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Il
est des livres qui se démarquent des autres : par leur nécessité.
La Machine à tuer en fait partie. Dans cet essai, Colette
Berthès raconte lhistoire dOdell Barnes, ce jeune
homme noir condamné à la peine capitale pour un meurtre dont
il se proclamait innocent et exécuté à la prison dEtat
Ellis Unit 1 de Huntsville, Texas, le 1er mars 2000.
Colette Berthès était lune des correspondantes dOdell.
Ils se sont écrits pendant quatre ans et ne se sont jamais
vus. Dans ce livre, écrit quelques mois après lexécution,
lamie française dénonce le système judiciaire tel quil
est appliqué dans lEtat de M. George W. Bush.
"Laffaire Helen Bass"
Lhistoire commence en novembre 1989. Odell a 21 ans,
il est noir, vit à Wichita Falls, "une petite ville grise
au milieu de nulle part", dans le nord du Texas. Pour
subvenir à ses besoins, Odell a recours au trafic de drogue
et se fait également entretenir par des femmes. Helen Bass,
une amie de sa mère, est lune dentre elles. Le
30 novembre, le corps dHelen est découvert, chez elle,
dans un bain de sang. La victime a été battue, violée, poignardée
puis abattue dune balle de revolver. "À lévidence,
il y avait eu plusieurs agresseurs". Le 1er décembre,
Odell est arrêté par la police puis conduit à la prison de
Wichita Falls. Un avocat commis doffice le représente.
Quand Odell entend quun témoin oculaire prétend lavoir
vu sortir de chez Helen le soir du meurtre à 22 heures 30,
il se sent soulagé : "La police apprendrait bientôt que
sa mère ne ramenait jamais Helen chez elle avant 23 heures
40." Pourtant, le jour même de son arrestation, Odell
Barnes est "inculpé pour meurtre aggravé de vol, destruction
et viol". Dès lors, lengrenage de la machine
meurtrière senclenche : Barry Macha, le Procureur,
demande la peine de mort. Lenjeu se révèle clairement
politique et démagogique ; si Odell est relâché, le procureur
craint de ne pas être réélu aux prochaines élections."
"Ma situation a été utilisée pour la réélection du procureur
qui avait mon cas sous la main. Cest une honte que des
vies humaines soient utilisées comme des pions dans le jeu
déchecs politique." écrira Odell Barnes à Jack
Lang le 16 décembre 1998.
La correspondance
Un jour, à Pompignan, dans le Tarn-et-Garonne, la fille de
Colette Berthès, Houriya, décroche une annonce sur les murs
de la fac : "Condamné à mort américain cherche correspondante
française. Téléphoner à Fabrice Guillot
". On est
en 1996. Houriya entreprend décrire à Odell. Colette,
de son côté, mène son combat depuis 10 ans auprès des demandeurs
dasile et des réfugiés, depuis 30 ans aux côtés
du peuple palestinien. Depuis labolition de la peine
de mort en France en 1981, la militante française oublie,
avoue-t-elle, que la peine capitale perdure encore aux Etats-Unis.
Elle se décide néanmoins à aider Odell pour la traduction
dun tract quil leur envoie et dans lequel il raconte
son histoire. Colette Berthès en informe ses proches, ses
amis, ses relations. Premier pas dun combat quelle
mènera désormais jusquau bout. Entre Odell Barnes et
Colette Berthès se noue une véritable amitié "épistolaire"
autour de la Lutte pour la Justice.
Contre le Texas, pour la justice
La mobilisation de centaines de personnes dans le monde pour
récolter des fonds afin de payer de bons avocats à Odell et
réouvrir les dossiers de laffaire, a été possible grâce
à lacharnement dOdell, depuis sa cellule, à démultiplier
sa correspondance, à croire en la Justice, à créer son propre
comité de défense. Parfois, en écrivant ce livre, nous confie-t-elle,
Colette oublie lhomme, "qu(elle) aimai(t)
et qui allait mourir" au profit du symbole quil
était devenu. Et cest certainement de ce mélange damitié
réelle, visible à travers les lignes émouvantes de leur correspondance,
et de combat contre la peine de mort que ce livre, La Machine
à tuer, tire toute sa force. Il est question ici dhistoire
individuelle et dHistoire contemporaine. À lheure
où nous lisons ce livre, la machine à tuer continue de fonctionner
au Texas et ailleurs. "Mais pour le gouverneur Bush (
)
que pesait la vie dun homme dans sa course à la Maison
Blanche ?".
La peine de mort aux Etats-Unis est appliquée de façon discriminatoire.
52 % des condamnés à mort sont noirs, alors quils ne
représentent que 12 % de la population américaine." Pour
un même crime, un homme noir en Floride, en Géorgie, en Californie
ou au Texas risque dix fois plus la condamnation à mort quune
femme blanche dans un autre Etat."
Charlotte
Bibring
Association
Lutte pour la Justice, Colette Berthès Présidente, 216, chemin
de Figarol, 82170 Pompignan, Tél. : 05-63-67-36-96
http://membres.tripod.fr/Struggle_For_Justice
E-mail : BrthsCl@aol.com
note :
L'association Lutte pour la Justice, créée en France en 1996,
a pour origine le comité Struggle for Justice qu'Odell Barnes
a fondé dans le couloir de la mort d'Huntsville.
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