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La Divine Comédie, long paradigme dans l'uvre sollersienne : tout d'abord l'article paru dans Logiques en 1968 : " Dante et la traversée de l'écriture ", puis la réinscription de l'uvre dantesque dans le tissu narratif du Cur
absolu (1984)
Sollers organise avec Benoît Chantre - éditeur et interlocuteur avisé - non pas un retour à Dante qui ne quitte jamais sa solitude d'écrivain, mais une traversée de l'uvre de l'auteur de la
Vita Nuova.
Les interlocuteurs se réfèrent à la traduction de Jaqueline Risset qui, en1985, livrait une approche nouvelle et pertinente de
La Divine Comédie.
Sollers affirme la position tout à fait centrale occupée par Dante : 1321 ; l'année de sa mort se rapproche de plus en plus de nous car l'auteur de Passion fixe rappelle que Dante, au début du 14ème siècle, accomplit une traversée scripturale de la mythologie antique et de l'histoire du christianisme écoulée avant lui.
L'entretien laisse la liberté à Sollers de poursuivre la convocation systématique des auteurs, artistes ou penseurs dont il se sent si proche, si solidaire : Rimbaud, Kafka, Bataille, Botticelli, Picasso,
Heidegger
Etrange aimantation de ces témoins qui, selon Sollers éclairent Dante, non pas en les citant à comparaître artificiellement, " pour tout ramener à Dante ", mais pour mieux appréhender " telle ou telle aventure depuis lui ". Sollers bouscule ainsi le temps en confrontant, en activant des paroles qui restituent une uvre qui risque de demeurer muette, figée dans le silence de la pierre à l'instar du nom de son auteur, gravé par Paul VI dans le baptistère de Florence.
En rappelant notre temps ou le mal se dresse irréfutablement, Sollers évoque l'issue désormais possible de retrouver le Dante du Paradis ; celui qui parvient à la vision de la jouissance, qui en pose la réalité accessible. Dante dissocie pourtant félicité céleste et jouissance humaine ; pour Sollers ces deux postulations sont à la portée de qui veut les saisir.
La " division de l'ensemble " de cet ouvrage répète le trajet de La Divine Comédie : Sollers s'y livre à une lecture érudite sans être absconse, inventive sans débordements interprétatifs
Notre plaisir de lecteur, attisé par le savoir communicable de Sollers, suit pour ainsi dire le trajet d'une âme qui, sortant de l'enfer traverserait purifiée le purgatoire pour goûter au Paradis à cette béatitude trinitaire, elle-même inscrite dans le prénom de la compagne de Dante : " Béa-trice ". Béatrice est bien celle qui guide le voyageur vers le souverain bien : la fin de son périple. Mais leur relation est placée sous le signe de la souffrance. Sollers, à ce titre, avait déjà proposé une superposition des lectures de L'Odyssée et La Divine Comédie pour déjouer la tragédie
dipienne de l'espèce humaine : Athéna est bienveillante envers Ulysse qu'elle ramène pourtant à Pénélope et Télémaque (voici la véritable " prise de Troie "
anti-dipienne)
L'entretien s'articule évidemment autour de Dante en tant que " diamant de l'art catholique " ; cette proposition permet à Sollers de revenir sur l'importance de la figure du Pape Jean-Paul II qu'il restitue loin des clichés sempiternels. Il préserve ainsi le lien qu'il entretient depuis Femmes avec cette personnalité romanesque : il rappelle à ce propos que " ce n'est pas tous les jours qu'on essaie d'assassiner un Pape en public ".
La Divine Comédie - Entretiens constitue un carrefour stimulant qui mène à quelques uvres de Sollers : son Paradis, roman musical à l'écriture " percurrente " dont chaque page pourrait donner lieu à mille pages de commentaires tout comme le langage de Dante qui est " trajet de la totalité vers l'amour qui la brise " (" Dante et la traversée de l'écriture "). En effet, les lectures de Dante, et cet entretien le démontre, demeurent, pour reprendre une formule de Jaqueline Risset, " une reprise de l'univers qui nous compose "
Raphaël
Goldoni |