|








|

|
Renaud Siegmann
Je me souviens de
Montmartre
Parigramme, 1997 |
"Il y a plus de Montmartre à
Paris que de Paris à Montmartre !"
[Formule attribuée aux carriers du XIX°
siècle, faisant allusion au plâtre extrait de la Butte qui servit à édifier la plupart
des immeubles de la capitale.]
Ne croyez pas que
Montmartre nexistât que dans la tête de quelques fous. Les photos sont là, elles
prouvent ! et les récits, les anecdotes, les plaques du cimetière Montmartre, sous
le pont qui mène à la Place de Clichy. Pour sen convaincre, il faut lire,
contempler et butiner Je me souviens de Montmartre, un super livre destiné à tous
ceux qui vivent, ont vécu ou aimeraient vivre rien quune journée ou toute
leur vie sur la butte la plus célèbre du monde. La plus belle aussi, la plus
poétique, la plus chargée dhistoire, celle où lesprit popu a toujours
cotoyé les plus grandes âmes.
Images choc. Voir la
rue Caulaincourt en travaux, barrée de barricades ou parcourues par les chevaux. Les
Nazis sur les marches du Sacré-Coeur, double blessure pour les habitants de la Butte. Le
Maquis, repère des bohèmes, des apaches, des chiffonniers, des ermites et des
saltimbanques. Poulbot y vécut quelques années, au début du siècle que nous venons de
quitter. Vers la fin de la Belle époque, presque toute entière résumée par les
peintres de la Butte dont Toulouse-Lautrec est le plus célèbre représentant, le
Maquis fut détruit. Cétait un peu avant que la grande guerre vide le lieu de ses
habitants, comme un peu partout en France. Il fallait faire de la place aux beaux
immeubles, Haussmanien après lheure. Les habitants de Montmartre avaient résisté
pendant plusieurs décennies aux grands travaux daménagement urbain, évitant
quelques crimes majeurs, dont le principal consistait à couper la butte en deux par un
boulevard qui aurait relié le nord et le sud de larrondissement. Regroupés au sein
de la Commune libre de Montmartre, les citoyens de la Butte défendront leur quartier becs
et ongles, comme en 1871 ils luttèrent contre les Versaillais, qui tuèrent la Commune
sous les ordre de Thiers et le regard amusé de Bismarck.
Tristan Tzara,
Céline, Dalida, Marcel Aymé, Pierre Dac, Gérard de Nerval, Verlaine, Van Gogh, Picasso,
Chagall, Piaf, Brassens, Henry Miller : de siècle en siècle, de la rue Lepic à la
rue Lamarck, des bars aux marchés, les poètes, les peintres, les artistes en tous genres
se parlent en écho, dans des rues qui conservent le souvenir de ces épopées
artistiques. Ça remonte à loin. Henri IV venait sur la Butte pour conter fleurette à
ses maîtresses, Napoléon venait y admirer Paris, en stratège averti. Georges
Clémenceau y débuta sa carrière de médecin, rue Capron. Il devint maire de Montmartre
après la guerre de 1870.
De Pigalle à la
Mairie du XVIII°, de la place de Clichy à Barbès, Montmartre est là, figé dans une
époque incertaine, résonnant encore de la folie des fêtes lointaines et des chansons
données au monde, et à ses révolutionnaires. Ici fut composé Le temps des cerises
en tête, par Jean-Baptiste Clément, montmartrois dans lâme et maire de la
Commune en 1871. Montmartre demeure, malgré les touristes et les bagnoles, un des plus
beaux endroits du monde. De la rue du Poteau aux Abbesses, vous ne regretterez pas la
ballade.
Kz |
Un
bout du Maquis >

"Je me souviens de Montmartre"
140.60 F |

|
|
|