quon puisse acheter de
nouveaux maillots et organiser une fête.
FLU :
Footeux et fils de footeux, quel regard portes-tu sur la dérive du
foot-business et les petites anecdotes plaisantes que nous servent
l'actualité et les médias (Calais, Gueugnon, etc) ?
BB :
Le foot actuel me fait toujours autant fantasmer. La Ligue des
Champions, cest génial et tant pis si les clubs qui y participent
sont cotés en bourse. Le sport professionnel touche maintenant au
sacré. Les types qui jouent sont des dieux (même si on peut les
trouver très cons et idiots) et on ne peut pas leur demander dêtre
simples quand on leur renvoie toute la journée limage didoles
intouchables. Les supporters se foutent pas mal de ce quils
gagnent. Cest un débat idiot. De toute manière, on sait très
bien quand on joue au foot que la joie est à peu près la même sur
nimporte quel terrain.
On
ne peut pas accuser les joueurs, alors quils sont servis par tout
un système économique dont on fait soi-même partie, sans une bonne
dose de mauvaise foi. Ce serait comme accuser Jésus quune Eglise
se soit montée sur son dos. Effectivement, cest dégueulasse mais
ça dépasse la sphère du foot et ce nest pas, à mon sens, un
endroit central. Ces types sont des surhommes. Comme les sumotori, ils
sont quasiment retranchés de lordre des humains pour le bien du
spectacle. Et le spectacle doit prévaloir parce que cest le
spectacle qui procure lémotion en définitive.
On
pourrait faire des tas de parallèles dans le monde du cinéma ou de
léconomie. Tant quon naura pas touché aux critères de définition
sociale du spectacle, ce ne sera pas la peine de prétendre dire le
bien et le mal dans son organisation. Aujourdhui, les grands clubs
ont raison de faire ce quils font parce que les gens réclament
plus de stars, plus de grosses cuisses, plus de gestes proprement
spectaculaires.
La
réussite de Calais et de Gueugnon et sa récupération ne sont pas
emblématiques de quoi que ce soit. Cest vraiment une anecdote, une
sorte de rebondissement scénaristique (formidable il est vrai) qui
renforce le mouvement général. Le sport permet de tels archaïsmes,
ce qui prouve que cest un domaine à part. En économie, cest
beaucoup plus dur : les petits crèvent et nont aucune chance
de participer à la Ligue des Champions. Tout le monde sen fout.
FLU :
Quels sont tes projets ?
BB :
Là je pars en vacances. Cest con mais cest important. Je vais
une semaine dans la Creuse où mes parents ont une petite baraque avec
une amie. Dormir, roucouler et faire un peu de sport. Je vais aussi
mettre la dernière main à ce qui devrait être mon deuxième roman.
Le titre provisoire est « Qui sauvera Eléonore Caribou ? »
mais je suis presque sûr que ça ne sappellera pas comme ça au
final, si le bouquin est publié. Jai vraiment peur que Sauvageons
soit le seul livre que jarrive à vendre à Gallimard. Cest une
angoisse terrible : le deuxième roman. Il paraît quils sont
très exigeants et je voudrais faire quelque chose de tout à fait
différent, même si la perspective sera peu ou prou semblable.
Cest lhistoire dune consultante qui part en congés dans le
Sud de la France. Je nen dis pas plus parce que cest prétentieux
de parler des livres qui nexistent pas.
Jai deux autres bouquins en cours dont quelque chose de réellement
important pour moi mais ce sera conditionné par le sort fait au
manuscrit que je termine.
Sinon,
et cest un scoop pour Fluctuat, Claude Berri ma contacté pour
adapter Sauvageons au cinéma.
Ca me fait un peu peur mais Berri a lair dêtre un mec bien et réglo.
Je sais quil a produit Astérix
et des tas dautres merdes mais son discours ma plu. Il a pris
des risques artistiques de temps en temps. Ce nest pas un parrain.
Il sait que pour faire de lart, il faut tenir les clés du marché
qui va autour. Pour le moment, Gallimard et lui ont des problèmes
financiers à régler sur les droits mais je vais faire en sorte que
ça marche. Je devrais prendre pas mal de blé dans lopération. Même
si le film est merdique, il existera. Ca fera une trace pour quand
jaurai disparu du paysage.
