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Sollicité par une étudiante en histoire, un vieil Américain, Owen Brown, se souvient de sa longue vie et de celle de son père, John Brown, figure emblématique du mouvement abolitionniste qui naquit aux Etats-Unis dans la moitié du XIXème siècle et sera à l'origine de la guerre de Sécession. D'abord souhaitée par un tiers pour rétablir un certain nombre de vérités, l'évocation d'Owen Brown tourne à la confession intime :

"J'avais cru, quand j'ai accepté de vous écrire, que j'étais chargé de livrer l'histoire non-dite de Père, d'être le témoin occulaire dont le récit viendrait compléter les archives historiques afin que la vérité reçue sur John Brown et ses fils soit rectifiée une fois pour toutes. Mais il me semble à présent qu'au lieu de rectifier l'histoire, je suis en train de confesser un crime, un forfait terrible et secret qui aurait pu rester tranquillement caché si je ne m'en étais tenu à mes intentions premières, à mes désirs soigneusement entretenus, si je n'avais pas été obligé de les dépasser pour découvrir d'autres intentions et d'autres désirs aussi inattendus que bizarres. Un crime que je suis encore le seul à connaître."

De son enfance marquée par la mort prématurée de sa mère tant aimée à la fameuse bataille de Harpers Ferry, la confession d'Owen Brown, ancrée d'abord dans l'histoire personnelle de ce dernier, nous entraîne peu à peu dans celle de l'Amérique où la violence, l'injustice, le meurtre, vont l'accompagner des années durant.

Toutes ses jeunes années, il les a passées auprès de ce père à la personnalité écrasante qui mène son combat contre l'esclavage avec tout l'acharnement du fanatique entraînant les siens dans sa folie. Fasciné par cet "homme de fer", pour reprendre l'expression qu'il emploie lui-même, Owen, devenu adulte, se joindra sciemment à une lutte de sinistre mémoire et dont l'issue lui importe moins que le mobile intérieur qui l'anime, lui, savoir être digne du rôle de guerrier que son père lui assigne. Mais le défi que, ce faisant, le jeune homme se lance à lui-même résistera mal à l'épreuve des actes. Il a peu à peu conscience en effet des limites de sa bravoure, et lorsque la prise de l'arsenal de Harpers Ferry, objectif du combat auquel il s'est joint, survient après maints affrontements préliminaires entre les anti et les abolitionnistes, Owen abandonne en définitive la partie, se bornant désormais à regarder en spectateur le massacre de ses compagnons d'armes, avant de prendre la fuite et de se cacher, puis de devenir berger !

La confession du crime d'Owen Brown est le moyen de mettre à nue sa personnalité qu'il découvre au fur et mesure qu'il la rédige, se livrant ainsi sans complaisance avec le but de faire la paix avec lui même et de s'accepter enfin tel qu'il est.

"Je veux tout vous dire, maintenant que j'ai résolu de vous en dire un peu. C'est comme si j'avais ouvert une écluse et qu'une grande mer de mots endiguée pendant la moitié d'une vie s'était mise à se déverser."

On aura compris que Russell Banks, à travers une épopée marquée par des faits authentiques, s'attache à nous parler de la solitude d'un homme, soumise aux mouvements d'une histoire pour laquelle il refusa le sacrifice.

Eglantine Simon

Lire aussi la chronique de L'Ange sur le toit, de Russel Banks.
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