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Maybe the Moon
d'Armistead Maupin
Coll. 10/18, 381 p


Changement de décor pour l'auteur des Chroniques de San Francisco. Cette fois, c'est à Los Angeles, à son univers glamour et aseptisé, que s'attaque Armistead Maupin. Rédigé sous forme de journal intime, Maybe the Moon suit l'itinéraire cinématographique et chaotique de Cadence Roth, "Cady", qui a le malheur de vouloir concilier la gloire avec un signe sans doute trop particulier : être une naine de 79 cm. Sa taille minuscule lui avait permis vingt ans plus tôt de décrocher un rôle mémorable: être le Mr Woods du film éponyme, une fable dans laquelle un timide écolier découvre un elfe perdu qui vit dans les bois derrière la maison familiale. Elle le porte aujourd'hui comme un fardeau. A Hollywood, tout le monde s'est émerveillé devant le petit elfe maladroit désormais culte au point de devenir le thème d'un parc d'attraction. Mais une fois le costume tombé, la naine qui lui donnait vie n'inspire plus que des sourires figés et des regards fuyants.

Cady n'est pourtant pas la seule à porter ce qui, dans le monde lisse et policé de Los Angeles, constitue un handicap insurmontable. Les amis qui gravitent autour d'elle ont eux aussi leurs propres "tares" : Jeff, son meilleur ami, est un homosexuel notoire et militant. Cela poserait moins de problème s'il n'entamait une liaison amoureuse avec Callum Duff, l'ancien jeune héros de Mr Woods et étoile montante de Hollywood. Renée, la colocataire et fan numéro un de Cady, a pour sa part un trop joli cul pour un trop petit QI, ce qui lui vaut d'accumuler les histoires d'amour foireuses quand elles ne sont pas glauques. Quant à Neil, bel éphèbe noir, divorcé et père d'un petit garçon, il a le tort de ne plus être seulement l'ami de Cady mais aussi son amant. Qu'il soit amoureux d'elle n'y change rien : il sera impossible d'assumer ouvertement ce que tous percevraient comme une union contre nature. Ils resteront donc aux yeux des autres de simples collègues, qui se mettent à rêver d'un duo professionnel où le talent de Cady pourrait enfin être apprécié à sa juste valeur.

Le sujet du livre s'y prêterait volontiers, pourtant à aucun moment l'auteur ne verse dans le pathos. La lucidité, l'humour et le tempérament de l'héroïne balayent d'emblée tout sentiment de pitié. En adoptant son point de vue, Maupin exacerbe les travers de cette société-spectacle, où s'entrechoquent les ego, les rêves et désillusions de chacun. Entre les producteurs faux-cul, les promesses non tenues des agents artistiques, les rôles minables, les petites mesquineries et la dictature du politiquement correct, personne n'est épargné.

La toute fin du roman est particulièrement grinçante. On y apprend le choix du titre et l'on mesure toute l'ampleur de l'hypocrisie et de la bêtise crasse des producteurs, scénaristes et réalisateurs qui règnent en maîtres dans le temple du cinéma hollywoodien. Ironie de l'histoire : le film Mr Woods était une "fable tendre, chaleureuse et éternelle sur la nature de la différence, à l'attraction universelle" (TV Movies and Video Guide, Leonard Maltin, Editions 1992, cité en préface). Celle qui a incarné Mr Woods, le personnage, illustre magnifiquement qu'il ne s'agissait bien que d'une fable.

Faustine Vincent

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