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Il suffit souvent pour faire un bon bouquin d'un bon titre et
d'une bonne idée. Avec "Fuckwoman", Warwick Collins,
écrivain sud-africain de 43 ans, installé à Canterbury, se débrouille
plutôt bien avec ce qu'il a pour réussir un polar divertissant
et sans prétention. Sur le thème typiquement anglo-saxon du
super-héros, il se contente de développer un schéma archi-convenu,
et inspiré par le fondateur Superman (la bande-dessinée, le
film, ce qu'on voudra), assez bien résumé dans le quatrième
de couverture :
"Mais
qui est cette FUCKWOMAN ? Qui donc s'abrite derrière ce personnage
qui réussit à arrêter nombre de violeurs en série après leur
avoir fait passer un mauvais quart d'heure sexuel ?"
En
guise d'intrigue, donc, pas de surprises particulières si ce
n'est cet appétit sexuel mis au service de la justice, suffisamment
original pour tenir le livre à bout de bras. La jeune journaliste
Cynthia Lelague, timide, plutôt mignonne et qui s'entraîne au
Gymnase Club, s'installe dès l'entame dans le costume mystérieux
de l'ambiguë FuckWoman, une justicière nocturne d'un genre nouveau
qui livre pieds et couilles liés de dangereux criminels et violeurs
à la police de Los Angeles après leur avoir fait subir les derniers
outrages (lesquels ne seront, malheureusement pour nos appétits
pervers, jamais évoqués dans le détail).
Le
livre suit scrupuleusement le schéma traditionnel des séries
US avec peinture de l'environnement direct de la jeune femme
depuis sa filiation féministe (mère psy et grand-mère suffragette),
jusqu'à ses névroses personnelles en passant par sa relation
difficile père-fille avec son rédacteur en chef machiste mais
cœur noble. Le romancier décrit quelques unes des sorties de
la justicière (une bonne scène de castagne avec une bande de
piliers de bars, en particulier), son entraînement, ses relations
érotico-sportives avec son prof de judo, avant de se concentrer
sur les ressorts psychologiques des personnages et de questionner
les mécanismes de surrection des superhéros dans le paysage
américain.
Comme
dans le film "Incassable", et par delà la cocasserie
du super talent (la baise à outrance comme instrument de l'auto-justice),
l'intérêt du livre repose sur le duel emblématique et archétypal
entre le psychiatre ordure de la police le Docteur Holocenter
et la jeune héroïne (à rapprocher du duel Willis/ Jackson dans
le dit film).
Collins
offre une variation intéressante sur différents couples maudits
du cinéma américain justice/ injustice, Bien/ Mal, Homme/ Femme,
Libéralisme/ Conservatisme qui sont ici évoqués avec assez de
recul et de finesse pour amuser et faire réfléchir. Comme Michel
Rio, Collins truffe son intrigue de discours plus ou moins
théoriques sur la condition féminine et le féminisme politique,
sur la domination de sexe à sexe, l'opposition entre les aspirations
à une justice démocratique et les séductions de la vengeance.
Le roman démarre assez lentement et déçoit un peu dans sa première
partie qui ne semble pas exploiter tous les ressorts comiques
liés à l'exercice du super- pouvoir puis décolle avec l'entrée
en scène du docteur Holocenter, confirmant la règle qui veut
que, dans ce genre d'histoires, ce soit le méchant qui ait la
clé du succès et de l'intérêt.
La
deuxième partie, tout aussi amusante, est beaucoup plus riche
que la première car elle met en relief l'ambiguïté du super-
héros (adoré par la foule, craint par le pouvoir en place) et
de sa séduction : des désirs d'une justice expéditive à la récupération
du message naïf de l'héroïne par les politiques ou les mass-
media. La fin qu'on ne dévoilera pas évoque, sur un ton badin,
la politique fiction qu'on avait pu lire avec jubilation chez
London dans le Talon de Fer par exemple. Le personnage de Cynthia
gagne en complexité en même temps que tombe le masque de Fuckwoman.
Les personnages caricaturaux du rédacteur en chef et du psy
se bonifient au fil des pages au point d'atteindre une vraie
consistance pour la scène finale superbe autant qu'hilarante.
Bien
mené, d'une écriture passe-partout qui sied assez bien au propos,
"FuckWoman" est une vraie réussite de polar qui peut
faire passer un excellent moment et distraire à bon compte,
même si l'on eut souhaité que Collins érotise un peu une Cynthia
dont le surnom promettait plus que ce qu'on nous donne ici à
imaginer.
Myoso
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