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Maurice Lever
Louis XV, Libertin malgré lui
Payot


A l'âge de 14 ans, en 1724, Loui XV inquiétait grandement son entourage et ses tuteurs par ses penchants homosexuels, nettement affirmés. Comme on craignait pour son salut et pour sa succession, il fallut à tous prix remettre le roi dans le droit chemin. Mais, comme on ne gouverne pas un roi, on en appela à la ruse : "en juillet 1724, à l'occasion des fêtes et des chasses organisées en son honneur par M. le Duc, le jeune prince partit pour Chantilly, où il devait séjourner un mois entier. Le véritable but de ce voyage était de lui donner le goût des femmes et de lui faire perdre son pucelage, avec l'espoir, précise le chroniqueur Barbier, que "cela le rendrait plus traitable et plus poli". Naturellement, on prit soin d'écarter de l'escorte royale les trop jolis adolescents. En revanche, dix-sept ravissantes jeunes femmes faisaient partie de l'expédition : un vrai sérail ! ".

Nous nous garderons bien de vous livrer la conclusion de cet épisode. Il convient en effet de laisser à l'historien le soin d'orchestrer ses effets, construits autour des révélations de la vie privé de Louis, surnommé "le Bien aimé" dans sa jeunesse avant de sombrer dans l'impopularité. Grand connaisseur du XVIII° siècle, biographe de Beaumarchais et du marquis de Sade, Maurice Lever s'appuie sur tous les matériaux historiques disponibles pour retracer l'évolution de ce monarque ambiguë : documents historiques, correspondances, potins de la cour et des chroniqueurs, chansons populaires, etc. Il dévoile une personnalité tourmentée, dépressive, effrayée par la mort et par la justice divine, conscient de sa place au sein de l'univers, assumant sa puissance de monarque de droit divin mais rechignant à assumer les devoirs de sa charge. Un être faible et cyclothymique, alternant des phases d'apathie et des passages à l'acte violents, d'une intelligence moyenne, incapable de saisir l'esprit de son siècle ou de s'émanciper des multiples tutelles qui marqueront sa vie, du Régent - Philippe d'Orléans - à la comtesse du Barry en passant par le Cardinal de Fleury et madame de Pompadour. Alors que son règne s'étend de 1715 (mort de Louis XIV) à 1774, Louis XV n'assumera lui-même le gouvernement de la France que pendant quelques années, et par intervalles, principalement vers la fin de son règne.

Il est vrai que Louis XV se moque de la postérité comme de l'avis de son peuple. Seul compte son plaisir. En cela, il est libertin malgré lui, faisant le jeu des philosophe et des libéraux, qu'il ne porte pourtant pas dans son cœur. En vieillissant, le roi s'enfermera de plus en plus dans son monde clos, organisant des soirées orgiaques dans les petits salons de Versailles, et recevant de ses rabatteurs (dont Casanova) toujours plus de chair fraiche à consommer, dans le Parc aux cerfs. Presque impuissant et ayant toujours été incapable de jouer le jeu de la séduction, Louis XV laissera libre cours à ses penchants pédophiles. Ses fidèles compagnons lui dénichaient de petites paysannes âgées de moins de quinze ans, les lavaient, les essayaient puis les offraient au roi. Lorsqu'il fallait éviter le scandale, notamment quand les jeunes filles étaient d'extraction noble, l'entourage du roi ne lésinait pas sur les moyens : on mariait la fille avec un jeune noble qui prenait soudain du galon et on lui donnait une bonne rente pour qu'elle élève son batard loin de la cour et de ses ragots. Dans cette folie, peu de personnes purent faire oublier au roi sa névrose, et surtout pas la reine, Marie Leszczinska, fille du roi de Pologne, isolée dans ses appartements depuis bien longtemps.

"Petis appartements, petits cabinets, eptits soupers, diplomatie secrète, escaieirs dérobés, cabinet noir : tout dénonce le confinement immature. Louis XV est un roi qui se cache, un voyeur honteux, constamment obsédé par le désir de s'évader, d'échapper aux autres, à l'ennui, au pouvoir, aux parlements, aux jésuites, aux jansénistes, au pape, aux philosophes, aux artistes, aux héros. Ah ! fuir ses devoirs, sa conscience et sa pensée, se fuir soi-même … Fuir ! "

Dans cette chronique étourdissante des mœurs royales, on pourra reprocher au biographe de ne pas avoir abordé l'histoire officielle, ni même les conséquences de la conduite du roi sur les affaires du pays. Rien n'est dit sur l'extraordinaire développement des Lumières. Rien non plus sur l'évolution de la vie au quotidien dans ce siècle qui inventa le confort moderne. Rien enfin sur les affaires diplomatiques ou militaires, ni sur le développement économique de la France. Il faudra donc que le lecteur fasse lui-même la synthèse, pour finir d'embrasser cette période étrange, où un nouveau monde commence à s'extraire de l'ancien.

"Ce dégoût de tout, ce manque à être comme à jouir, par quoi se définit l'indicible malheur de la noblesse de France depuis Louis XIV, l'actuel souverain en paraît le dépositaire désigné. Rien ne le sépare de cette aristocratie chassée de son pouvoir naturel de classe dirigeante, interdite de réalité, puisque vouée désormais à ne plus désirer qu'à vide, à dépenser ses dernières forces dans le jeu illusoire du paraître. Il représente à lui seul les tristesses hautaines accumulées par des féodaux désormais sans emploi. Autour de lui règne une atmosphère de "fin de partie" qui ne laisse plus aucun espoir, et qui fait de ce roi le premier prince du romantisme, porteur du "soleil noir de la mélancolie" auquel s'associe infailliblement, jusque dans la gravure de Dürer, l'obsédante image de la femme."


> Pour en savoir plus
-
lisez une courte biographie de Louis XV
- visitez un site perso palpitant et passionné sur les maîtresses royales
- prenez le temps d'une petite visite du Château de Versailles.

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