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La maison du sommeil
Jonathan Coe
Poche


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Adeptes des livres soporifiques, s'abstenir ! La Maison du sommeil de Jonathan Coe est un livre qui vous empêche de dormir et qui ne vous fera plus jamais envisager le sommeil de la même façon ! En termes d'intrigue et de suspense, nous avons affaire à un maître, incontestablement. Les événements insolites qui se déroulent dans la demeure d'Ashdown, perchée non loin d'une falaise accidentée, tiennent savoureusement en haleine. On soupçonne un simple enchevêtrement d'histoires, saugrenues, de cœur ; mais le sommeil (et ce qu'il révèle), la confusion entre rêve et réalité, et aussi un mystérieux roman intitulé La maison du sommeil s'en mêlent et là, ça se corse…

La maison du sommeil a la trempe d'un roman-jeu, digne du mouvement Oulipo. Jeu littéraire, jeu tout court et pas de Je. Ce roman adopte en effet la narration à la troisième personne et réunit un certain nombre de personnages assez singuliers. Sarah la narcoleptique a tendance à tenir ses rêves pour plus vrais que la réalité. Gregory, le futur savant fou, le terrifiant Dr Dudden, prétend, par ses expériences étranges et interdites, effacer de votre existence le sommeil, cette maladie mortelle évitable qui nous fait perdre un tiers de notre temps. Robert, le fougueux va subir, par amour pour Sarah, une étrange métamorphose. Sans oublier Véronica, la sœur des Lesbos, lectrice fervente de Simone de Beauvoir, Simone Weil etc., Terry le cinéphile averti et tous les autres…

Autre aspect, plutôt ludique, l'auteur prévient d'entrée de jeu que les chapitres impairs se déroulent pour l'essentiel dans les années 83-84 et que les chapitres pairs quant à eux se déroulent pendant la deuxième quinzaine de juin 1996. Loin de provoquer une sensation désagréable de coupure répétée, cette oscillation entre passé et présent se fait de manière très fluide. La frontière à la fois nette (indications numériques) et ténue (liaison syntaxique) entre chaque chapitre est même rythmée par un électro-encéphalogramme. Enfin, le roman, tout comme le sommeil, est scindé en "état de veille", "stade I", "stade II", "stade III", "stade IV", "sommeil paradoxal" etc.

Mais au-delà du jeu, c'est bien la densité des analyses psychologiques, les réflexions subtiles sur le langage (ce traître, cet agent double) et son rapport à l'inconscient et enfin un humour sporadique bien dosé qui font de ce roman autre chose qu'un poche de plus à lire à la plage cet été…

Amélie Dussin

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