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Poursuivant des recherches sur un écrivain,
un biographe finit par s'immerger dangereusement dans les archives
de l'Occupation. Il découvre des milliers de lettres anonymes,
dans lesquelles de bons Français dénoncent leur voisin, un ami,
un membre de la famille, des juifs. Fasciné par cette mémoire
de l'horreur, humaine et administrative, le narrateur finit
par oublier l'objet initial de ses travaux, d'autant qu'il découvre
par hasard une lettre dénonçant la famille d'un de ses amis,
des commerçants juifs, fourreurs installés rue de la Convention,
dans le quinzième arrondissement de Paris. Aussitôt, il se met
à enquêter. Une enquête policière, historique et philosophique
qui ne laissera personne indemne, ni dans le camp des victimes,
ni dans celui des bourreaux. Qui est le délateur ? Qui a commis
ce crime par procuration ? Dans son combat pour la vérité, le
narrateur fera tout pour comprendre, au risque de se perdre
lui-même et de s'exclure de la société.
"De
toute façon, à ce stade de ma névrose, je n'entendais convaincre
personne. Vient un moment dans la vie où on ne parle plus vraiment
qu'à soi, à sa conscience, à son âme, à son vélo. On est sûr
de ne pas être déçu."
Il
est vrai que le narrateur apporte le danger avec ses questions,
lui qui préfère souffrir un désordre plutôt qu'une injustice.
Le coupable est quelqu'un de très proche, et le narrateur devra
apprendre à respecter la façon dont un quartier, une communauté,
une famille font pour panser les plaies de l'horreur, en acceptant
que le temps, l'oubli et l'abdication du sentiment de justice
jettent une nouvelle couche de terre sur les disparus, pour
que les vivants poursuivent leur trajectoire incertaine.
"Pourquoi
ont-ils si peur ? Il s'agissait juste de faire couler un peu
d'encre pour rappeler que d'autres avaient fait couler un peu
de sang. Rien de plus. Mais on enfermait pour moins que ça.
Plutôt que de désespérer, je suivis le conseil d'un poète et
laissai infuser davantage."
Dans
cette méditation sur la banalité de la violence, Pierre Assouline
raconte un monde fait de névroses individuelles et de non-dits
collectifs. Pour le géographe des âmes parti à la recherche
des frontières entre le bien et le mal, il sera douloureux de
découvrir que rien n'est simple ; le camp des bourreaux peut
à l'occasion être renforcé par des hommes et des femmes de bonne
volonté, quand les tragédies historiques attisent l'instinct
de survie. Le héros devra dénouer les fils de cette toile humaine
pour comprendre comment il est possible d'en arriver là, dans
des circonstances où l'idéologie compte moins que l'effroyable
engrenage des petites saloperies quotidiennes.
Derrière
l'entêtement du narrateur, il y a notre fascination pour l'Occupation.
Penser cette période, même pour les générations nées après la
guerre, c'est faire l'expérience de l'effroi dans l'introspection
existentielle : qu'aurions-nous fait ? Faute de pouvoir répondre
à ce défi moral, le narrateur s'engage dans une quête à la fois
personnelle et universelle. Qui sauve une victime, ou sa mémoire,
sauve l'humanité. Les Justes peuvent se révéler longtemps après
les faits.
KZ
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Double vie, Pierre Assouline
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