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Ce petit ouvrage est un recueil de textes et dentretiens réunis par Michel Surya à la suite dune exposition sur lauteur qui avait eu lieu à Orléans pour le centenaire
de sa naissance. Ce petit livre rouge ressemble donc à ce quil veut être, un objet à vocation éducative. Lécriture est en effet dune clarté que les essais de Bataille
nont pas toujours. A vrai dire, cest moins le style qui pêche que la complexité dune pensée fondée sur lexpérience et le ressenti. Quand on aborde de telles
profondeurs, il nest pas évident de rendre intelligible ce quil faudrait avoir soi-même vécu pour
"voir de quoi ça parle". Bataille se dit philosophe, et même
philosophe existentialiste (ce qui rejoint ce que nous évoquions à linstant), mais il reste un littérateur. Aussi aurait-on du mal à résumer sa pensée puisquune simple
conceptualisation ne rendra jamais compte du fouillis de note conscience. Cest pourtant ce à quoi lon sessaye dans ce recueil.
Bataille est en effet soumis à la question : conférences, entretiens radiophoniques et télévisés, une seule question est posée :
"Qui êtes-vous Georges Bataille ?" Et Bataille de raconter, un peu, sa vie, de résumer son propos en une phrase lapidaire. Inévitablement, les redites simposent. Dans le premier article, qui porte
dailleurs bien mal son titre - A propos de "Pour qui sonne le glas"
dErnest Hemingway - puisque le seul livre dHemingway cité est Mort dans laprès-midi, on
trouve cette phrase : "Je commençais à comprendre alors que le malaise est souvent le secret des plaisirs les plus grands."
Tout est dit. Dans larticle, cette phrase est explicitée par la description de la corrida puis lautopsie dune culture, celle des espagnols; il y a donc mise en situation, observation, qui donnent au propos un
minimum de substance et dintelligibilité. Dans les entretiens, la phrase est ânonnée sous diverses variantes, avec bien sûr quelques précisions dues aux objections
des intervieweurs, mais on nen saura guère plus. Mais quand on ne connaît pas, cest toujours bon à prendre.
Pour les familiers de Bataille, on peut recommander les articles écrits sous pseudonymes dans la revue Critique. Ce ne sont que des notes de lecture,
comptes-rendus de romans ou dessais, mais leur sujet nous livre un aspect inédit du personnage. Contrairement à ses récits (non situés, dune ambiance un peu
irréelle, même si, effectivement (daprès nos souvenirs), il est question de la guerre dEspagne dans
Le Bleu du ciel) et aux essais qui se veulent trans-historiques, ces
articles montrent un homme aux prises avec son époque. Au sortir de la deuxième guerre mondiale, il est beaucoup question de guerre, justement, et de politique.
Bataille, en érudit quil est, nous donne dailleurs un petit cours sur la pensée marxiste et son évolution. A ce niveau-là, on peut le dire, louvrage est très instructif:
cest tout un climat, politique et idéologique, qui nous est restitué avec ces articles. Les enjeux et les préoccupations de limmédiat après-guerre, lhistoire en train de
se faire, la forme même de ces textes, qui ne seront jamais que des articles de circonstance, nous permet den apprécier la saveur et le parfum.
Léon Noël |