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cet article par Malika Mikaz, "Midnight
Star"
"Suivez l'étoile bleue (de feu le berger
Lindon) et littérature vous achèterez." Et qui osera nier que
la célèbre collection blanche au liseré bleu sert souvent de
repère aux lecteurs pressés ? Les éditions de Minuit feraient
ainsi partie du club restreint des éditeurs français, aux côtés
de rivaux de premier choix tels Le Mercure de France ou Fata
Morgana, qui privilégieraient la qualité et non pas, ô ciel,
la quantité, comme le fait l'infâme mastodonte Galligrasseuil.
Que
cache ce préjugé qui confine à la mythologie des Editions de
Minuit ? Tout d'abord l'illusion que le fameux catalogue littéraire
(je ne parle pas ici des autres collections) serait sans déchet
aucun. Peut-être, mais au prix d'une monotonie consternante.
Peut-être qu'il n'y a pas de mauvaise surprise à acheter les
yeux fermés chez Minuit, mais c'est qu'il n'y a pas de surprise
du tout. On lit en connaissance de cause et sans grand risque
des ouvrages qui se ressemblent, qui se copient, qui se cannibalisent,
qui claironnent leur appartenance commune à ce pseudo-panthéon
de la littérature française.
Quels
sont alors les ingrédients de cette recette magique ? Un dosage
savant d'ironie, de déconstruction et de préciosité,
refusant radicalement tout ancrage référentiel
. Le prestige actuel de la marque se fonde sans doute sur l'héritage
de la première génération de Minuit, celle du " Nouveau Roman
". Au-delà de cette étiquette-écran, cette première fournée
avait le mérite d'innover et de bouleverser le paysage littéraire
avec son ère du soupçon, comme l'ont montré les
itinéraires complexes de Beckett ou de Simon. Les Duras-cuire,
Pins-geais, Serres hautes et Robes grillées étaient peut-être
chiants, mais présentaient une originalité indéniable, laquelle
aujourd'hui ne se réduit le plus souvent qu' à un intérêt documentaire
ou scolaire.
Le
problème, c'est que la nouvelle génération des mousquetaires
made in Minuit vit sur cet héritage du Nouveau Roman, sur cette
réputation d'une qualité formelle et stylistique qu'à leur tour
ils perpétueraient. Il est à cet égard curieux de remarquer
que la mythologie du label Minuit repose surtout sur la mise
en avant d'une réussite formelle : mais le fait d'isoler celle-ci
n'est en fait qu'une réactivation du lieu commun opposant, par
une absurde Distinction (et le concept de Bourdieu, voire bourdivin,
est ici de mise !), le fond à la forme.
Les
Chevillard, Toussaint (tout de même les plus drôles), Mauvignier,
Echenoz et Oster seraient alors les représentants de cette nouvelle
écurie, fleuron de la littérature françouaise. Mais cette génération
n'a pas la même puissance que la précédente, le feu s'éteint
et ne se renouvelle pas : ça tourne en rond, et parfois sans
avoir besoin d'invoquer la génération sacrée des ancêtres, et
c'est ainsi que les (auto-)références sont de plus en plus proches,
tel Christian Oster revendiquant sa filiation échenozienne…
Et qu'y trouve-t-on dans cette écurie ? Pas de vigoureux étalons,
mais des poulains déjà bons pour l'équarrissage, vieillots avant
d'avoir couru, qui nous font encore sourire à défaut de nous
faire rire. Quelle verve, quelle langue est encore possible
dans ce format éditorial, véritable gaine de latex blanc (à
la petite varice bleue), qui empêche tout débordement, tout
dérapage verbal ?
Les
Editions de Minuit comme une réserve naturelle du "littéraire" ?
En définitive, la Minuit's touch est moins un refuge du goût
qu'un mouroir, un placard de la production française. Et oui
française ; car derrière ces qualités d'ironie, de virtuosité,
de politesse, de préciosité d'une langue si brillante, ne trouve-t-on
pas ce qui par delà les siècles définirait les canons d'une
esthétique nationale de bon goût, rétrograde et poussiéreuse
? Et si le démon de Minuit était le néo-classicisme ?
Grégoire
Holtz
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