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La culture populaire anglaise qui survit et qui nen finit pas de
mourir. Cest ce que représente tout le cinéma dit social, celui
de Stephen Frears et de Ken Loach, qui de Kes à My name is Joe, peint
la dèche sociale et morale dun Royaume Uni ravagé par le tatchérisme.
Cest encore ce que montre La Meute, le nouvel ouvrage de
John King, traduction très discutable du titre Head Hunters, faisant
suite au célèbre Football Factory. Ce précédent opus
constitue avec La Meute une trilogie en forme de fresque sur la
culture prolétaire britannique en voie de disparition.
Et
de fait, on retrouve Dans La Meute cet univers familier quon
croit connaître depuis toujours : le match de football du
week-end, les bitures au pub, la bande de copains, le reggae. Cest
une véritable tranche de vie que donne à lire John King : les
cinq copains déclinent les différentes facettes de cette jeunesse
qui a déjà vieilli.
Harry
et Balti sont des prolos, les good old fellows, nouveaux déchets
rejetés par le système néo-libéral et qui ne comprennent plus ce
qui leur arrive. Carter, déménageur de son état, est la « machine
à baiser » de la bande, celui qui saute sur tout ce qui bouge.
Il est le meilleur buteur de la Division Q, si judicieusement nommée,
puisquil sagit de coucher avec le maximum de filles dans les
positions qui font gagner le plus de points. Carter se rêve très
sincèrement comme un grand buteur dans des passages tragi-comiques où
il compare son art de baiser au football total des Néerlandais Cruyff
et Gullit.
Enfin
les deux personnages principaux sopposent comme le bien et le mal,
comme bon pauvre et mauvais riche, à travers un certain manichéisme
qui est finalement très convaincant. Mango, sorte dersatz
britannique de Patrick Bateman dAmerican Psycho, représente
lAngleterre de la réussite libérale et de la City, qui tourne le
dos à ses origines populaires :
« Mango
adorait la City quand les rues étaient désertes. Il imaginait toute
lhumanité avalée par un gigantesque aspirateur, kidnappée par
des êtres venus dailleurs, éradiquée par les agents
dentretien de quelque ethnie intergalactique. Il sinstallerait
aux côtés des dirigeants et superviserait la campagne
dextermination. »
A
ce futur infernal, soppose le passé nostalgique qui incarne Will.
Celui-ci vit reclus dans la collection de disques punks et ska, celui
qui représente la mémoire de cette culture, celui qui ne se
prostitue pas mais qui représente la sagesse et une possibilité de
bonheur et d évasion, autre que libérale, pour la bande de
copains. A travers lui, cest tout le passé militant et méconnu
qui affleure dans ce roman engagé : les groupes anarcho-punks,
les grèves de mineurs, la lutte contre la Poll-Tax. Et on lit entre
les lignes que Tony Blair, le « digne héritier », ne fait
quentériner, mais avec un peu de vaseline, la politique ultra libérale
de Thatcher. Conservateurs ou pseudo-travaillistes sont les mêmes
fossoyeurs de la classe ouvrière, nous dit John King.
Au
final, La Meute fait plaisir à lire : son écriture
explicitement naturaliste, ses personnages attachants, ses thèmes
dactualité font penser à un Zola anglais. Mais surtout, derrière
la jeunesse perdue de cette bande de copains (celle dOrange Mécanique
qui aurait vieilli ?), il y a comme un vieux cadavre qui remonte
à la surface et qui ne veut pas disparaître. Cette double agonie de
ladolescence et de la culture populaire crée latmosphère
souvent déprimante et captivante de La Meute :
« Rien nétait
comparable à ce samedi soir. Sauf un vendredi soir, peut-être. Et généralement,
ils prenaient quelques bières le jeudi, histoire de séchauffer
pour le vendredi. ».
G.
H.
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