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Changement de décor pour l'auteur des Chroniques
de San Francisco. Cette fois, c'est à Los Angeles,
à son univers glamour et aseptisé, que s'attaque
Armistead Maupin. Rédigé sous forme de journal
intime, Maybe the Moon suit l'itinéraire cinématographique
et chaotique de Cadence Roth, "Cady", qui a le malheur
de vouloir concilier la gloire avec un signe sans doute trop
particulier : être une naine de 79 cm. Sa taille minuscule
lui avait permis vingt ans plus tôt de décrocher
un rôle mémorable: être le Mr Woods du film
éponyme, une fable dans laquelle un timide écolier
découvre un elfe perdu qui vit dans les bois derrière
la maison familiale. Elle le porte aujourd'hui comme un fardeau.
A Hollywood, tout le monde s'est émerveillé devant
le petit elfe maladroit désormais culte au point de devenir
le thème d'un parc d'attraction. Mais une fois le costume
tombé, la naine qui lui donnait vie n'inspire plus que
des sourires figés et des regards fuyants.
Cady
n'est pourtant pas la seule à porter ce qui, dans le
monde lisse et policé de Los Angeles, constitue un handicap
insurmontable. Les amis qui gravitent autour d'elle ont eux
aussi leurs propres "tares" : Jeff, son meilleur ami,
est un homosexuel notoire et militant. Cela poserait moins de
problème s'il n'entamait une liaison amoureuse avec Callum
Duff, l'ancien jeune héros de Mr Woods et étoile
montante de Hollywood. Renée, la colocataire et fan numéro
un de Cady, a pour sa part un trop joli cul pour un trop petit
QI, ce qui lui vaut d'accumuler les histoires d'amour foireuses
quand elles ne sont pas glauques. Quant à Neil, bel éphèbe
noir, divorcé et père d'un petit garçon,
il a le tort de ne plus être seulement l'ami de Cady mais
aussi son amant. Qu'il soit amoureux d'elle n'y change rien
: il sera impossible d'assumer ouvertement ce que tous percevraient
comme une union contre nature. Ils resteront donc aux yeux des
autres de simples collègues, qui se mettent à
rêver d'un duo professionnel où le talent de Cady
pourrait enfin être apprécié à sa
juste valeur.
Le
sujet du livre s'y prêterait volontiers, pourtant à
aucun moment l'auteur ne verse dans le pathos. La lucidité,
l'humour et le tempérament de l'héroïne balayent
d'emblée tout sentiment de pitié. En adoptant
son point de vue, Maupin exacerbe les travers de cette société-spectacle,
où s'entrechoquent les ego, les rêves et désillusions
de chacun. Entre les producteurs faux-cul, les promesses non
tenues des agents artistiques, les rôles minables, les
petites mesquineries et la dictature du politiquement correct,
personne n'est épargné.
La
toute fin du roman est particulièrement grinçante.
On y apprend le choix du titre et l'on mesure toute l'ampleur
de l'hypocrisie et de la bêtise crasse des producteurs,
scénaristes et réalisateurs qui règnent
en maîtres dans le temple du cinéma hollywoodien.
Ironie de l'histoire : le film Mr Woods était
une "fable tendre, chaleureuse et éternelle sur
la nature de la différence, à l'attraction universelle"
(TV Movies and Video Guide, Leonard Maltin, Editions 1992, cité
en préface). Celle qui a incarné Mr Woods, le
personnage, illustre magnifiquement qu'il ne s'agissait bien
que d'une fable.
Faustine
Vincent
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