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Toujours en lutte contre le Capital, Jean-Bernard Pouy gère une collection et un succès qui lui ont échu sans aucun calcul : une idée de départ plutôt sympa, quelques bons potes et des tirages qui à l'origine ne devaient jamais dépasser les trois mille exemplaires. Résultat : plus de deux cent mille exemplaires vendus pour le premier du nom, La Petite écuyère a cafté, et des premiers tirages qui ne sont jamais imprimé à moins de dix mille. Plus de cent vingt titres ont paru et il existe des textes par dizaines prêts à paraître. La collection continue belle et bien. Des auteurs venus de la blanche manifeste à présent l'envie d'endosser la parure du Poulpe l'espace d'un titre et se prêtent avec plaisir et mordant à l'exercice. Martin Winkler, l'auteur de La Maladie de Sacks, vient de commettre un Touche pas à mes deux seins qui se passe à Nice. Pierre Bourgeade sortira en septembre prochain Gab save the Di… Mais de l'avis de Pouy lui-même, le plus grand atout de la collection reste encore d'offrir à de jeunes auteurs l'opportunité unique de sortir un premier bouquin. Dernier titre paru : Pompe et peine, petite Khmer de Guillaumin Sor, en mai dernier.

Aux lendemains d'un Salon du Polar à la Bastille qui a tourné au règlement de comptes à OK Coral, Jean-Bernard Pouy apporte un soutien raisonné à Didier Daeninckx, accusé dans une polémique larvée de traquer - à tort ? - des anciens maos virés au brun. Dans un énième rebondissement, la polémique, engagée notamment avec Thierry Jonquet (lire sur Flu l'itv réalisée en 99) et Delteil, mais vieille de dix longues années déjà, a tourné au pugilat il y a trois semaines lors des assises annuelles du polar. Les différents partis en sont venus aux mains, Daeninckx ayant été victime d'une agression caractérisée selon Pouy. Une plainte pour coups et blessures, des pétitions dans les deux camps ont rapidement suivies. Une conférence de presse lundi 2 juillet tentait même de faire le point pour en finir avec les rumeurs. Rencontré dans le courant du mois de mai avant cette ultime péripétie, Jean-Bernard Pouy s'attache à restituer sa version des faits, tout en relativisant la portée de la polémique, symptomatique de luttes tardives héritées des années gauchistes. Avec cette clef, en forme de boutade : "Pour un bon gauchiste, la règle est la suivante : il ne fait normalement pas de doute que sur quatre gauchistes il y a toujours un flic parmi eux. Et quand il est posé qu'un des trois potes est forcément un indic, les deux mecs intègres ne peuvent que se sentir bafoués. Seul le flic réussit à conserver son sang froid et à tirer son épingle du jeu tandis que les trois autres s'emportent et ça dégénère forcément."

Et si, plutôt que de polémique rouge et brune, on parlait de "littérature noire" ? Ce point sur la querelle aura été l'occasion, juste avant les vacances, de revenir sur la génération des 50-60 ans, les Daeninckx, les Pouy, les Izzo, les Manchette, qui avec la veine du nouveau polar auront permis à la "noire" de pleinement émerger dans le tournant des années 80. Bilan en forme de prospective : et si, vingt ans après, le polar avait momentanément cédé le pas à une littérature d'anticipation, héritée de la science-fiction, et plus propice aujourd'hui à réfléchir les enjeux du monde contemporain ?

Un dossier préparé par Clémence Ratatouille

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Compte rendu libre et débridé en forme d'échappée belle
avec Jean-Bernard Pouy

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