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FUCKWOMAN
Warwick Collins
10/18


Il suffit souvent pour faire un bon bouquin d'un bon titre et d'une bonne idée. Avec "Fuckwoman", Warwick Collins, écrivain sud-africain de 43 ans, installé à Canterbury, se débrouille plutôt bien avec ce qu'il a pour réussir un polar divertissant et sans prétention. Sur le thème typiquement anglo-saxon du super-héros, il se contente de développer un schéma archi-convenu, et inspiré par le fondateur Superman (la bande-dessinée, le film, ce qu'on voudra), assez bien résumé dans le quatrième de couverture :

"Mais qui est cette FUCKWOMAN ? Qui donc s'abrite derrière ce personnage qui réussit à arrêter nombre de violeurs en série après leur avoir fait passer un mauvais quart d'heure sexuel ?"

En guise d'intrigue, donc, pas de surprises particulières si ce n'est cet appétit sexuel mis au service de la justice, suffisamment original pour tenir le livre à bout de bras. La jeune journaliste Cynthia Lelague, timide, plutôt mignonne et qui s'entraîne au Gymnase Club, s'installe dès l'entame dans le costume mystérieux de l'ambiguë FuckWoman, une justicière nocturne d'un genre nouveau qui livre pieds et couilles liés de dangereux criminels et violeurs à la police de Los Angeles après leur avoir fait subir les derniers outrages (lesquels ne seront, malheureusement pour nos appétits pervers, jamais évoqués dans le détail).

Le livre suit scrupuleusement le schéma traditionnel des séries US avec peinture de l'environnement direct de la jeune femme depuis sa filiation féministe (mère psy et grand-mère suffragette), jusqu'à ses névroses personnelles en passant par sa relation difficile père-fille avec son rédacteur en chef machiste mais cœur noble. Le romancier décrit quelques unes des sorties de la justicière (une bonne scène de castagne avec une bande de piliers de bars, en particulier), son entraînement, ses relations érotico-sportives avec son prof de judo, avant de se concentrer sur les ressorts psychologiques des personnages et de questionner les mécanismes de surrection des superhéros dans le paysage américain.

Comme dans le film "Incassable", et par delà la cocasserie du super talent (la baise à outrance comme instrument de l'auto-justice), l'intérêt du livre repose sur le duel emblématique et archétypal entre le psychiatre ordure de la police le Docteur Holocenter et la jeune héroïne (à rapprocher du duel Willis/ Jackson dans le dit film).

Collins offre une variation intéressante sur différents couples maudits du cinéma américain justice/ injustice, Bien/ Mal, Homme/ Femme, Libéralisme/ Conservatisme qui sont ici évoqués avec assez de recul et de finesse pour amuser et faire réfléchir. Comme Michel Rio, Collins truffe son intrigue de discours plus ou moins théoriques sur la condition féminine et le féminisme politique, sur la domination de sexe à sexe, l'opposition entre les aspirations à une justice démocratique et les séductions de la vengeance. Le roman démarre assez lentement et déçoit un peu dans sa première partie qui ne semble pas exploiter tous les ressorts comiques liés à l'exercice du super- pouvoir puis décolle avec l'entrée en scène du docteur Holocenter, confirmant la règle qui veut que, dans ce genre d'histoires, ce soit le méchant qui ait la clé du succès et de l'intérêt.

La deuxième partie, tout aussi amusante, est beaucoup plus riche que la première car elle met en relief l'ambiguïté du super- héros (adoré par la foule, craint par le pouvoir en place) et de sa séduction : des désirs d'une justice expéditive à la récupération du message naïf de l'héroïne par les politiques ou les mass- media. La fin qu'on ne dévoilera pas évoque, sur un ton badin, la politique fiction qu'on avait pu lire avec jubilation chez London dans le Talon de Fer par exemple. Le personnage de Cynthia gagne en complexité en même temps que tombe le masque de Fuckwoman. Les personnages caricaturaux du rédacteur en chef et du psy se bonifient au fil des pages au point d'atteindre une vraie consistance pour la scène finale superbe autant qu'hilarante.

Bien mené, d'une écriture passe-partout qui sied assez bien au propos, "FuckWoman" est une vraie réussite de polar qui peut faire passer un excellent moment et distraire à bon compte, même si l'on eut souhaité que Collins érotise un peu une Cynthia dont le surnom promettait plus que ce qu'on nous donne ici à imaginer.

Myoso

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