FLU :
Dans ton bled, on lançait vraiment des chats, les yeux bandés sur
lautoroute ? Pourquoi mettre en scène ces épisodes morbides
et cruels ?
BB :
Je ne connais personne qui ait fait exactement ça. En fait, je trouve
que cest une bonne idée et je regrette de ne pas y avoir pensé
quand jétais gamin. Je men suis tenu pour ma part à écrabouiller
des salamandres avec des aiguilles dans un cercueil magique qui était
le gadget de la semaine dans Pif. Ca doit être le truc le plus
horrible que jai fait. Je trouve que ce passage est une bonne idée.
Cest très fort visuellement, lidée des chats aveugles sur
lautoroute. Jespère que mes enfants le feront.
Je
nai aucun respect pour les animaux. Je crois en la supériorité de
lhomme sur son environnement et au droit quil a den disposer.
En plus, ça me plaisait de choquer un peu. Ce chapitre est très
enfantin.
En
revanche, je suis un peu moins satisfait de lévocation morbide de
la nana qui sest fait crever un il. Cest là aussi assez joli
artistiquement mais je suis allé un peu loin. Cest réellement dégoûtant
à la lecture quand on sait que cest vraiment arrivé. Pour tout
avouer, cest une de mes ex et je laime encore beaucoup même si
je ne lai pas vu depuis plusieurs années. Je croyais que cétait
bien pour elle que jen parle. Jai essayé de rendre son
personnage sympathique et de faire en sorte quon comprenne ce
quelle avait pu ressentir. En fait, jai fait tout le contraire
mais je ny peux rien. Si jétais un meilleur écrivain, mes
intentions auraient été plus apparentes et elles nétaient pas
mauvaises.
FLU :
Comment expliques-tu la puissance dattraction des maisons dédition
et du roman en tant que support ? On parle de révolution
Internet et tout et tout mais, au final, des gars comme toi qui
veulent par dessus tout publier un beau bouquin passent par le circuit
classique et le web tarde à saffirmer comme une plate-forme
dexpression et dédition alternative, innovante. Quelles différences
établis-tu entre les deux supports ?
BB :
La diffusion de lécrit sur Internet est assez anecdotique. La différence
entre la publication écrite et lInternet me paraît être avant
tout une question de statut. Le problème des supports techniques est
secondaire, où le deviendra quand la barrière de la lecture en ligne
aura été résolue. On tient, dun côté, un milieu très sélectif
et élitiste et, de lautre côté, ce quon peut considérer
comme un lieu de publication libre et à labri de tout contrôle
qualité. Cest là quest la principale différence à mon sens :
je ne vois pas dans lorganisation actuelle du net quelle est la
différence entre publier un roman sur le web et le garder dans son
tiroir. En tant quécrivain, et là cest très personnel, jai
besoin dune approbation sociale minimale qui me dit : « OK,
vous avez les qualifications requises, vous êtes autorisé à présenter
votre ouvrage aux lecteurs. » Ce contrôle qualité dont les
modalités sont sûrement imparfaites et très critiquables dans les
maisons dédition ne peut pas être assuré sur le net en
dehors dune duplication des procédures de sélection utilisées
par les éditeurs.
Sans
vouloir faire celui qui a réussi, je pense quil est indispensable
que des personnes faisant autorité aient le courage de condamner des
vocations et den briser. Si mon roman avait été refusé,
jaurais travaillé encore plus dur et persévéré dans lerreur
mais je naurais pas eu limpudeur de contourner les obstacles
pour le mettre de mon propre chef à la disposition des gens. Un
sondage révélait lautre fois que plus de 20% des français
avaient des ambitions artistiques. Ce pourcentage est beaucoup plus élevé
chez les personnes éduquées. Ces types croient quils ont du
talent et nhésitent pas pour la plupart à sen gargariser.
Cest insupportable. La publication effectue une première sélection
naturelle qui est salutaire. Leugénisme est nécessaire en littérature.
Encore une fois, je me situe dans une perspective idéale où le système
des comités de lecture fonctionnerait correctement et serait capable
de définir avec certitude ce qui est bon et ce qui est à jeter.
Et là, cest illusoire. LInternet me fait penser à une
Fnac géante : le lecteur na aucune chance de trouver son
bonheur en dehors dune détermination critique pertinente et forcément
biaisée (mes sites préférés, ce que mes copains ont écrit, etc).
