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Après la lecture de ce texte, le lecteur
s'interroge sur la légitimité de sa publication. Que son écriture
ait répondu à une impulsion irrépressible, comme Laure Adler
le déclare elle-même aujourd'hui, personne ne lui en fera pourtant
le reproche : la question n'est pas là, bien entendu. Nous comprenons
bien la douleur de celle qui écrit, la douleur d'une mère qui
porte son deuil au jour comme dix sept ans plus tôt elle y porta
son bébé, Rémi.
Moins
de 200 pages d'une écriture nerveuse, précise, insoucieuse de
littérature, pour tenter d'exorciser enfin le cauchemar, ce
grand chien fou qui n'a jamais tout à fait abdiqué. Il ne
s'agit donc pas de reprocher à ces lignes ce qu'elles ne pouvaient
qu'être, et que le temps n'est pas parvenu à apaiser, tout juste
à tenir à distance quand il le fallait. Encore une fois, on
se représente trop bien ce que pour une mère peut représenter
la disparition de son enfant pour faire grief à Laure Adler
de ne rien nous épargner de l'exposition du drame, de la première
crise d'étouffement jusqu'aux épisodes insupportables vécus
dans les salles d'hôpitaux, de la rémission provisoire jusqu'à
l'inacceptable, avec, en corollaire, le récit de sa souffrance,
le silence, toutes ces étapes successives d'après l'absence
traversée comme, en rêve, le dormeur s'étonne de ce que le mouvement
de sa course ne puisse jamais l'arracher tout à fait à l'immobilité.
Pour
Laure Adler, ancienne intime de François Mitterrand, biographe
célèbre de Marguerite Duras, responsable d'une grande chaîne
de radio "à vocation culturelle", il s'agissait certes d'abord
d'assigner le témoignage à un rôle salvateur, thérapeutique.
Le lecteur se trouve dès lors d'autant plus fondé à s'interroger
sur les raisons qui l'ont amenée ensuite à le remettre à son
éditeur. Car cela ne suffit pas à en faire une oeuvre littéraire,
hélas !, tant il est vrai que le tragique peut parfois confiner
à l'ordinaire. Mais le plus troublant, dans cette initiative,
reste sans doute que ces pages y aient finalement gagné une
place de choix parmi toutes celles déjà occupées par les candidats
aux distinctions de novembre.
Didier
Hénique
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