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Entre chats
William S. Burroughs
Christian Bourgeois


Un écrivain connu disait que le monde se divise en deux groupes: ceux qui aiment les chats et les cons. William Burroughs, en plus d’être peut-être l’un des cinq meilleurs écrivains du monde et de tous les temps, se rangeait évidemment dans la première catégorie, ce qui ne gâte rien. "Entre chats", édité chez Christian Bourgeois, est un opuscule d’une centaine de pages qui s’inscrit dans la grande tradition littéraire des livres à chats, amorcée par Baudelaire et par Mallarmé, et dans lequel l’écrivain poète rend compte de son attirance, proche de l’obsession, pour les félins en tous genres.

On sait que Burroughs a utilisé la figure du chat dans nombre de ses ouvrages et qu’il était incollable sur des civilisations qui leur faisaient une place supranormale : les Aztèques, les Egyptiens et j’en passe. Ici, toutefois, il parle bien du chat commun, tel qu’on peut le posséder en appartement, dans un pavillon, du chat qui ronronne dans le canapé et qui va faire ses besoins dans une litière pleine de gravillons poussiéreux. 
Burroughs parle de ses chats et plus particulièrement de Ruski, son chat fondateur, celui qui lui a donné le goût d’en devenir un lui même : « quelque temps plus tard je pus pour la première fois voir distinctement Ruski. Après une partie de tir dans la grange, Bill Rich observa : il y a un jeune chat. Vision fugitive d’une silhouette agile gris empourpré sautant de la véranda de derrière. Il avait environ six mois, un chat gris-bleu avec des yeux verts….Ruski. »

Il parle des chats, des tigres, et de ceux qui les possèdent. Entre Chats, en plus d’un superbe album de portraits animaliers (sans photo), est un parfait recueil d’histoires et de portraits d’hommes. La cruauté des hommes est analysée dans leur rapport à l’animal. On retrouve les propriétaires chers à l’auteur : les tapettes, les junkies, les vieilles dames, les jeunes gars par le prisme déformant de leur animal. Le bouquin donne un éclairage particulier sur l’œuvre de l’écrivain américain qu’elle prend à rebours, côté cour et sous des angles assez inattendus. La violence côtoie la tendresse et l’écriture est d’une poésie hypnotique.

« 8 mai 1982. Aujourd’hui la chatte a tué un lapin pas encore adulte. Je regardai par la fenêtre et je la vis avec ce lapin entre les mâchoires, le traînant sous la véranda. James était horrifié. Plus tard, le voici de nouveau sur la véranda, en léchant le sang sur ses pattes avec une expression très satisfaite. Je n’éprouve pas grand chose pour les lapins. Ils ne sont pas du tout malins même les petits. Ils ne font que des tentatives stupides, galvaniques, pour se dégager de vos mains, et les gros lapins peuvent vous faire une très méchante morsure. J’essayai d’enlever les restes avant qu’ils ne se manifestent et ne commencent à hanter la véranda avec l’odeur nauséabonde d’une charogne…. »

Entre Chats prouve par ailleurs que les grands écrivains le sont jusque dans leurs œuvres dites mineures.

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