Le
robot qui rêvait est un recueil de 19 nouvelles dans lequel le pape de la
science-fiction a rassemblé ses histoires de robots et de conquêtes spatio-temporelle,
dont La machine qui gagna la guerre, Les yeux ne servent pas quà voir, Le
votant, Le petit garçon très laid, Mon nom sécrit avec un S, La boule de billard
et Est-ce quune abeille se soucie ? Ces visions futuristes aux noms
poétiques suscitent la curiosité. Certaines des visions dAsimov se sont
réalisées, quarante ans après leur formulation. Les voitures intelligentes
apparaissent, nous croisons des robots toute la journée, lhomme se balade dans
lespace et prévoit daller squatter sur Mars, les ordinateurs de poche sont
effectivement devenus le plus fidèle assistant de lhomme. Tout ça est sympathique
mais ne répond pas à la seule question de fond à laquelle lHumanité devra
absolument répondre si elle ne veut pas disparaître.
Asimov pose à plusieurs
reprises cette interrogation dans une de ses nouvelles, intitulée La dernière
question. La nouvelle souvre en 2061 sur deux ingénieurs chargés de prendre
soin du Multivac, super-ordinateur qui veille sur le monde. Suite à un pari, lun
des deux pose cette colle au Multivac :
Est-ce que
lHumanité sera capable un jour, sans dépense dénergie,
de rendre au Soleil sa
jeunesse, même après quil sera mort de vieillesse ?
Pour ceux qui perçoivent mal
lenjeu, reformulons avec Asimov la question :
Comment
lentropie de lunivers peut-elle être amenée à décroître
massivement ?
Lointain descendant de
Windows©, Multivac adresse une réponse peu rassurante :
INFORMATION
INSUFFISANTE POUR REPONSE SIGNIFICATIVE
Asimov décrit plusieurs
générations dhumains posant cette question cruciale aux successeurs de Multivac,
dont la puissance, la mémoire et les capacités danalyse croissent selon un rythme
exponentiel. Multivac se transformera, après plusieurs millions dannées, pour
devenir lAC Universel (AC comme Analogic Computer en vieil anglais), capable de
répondre aux questions de lHomme, " car sur chaque monde et dans
lespace, il avait ses récepteurs en préparation, et chaque récepteur conduisait
à travers lhyperespace à un point inconnu où lAC Universel se tenait
au-dessus de tout ". LHomme, pour sa part, est devenu un pur esprit,
flottant au-delà des enveloppes corporelles qui un jour avaient servi de réceptacles à
nos âmes. " La véritable essence des hommes se trouvait de plus en
plus dans lespace ". LAC Universel créé des mondes
daccueil pour lHomme au fur et à mesure que les planètes quil habite
se transforme en naines blanches, lobligeant à une errance sans fin dans
lunivers, en attendant sa mort définitive et complète.
Plus tard encore,
lhumanité a encore évolué pour sadapter au défi qui lattend.
LHomme, mentalement, ne fait plus quun, " formé dun
trillion de trillions de trillions de corps sans âge, chacun à sa place, chacun paisible
et incorruptible, tandis que les esprits de tous ces corps se fondaient librement les uns
dans les autres, indistincts ".
Cet effacement de lâme
individuelle et cette transformation de lHumanité en esprit collectif orientant son
énergie à la recherche de voies de survie, ne permet toujours pas de répondre à
langoissante mort programmée de lUnivers. Une à une, les étoiles
disparaissent. LHomme, aidé de lAC universel, en créé de nouvelles,
construites avec la poussière détoiles disparues. Une nouvelle fois, lHomme
cherche une réponse :
AC Cosmique, comment lentropie
peut-elle être inversée ?
- IL NY A PAS ENCORE DE DONNEES
SUFFISANTES POUR UNE REPONSE SIGNIFICATIVE
- Rassemble des données supplémentaires
- JE VAIS LE FAIRE. JE LE FAIS DEPUIS CENT
MILLIARDS DANNEES. MES PREDECESSEURS ONT SOUVENT EU A REPONDRE A CETTE QUESTION.
TOUTES LES DONNEES QUE JAI DEMEURENT INSUFFISANTES.
Naturellement, le dialogue
symbiotique entre lesprit humain et lordinateur universel connaîtra un ultime
développement. La nouvelle dAsimov mérite une lecture lente et grave, et sa fin
offre une perspective troublante aux péripéties de notre aventure spirituelle.
Kz |