Je ne vois pas lutilité dune publication sauvage. Dans un monde
où loffre culturelle est infinie, se pose la question du choix et
de ses critères. Cette question est valable au sein des supports écrits
comme des supports dématérialisés. En cela, il ny a pas
davenir pour lInternet si la seule ambition est de concurrencer
les modes dexpression artistiques existants en en conservant les
formes.
La
chance de lInternet est dans le développement de « produits
artistiques autonomes ». Cest très difficile à concevoir.
Dans ce champ, tout ou presque reste à faire. Les consommateurs (léquivalent
de nos lecteurs) ne sont pas légion parce que la demande nest pas
encore prête à semparer de ces biens culturels. La consommation
de tels biens na dailleurs aucune reconnaissance sociale ce qui
est un frein incroyable lorsquon sait que la plupart des clients
agissent pour se faire mousser et se donner une contenance. On ne lit
pas forcément pour le plaisir mais parce que cest valorisant.
Sur
ces produits à inventer, loffre est en train de naître et ne se
situe sûrement pas dans le champ littéraire. Le CD Rom Memory de
Chris Marker (le réalisateur de la Jetée et de Level 5) est un
exemple à suivre. Il doit exister tout un tas de bons produits que je
ne connais pas. Certains systèmes de jeu en réseau (les sims
notamment et les univers virtuels) me semblent sen approcher en ce
quils ont été créés pour vivre dans ce nouvel environnement.
Ces produits autonomes doivent être pensés avec les armes du net et
ne seront pas nécessairement luvre des artistes qui sévissent
dans dautres domaines.
Dans
le champ que je connais le mieux, celui de la littérature, des
projets sont assez proches de cet esprit. Pier Paolo Pasolini, lécrivain
et cinéaste italien, est mort en 1975 alors quil travaillait,
depuis 4 ou 5 ans, sur un projet gigantesque qui me paraît précurseur
de ce qui pourrait être fait sur Internet par les écrivains. Il
sagissait dune grande uvre (dont les fragments écrits ont été
publiés sous le titre de Pétrole) composée de récits, de fables,
de tableaux, de sons et dimages (reportages, fictions,
documentaires). Ce projet nécessitait linvention dun nouveau
mode de diffusion quil ne connaissait pas à lépoque. Cet
ensemble aurait été parfait pour le réseau mais il na pas été
achevé. En ce sens, Internet représente un espace créatif nouveau
aux possibilités quasi infinies, une sorte de terra incognita dont
personne na didée précise. Il ne serait pas étonnant que
naisse après la musique, la sculpture, la littérature, la peinture
et le cinéma, un cinquième espace, un autre bel art. Cet espace doit
être occupé par des produits adéquats. Il ne doit surtout pas être
envahi par des trucs bâtards, en provenance des autres domaines. Il y
a donc un énorme travail de réflexion à fournir.
A
titre personnel, je ne pourrai réellement me pencher sur ce champ
quaprès mêtre fait une renommée dans mon secteur de prédilection.
Je ne suis pas dégagé des contingences marchandes, et encore moins
des contingences techniques. Le travail est monstrueux et demande une
énergie qui na rien de comparable avec lécriture dun livre.
Cest un boulot dartiste et dartisan technologique. Les idées
qui me viennent à lesprit ne peuvent être réalisées par une
personne seule. Je crois que lart sur Internet sera une affaire
déquipe et quon en reviendra à un fonctionnement proche de
larchitecture, lorsque Michel-Ange pour construire une uvre
sentourait de dix ou trente autres peintres et tâcherons
talentueux et travaillait pendant
vingt ans. Est-ce que cela est possible ? Est-ce que
quelquun est prêt à donner plusieurs années de son travail
dartiste pour venir à bout dun tel projet ? Je ne sais
pas.
Si
cela devait marriver, je travaillerais sur la transcription
Internet et moderne de louvrage de lécrivain philosophe
allemand Walter Benjamin intitulé Paris, capitale du XIXème siècle
(le livre des passages). Benjamin a fait un travail titanesque pendant
trente ans de sa vie pour tenter dexpliquer son univers. Le résultat
est extraordinaire. Léquivalent pour le XXème siècle demanderait
vraisemblablement trois ou quatre fois plus de ressources. Avis aux
amateurs. >>suite
"Sauvageons"
la chronique / suite de l'interview |