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En réponse à l'article
de Grégoire Holtz, "Le démon
de Minuit"
Ah
la la, qui saurait résister à une occasion si alléchante de
tuer la figure du père, lorsque de poussière il s'apprête à
redevenir poussière et qu'une armée de thuriféraires jouent
des coudes aux premières loges du cimetière ? Oui
Grégoire, je t'ai compris. Jérôme Lindon est mort et tu
t'irrites à bon droit de ces pleureuses qui tartinent des pleins
dossiers de larmes grasses en criant à l'amputation. Mais ne
mélangeons pas les torchons et les serviettes.
Car
accuser les éditions de Minuit de propager une littérature de
médiocre qualité en feignant de croire que c'est la seule qui
soit, selon ce bon vieux schéma bourdieusien de la reproduction
du capitalisme culturel, c'est une approximation dont la myopie
confine à l'obscurantisme. Comment reprocher à une maison qui
publie une vingtaine de titres par an d'avoir une ligne éditoriale
? Comment lui reprocher de vouloir définir le bon goût littéraire
alors que ses tirages sont toujours demeurés confidentiels en
comparaison des best-sellers galligrasseuil ? Rappelons que
la gloire d'Echenoz, sans doute l'auteur Minuit le plus médiatisé
actuellement, est toute récente ; que Le méridien de Greenwich,
son premier roman, s'est vendu à cinq cents exemplaires, et
qu'il a dû attendre vingt ans pour connaître la fortune avec
Je m'en vais en 1999.
D'ailleurs,
le catalogue en question ne se limite pas au triumvirat Echenoz-Toussaint-Oster.
Si c'est lui qui t'indispose, pourquoi ne pas aller voir par
exemple du côté de Marie N'Diaye, figure majeure et discrète
des éditions de Minuit depuis 15 ans, que tu ne pourras guère
accuser de te bercer de douces trivialités ? Trivialités toutes
relatives, du reste, car la légèreté prétendue de ces auteurs,
à bien y regarder, n'est pas exempte de trouées d'angoisses
admirablement symptomatiques. Tu prétends que ce n'est pas ça,
la littérature (avec une assurance qui m'en impose, car personnellement
je ne sais pas ce que c'est, LA littérature). Qu'à l'époque
du nouveau roman, au moins, on en faisait, de la VRAIE, de la
PURE, de la DURE.
Mais
la nouvelle génération a cherché des voies pour réhabiliter
le récit après les entreprises de déconstruction qui l'ont précédée,
tout en tirant les leçons de ces mêmes entreprises; elle sait
qu'il n'est plus possible de raconter sans questionner les fondements
de la narration classique. L'exemplarité plastique de la langue
d'Echenoz n'a rien à voir avec la préciosité du XVIIe siècle
qui, si délectable soit-elle, est confortement narcissique d'un
moi adulé mais fatalement vacillant. Dans l'ironie du regard
d'Echenoz pèsent la défiance vis-à-vis des clichés omniprésents
de la représentation et le doute de soi. Car la première victime
de l'ironie, c'est toujours celui qui la pratique (cf pour mémoire
Baudelaire, "L'Héautontimorouménos", Les
fleurs du mal, I, 83). Un zeste de puritanisme t'empêcherait-il
de goûter l'élégance de cette génération privée des enchantements
révolutionnaires, génération qui n'est pas sans affinités avec
la nôtre, puisque je présume que, comme moi, tu es un enfant
post 68 ?
Quant
à prétendre que Minuit promeut une langue anémique à force de
consanguinité, je ne sais pas où tu as la tête. Si les " dérapages
verbaux " d'Eric Laurrent ou d'Eugène Savitskaya te laissent
de marbre, si les questionnements structurels d'Eric Chevillard
ou de Tanguy Viel te semblent trop peu audacieux, je ne vois
vraiment pas quoi te conseiller (d'autant que pour toi, en matière
d'originalité, les seuls écrivains Minuit qui "ont au moins
du mérite " -i.e. Beckett, Sarraute etc.-, sont "chiants").
Tu as lu Harry Potter ?
Malika
Mikaz
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Holtz, "Le démon de Minuit"
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