| Quand j'ai commencé la lecture de L'Inceste,
j'ai pensé, "encore une qui se raconte". Puis j'ai enclenché le décryptage
automatique, et j'ai continué, sans rien imprimer, sans rien comprendre, pour le finir,
juste ça, un minuscule but un peu idiot qu'on s'est fixé et voilà. J'ai lu, comme
j'aurais parcouru les grands classiques qu'on doit lire pour le lycée, sans rien
comprendre, par obligation. Et je continuai de penser, encore une qui se raconte, une qui
se répand dès qu'elle croise un bic et une feuille carrée.
Et puis forcément,
au bout d'un temps, à force qu'elle se dise, qu'elle se braille, qu'elle barbouille sur
la page son intimité - présentiment, sentiment, sexe, maternité, psychanalyse -
forcément on retrouve un peu de son intime à soi. Forcément... Donc on se remet à
comprendre, doucement, par bribe, on chope des choses, on s'amalgame au texte, on
s'y colle, on s'y reconnaît, on s'y mire... et puis la mère Angot devient folle. C'est
elle qui le dit, c'est le mot qu'elle emploie. Or, elle a tellement préparé le terrain
pour qu'on s'y vautre que non seulement on bascule avec elle mais qu'on comprend l'état,
qu'à sa place on ferait pareil. Et d'ailleurs, à sa place, on y est, et on sanglote dans
la chambrette, à se dire que non, vraiment, Marie-Christine aurait du passer Noël avec
Christine et Léonore plutôt qu'avec cette conne d'actrice tellement antipathique...
On referme le livre, l'air
de rien - un peu triste, un peu gêné... On laisse couler. Les jours passent. Dans la
tête cependant ça tarraude, ça appelle... Alors on craque, on cherche le bouquin noir
sur l'étagère, on recherche, vers le milieu, les définitions psychanalytiques tirées
du Dictionnaire de Psychanalyse de Roudinesco. Et l'on s'aperçoit avec terreur qu'on est
homosexuelle, perverse, ultra narcissique, et l'on décide d'entamer une analyse, ou
d'augmenter le nombre de séances.
Tout ça pour dire que ça
n'est pas un livre aisé, facile, gratuit, mais bien un bon vieux pavé qui fait trembler
les arbres - surtout généalogiques.
La Mouche |