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Les éditions 10x18 poursuivent après l'édition récente du divertissant
et original FuckWoman
la traduction des romans de l'écrivain anglais d'origine sud-
africaine Warwick Collins avec ce tout aussi surprenant court
roman paru en 1997. La pissotière, comme son nom l'indique,
décrit sur le mode de la fable sociale le fonctionnement d'une
pissotière située dans le cœur de Londres, à l'intersection
bien connue des touristes baptisée Charing Cross.
Comme dans le précédent roman de l'auteur, l'intérêt principal
de l'ouvrage réside dans l'idée de départ aussi saugrenue qu'a
priori riche en développements hauts en couleurs de peindre
les activités liées à la petite entreprise que constitue un
"piss bar" de service public extrêmement fréquenté et tenu par
trois "boutiquiers" issus de l'immigration jamaïquaine, les
nommés Ez, Reynolds et Jason. La pissotière, ainsi campée dans
son décor souterrain (le métro londonien aussi accueillant qu'une
prison turque et profond qu'un puits de mine), fait figure de
microcosme idéal de la société anglaise et permet, par le récit
qu'en donnent les héros décalés et plus ou moins au fait des
mœurs locales qui nettoient, récurent, assurent l'encaissement
et entretiennent le lucratif business du recueil d'urines, d'épingler
les contradictions d'une société aux prises avec deux de ses
démons récurrents : l'intégration de l'étranger et la lutte
contre les pratiques homosexuelles.
Le récit qu'on peut à bien des égards qualifier de fantastique
- à la fois parce que le narrateur principal Ez Murphy fait
ses premières armes dans le métier d'agent d'entretien comme
s'il marchait pour la première fois sur Mars et parce que la
faune décrite s'y prête - se déploie depuis l'embauche d'Ez
et sa rencontre avec ses collègues passablement embués par des
années de pratique du métier sous accompagnement toxicologique
jusqu'à la lutte sans merci qui s'engage bientôt contre les
Reptiles qui pullulent entre les urinoirs et les cabinets de
toilettes. Les Reptiles désignent les pédés qui se pressent
aux portes de la petite entreprise, s'enferment à deux, trois,
quatre ou cinq dans les cabines pour satisfaire leurs pulsions.
Ils sont vifs, vicieux, nombreux, craints, menaçants et décrits
comme des extraterrestres que les jamaïquains, héritiers d'une
culture virile dédiées au culte de la femme et du joint, ont
des difficultés à cerner. Les Reptiles sont intégrés à la société
civile, s'enculent ou se sucent à la va vite dans les urinoirs
et doivent être parfois délogés avec des balais. Ils courent
sur le carrelage, bondissent par dessus les tourniquets et rejoignent
leurs épouses ou leurs entreprises en prenant à peine le temps
de rajuster leurs ceinturons. Autant dire qu'étant donné leur
nombre et leurs profils, ils en arrivent aux yeux des immigrés
à incarner rapidement l'homme anglais moyen et, par extension,
l'ensemble de la race blanche. La geste qui se met alors en
place entre les reggae men et les Reptiles vaut le détour et
tourne vite à la farce façon clip de George Michael. Tancés
par l'administration représentée par la coincée Miss Steerhouse
(une quinquagénaire qu'on imagine servir le thé avec une régularité
toute britannique) de remettre un peu d'ordre dans un établissement
qui pâtit de sa mauvaise réputation et fait tâche dans le paysage
local, les trois employés se mettent malgré eux à chasser les
intrus (l'arme absolue prend la forme d'une fausse caméra de
vidéosurveillance) qui, on s'en aperçoit assez vite, assuraient
néanmoins plus des deux tiers du bénéfice de l'exploitation.
Tiraillés entre les impératifs de santé publique - nettoyer
le pays de la chienlit homosexuelle - et par la volonté de conserver
leurs emplois respectifs, les trois héros se doivent de trouver
une voie originale de régler leur conflit et évoluent peu à
peu (on n'en dira pas plus) vers une éthique GAY FRIENDLY qui
va à l'encontre de leurs convictions, livrant par là même une
formidable leçon de tolérance, de pragmatisme et de compréhension
des mécanismes économiques qui règlent nos impératifs moraux.
Si FuckWoman décevait par son style passe-partout, la Pissotière
est également une vraie réussite d'écriture. La traduction française
- qu'on imagine fidèle à l'original - rend avec brio le parlé
des jamaïquains et réussit à alterner les séquences d'action
comico-violente et les peintures réalistes et tendres du foyer
des agents de nettoyage. La chute est impeccable, imaginative,
spectaculaire et conclut de façon splendide ce petit joyau d'intelligence,
de savoir-faire et de bonne humeur. So british…
Myosotis
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