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Dieu et moi
Jacqueline Harpman
Mille et une nuits


Jacqueline Harpman ou la tentation de l’amour

La plupart disent “Dieu” pour se cacher d’eux-mêmes. 
Elias Canetti.

De L’Amour et l’acacia (1958) à Récit de la dernière année (1999), Jacqueline Harpman se démène pour accéder à cette “vérité secrète qui nous fait si peur que nous n’arrêtons pas de courir pour lui échapper” (L’Orage rompu, 1998). Dans Dieu et moi, sa dernière nouvelle - où l’héroïne a une troublante resssemblance avec l’écrivaine bruxelloise - se manifeste, une fois de plus, le refus de se plier aux règles conventionnelles. Sa boulimie de vivre et son mépris “poli” des dieux lui ont valu d’être couronnée, déjà, des prix Victor Rossel en 1959 pour Brève Arcadie et Médicis pour Orlanda en 1996.

Dieu et moi, quant à sa réflexion, prolonge L’Apparition des Esprits, un roman écrit presque quarante ans auparavant. Il débute là où s’achève Récit de la dernière année : "Je mourus par un bel après-midi d’automne, m’épargnant ainsi l’hiver que j’ai toujours détesté" murmure une voix surgie de nulle part, annonçant l’inexorable filiation thématique avec ses douzes livres précédents.
Jacqueline Harpman refuse cette Création où le libre-arbitre est prétexte à toutes les sottises, où les fanatismes sont justifiés au nom d’un absolu. "Dieu et moi" n’est pas la confession d’un écrivain narcissique (pas totalement en tout cas), à peine démasquons-nous sous la vanité quelques traces d’égocentrisme ; non, "Dieu et moi" n’est pas la lancinante folie d’une psychotique avide de créer un nouveau monde, mais tout simplement l’âme face à elle-même et la prise de conscience que, hors de fébriles passions, rien ne vaut la peine d’être vécu. En même temps, c’est un appel à l’affection, loin des abstraites théories du bonheur. A défaut de nous livrer une éducation sentimentale, J. Harpman esquisse une éducation post-mortem, ou ce qui devrait être une révolte post-mortem. Chaque être de chair et de sang se doit de vivre à plein ses quelques lambeaux d’existence, car la mort, à tout instant, peut frapper. Si la naissance est datée, la mort, elle, surgit à l’improviste, empruntant le masque d’un Dieu, d’un Ange ou d’un Diable.

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