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Spécial USA
Is Writing a crime ?

Abu-Jamal
En direct du couloir
de la mort

La Découverte
1995-1999
préface
de Jacques Derrida

Colette Berthès
Odell Barnes
Les Arènes
2000

Revue
Autodafé
Parlement international des Ecrivains
automne 2000

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La revue du Parlement International des Ecrivains

A l'heure des respublica.fr et autres feuilletons américains, des parlements virtuels et des capharnaüms bien réels, existe aussi le parlement d'un peuple non encore répertorié sur une carte du monde. Gilles Deleuze parlait déjà de ce peuple virtuel - pas encore rassemblé - mais potentiellement bien réel dans son appel pour une charte des intellectuels, écrivains et artistes "disant leur refus d'une domestication par les médias et proposant la création de groupes de production afin d'établir les connexions entre fonctions créatrices et fonctions muettes de ceux qui n'ont pas le moyen ni le droit de parler". Depuis, l'assassinat en Algérie de Tahar Djaout, de Naguib Mafhouz en Egypte, ou la Fatwah lancée contre Salmann Rushdie, entre autres, ont rendu son existence indispensable. Voilà donc qu'est né et officie depuis 1993, le Parlement International des Ecrivains, présidé actuellement par Wole Soyinka, écrivain nigérian, premier Africain à avoir reçu le prix Nobel de littérature en 1986. La revue Autodafé publiée en cinq langues et dans cinq pays, (aux éditions Denoël en France) offre un premier reflet des voix qui s'y expriment.

Au sommaire de cette revue, une trentaine d'auteurs, connus (Jacques Derrida, Antonio Tabucchi, Salman Rushdie, Hélène Cixous) ou non, souvent étrangers mais dont le pays d'origine est repéré depuis longtemps par la communauté internationale pour ses exactions contre les droits de l'homme. Gao Er Tai et Bei Dao pour la Chine, Rogelio Sanders Chile pour Cuba, Latif Pedram pour l'Aghanistan, Bashkim Shehu pour l'Albanie. Beaucoup de nouveaux venus aussi, comme Stanko Cerovic, directeur de la rédaction serbo-croate de Radio France Internationale, qui offre là ses réflexions sur les temps de guerre en Yougoslavie. (Comment entre-t-on dans la guerre ?, p. 125-138) ; ou Vule Zuric, né à Sarajevo en 1969 et contraint de fuir les persécutions de la police musulmane en raison de son origine serbe orthodoxe. (Miss you Bozo Susec, p 161-165). Tous parlent de résistance contre l'asphyxie culturelle dans laquelle les autorités de leurs pays les contraignent, de l'incroyable obscurantisme en marche, par lequel le régime des Talibans (Afghanistan) entre autres, achève ce qu'avaient commencé les communistes sous Staline (autodafés des livres jugés dangereux, bourgeois ou capitalistes - Nietzsche, Sartre, Beckett et Popper,… destruction partielle du contenu de la bibliothèque de Kaboul, … Afghanistan : la bibliothèque est en feu. Latif Pedram, p. 35-42). Nombre d'entre eux sont en exil, les "Villes Refuges" montées par le Parlement International des Ecrivains en accueillent certains (Latif Pédram et Bei Dao en Ile de France, Rogelio Sanders Chile et Bashkim Shehu en Espagne, Agim Salihu en Toscane...)

Autant de voix isolées, solitaires, porteuses de lourdes expériences, contrariantes ou contrariées, difficiles à écrire ou à dire, pour un parlement "sans pouvoir, sans palais, sans greffier", dont les membres, ironie du sort, siègent à Bruxelles, à côté du Parlement européen. Mais il fallait que ces voix portent, à mesure que l'empâtement de la langue dont parle Orwell dans La Politique de la langue anglaise gagne du terrain ("Les clichés, les métaphores usées jusqu'à la corde, les paresses d'écriture […] qui amènent l'esprit à s'engourdir et à l'acceptation passive d'idées et de sentiments qu'il n'a pas à examiner…"). "Lorsque nous avons créé le Parlement International des Ecrivains en 1994, explique Christian Salmon en introduction à Autodafé, c'était d'abord pour cela : inventer de nouvelles formes d'intervention des écrivains dans la vie publique, en finir avec les plaidoiries, les dénonciations, les tribunes, tout ce pathos de l'indignation médiatique et sa rhétorique humanitaire…" (Le Parlement d'un "peuple qui manque", p 9-15). C'est chose faite, avec Syl Cheney-Coker par exemple, poète et romancier Africain (Sierra Leone) de 45 ans, auteur exilé en phase de création d'une œuvre ambitieuse, pour dire "en langage poétique, que le drame de la Sierra Leone a été une tragédie universelle ; et [que] s'en sont faits les complices tous ceux qui se sont tus, qui ont pillé, qui ont acheté la "malédiction" de [s]on pays". (La Rivière sacrée [Guerre en Sierra Leone], p 167-183). Ou Marie Ndiaye dont on découvre, dans Autodafé, le superbe extrait d'une de ses pièces de théâtre, histoire d'amour et de peau dans un pays (d'Afrique) gangrené par le "qu'en dira-t-on ?" (Un amour déraisonnable, p. 193-203).

Mission accomplie pour le Parlement International des Ecrivains ? Cosmopolites de tous les pays, encore un effort répondrait J. Derrida (Littératures déplacées, p 61-63). Reste pour tous ses membres, outre lutter contre la censure - en prise avec les auteurs eux-mêmes, et non plus seulement les livres - l'essentiel : libérer en eux la langue, "le royaume infini de l'imagination, la terre à moitié perdue de la mémoire, les fédérations du cœur à la fois brûlantes et glacées, (…), les nations célestes et infernales du désir." (Salman Rushdie, Charte du Parlement International des Ecrivains, cité par Christian Salmon, in Le Parlement d'un peuple qui manque.)

Hélène Sérère

>>lire aussi Abu-Jamal En direct du couloir de la mort La Découverte 1995-1999 avec une préface de Jacques Derrida
>>lire aussi Colette Berthès Odell Barnes Les Arènes 2000

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