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Une liberté souveraine
Georges Bataille
141 p., Farrago, 89 F.


Ce petit ouvrage est un recueil de textes et d’entretiens réunis par Michel Surya à la suite d’une exposition sur l’auteur qui avait eu lieu à Orléans pour le centenaire de sa naissance. Ce petit livre rouge ressemble donc à ce qu’il veut être, un objet à vocation éducative. L’écriture est en effet d’une clarté que les essais de Bataille n’ont pas toujours. A vrai dire, c’est moins le style qui pêche que la complexité d’une pensée fondée sur l’expérience et le ressenti. Quand on aborde de telles profondeurs, il n’est pas évident de rendre intelligible ce qu’il faudrait avoir soi-même vécu pour "voir de quoi ça parle". Bataille se dit philosophe, et même philosophe existentialiste (ce qui rejoint ce que nous évoquions à l’instant), mais il reste un littérateur. Aussi aurait-on du mal à résumer sa pensée puisqu’une simple conceptualisation ne rendra jamais compte du fouillis de note conscience. C’est pourtant ce à quoi l’on s’essaye dans ce recueil.

Bataille est en effet soumis à la question : conférences, entretiens radiophoniques et télévisés, une seule question est posée : "Qui êtes-vous Georges Bataille ?" Et Bataille de raconter, un peu, sa vie, de résumer son propos en une phrase lapidaire. Inévitablement, les redites s’imposent. Dans le premier article, qui porte d’ailleurs bien mal son titre - A propos de "Pour qui sonne le glas" d’Ernest Hemingway - puisque le seul livre d’Hemingway cité est Mort dans l’après-midi, on trouve cette phrase : "Je commençais à comprendre alors que le malaise est souvent le secret des plaisirs les plus grands." Tout est dit. Dans l’article, cette phrase est explicitée par la description de la corrida puis l’autopsie d’une culture, celle des espagnols; il y a donc mise en situation, observation, qui donnent au propos un minimum de substance et d’intelligibilité. Dans les entretiens, la phrase est ânonnée sous diverses variantes, avec bien sûr quelques précisions dues aux objections des intervieweurs, mais on n’en saura guère plus. Mais quand on ne connaît pas, c’est toujours bon à prendre.

Pour les familiers de Bataille, on peut recommander les articles écrits sous pseudonymes dans la revue Critique. Ce ne sont que des notes de lecture, comptes-rendus de romans ou d’essais, mais leur sujet nous livre un aspect inédit du personnage. Contrairement à ses récits (non situés, d’une ambiance un peu irréelle, même si, effectivement (d’après nos souvenirs), il est question de la guerre d’Espagne dans Le Bleu du ciel) et aux essais qui se veulent trans-historiques, ces articles montrent un homme aux prises avec son époque. Au sortir de la deuxième guerre mondiale, il est beaucoup question de guerre, justement, et de politique. Bataille, en érudit qu’il est, nous donne d’ailleurs un petit cours sur la pensée marxiste et son évolution. A ce niveau-là, on peut le dire, l’ouvrage est très instructif: c’est tout un climat, politique et idéologique, qui nous est restitué avec ces articles. Les enjeux et les préoccupations de l’immédiat après-guerre, l’histoire en train de 
se faire, la forme même de ces textes, qui ne seront jamais que des articles de circonstance, nous permet d’en apprécier la saveur et le parfum.

Léon Noël

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