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Rachel la dame de carreau
Michel Steiner
Editions Lignes Noires
(avril 2000) – 79 FF


Minuit 30. Il ne me reste plus que trente pages avant la fin de "Rachel la dame de Carreau", le dernier roman de Michel Steiner. Trente pages et c'est déjà la fin. Si vous avez lu Steiner vous savez sûrement de quoi je parle. Sinon sachez que Steiner est un romancier, psychanalyste, idéaliste fou et désespéré qui rêve de supprimer de la surface de la terre toute la pourriture faite homme.

En deux ans Michel Steiner a publié trois romans : "Mainmorte", "Petites morts dans un asile psychiatrique de campagne", et "Rachel la Dame de Carreau". Ces trois romans sont des enquêtes autour de crimes monstrueux et majestueusement mis en scène, avec un personnage central, clé de voûte involontaire entre le criminel et l'enquêteur.

Jusque-là rien de particulier dans le genre. Pourtant il se passe quelque chose puisque quand on commence, on ne peut plus s'arrêter !

La magie de Steiner tient à deux choses : d'abord à la sympathie que l'on ressent pour ces personnages de savants décalés, tendres obsédés à la recherche d'un absolu pour lequel ils ont tout sacrifié. Ensuite et surtout la drôlerie des situations et des personnages, véritables héros malgré eux d'une situation dont on les croirait les instigateurs.

Dans chacun de ses romans, la mort est théâtralisée et l'abjection des crimes qu'il nous propose à la hauteur des cerveaux géniaux qui les ont commis. On donne la mort à des salauds mais en intellectualisant le crime, en en faisant un jeu diabolique où seuls les initiés peuvent tenter de comprendre et le lecteur se laisser porter.

A la lecture chronologique des romans de Steiner, les angoisses existentielles de ses personnages se font plus intimes et atteignent, dans "Rachel la Dame carreau", des sommets. En effet, mine de rien, Steiner distrait l'attention du lecteur pour l'enquête qui est menée et, ce faisant, nous livre ses propres obsessions (qui ne sont pas "jolies-jolies", encore que…), et finalement nous montre combien l'intelligence et le savoir sont des atouts pour le malheur.

La monstruosité élevée au rang d'une nouvelle forme d'art… Vous aurez compris que Steiner est à recommander aux esprits raffinés qui savent rire de la bête qui sommeille en eux.

Ainsi Franck Wheil, docteur en mathématiques et prof dans un lycée, brûle sa vie entre ses cours, ses parties de poker débridées et un ennui dévastateur. Dom Juan pervers mais sans conviction, sa vie va se trouver bousculée par de mystérieux empoisonnements qui viennent semer le drame dans le milieu du poker. L'énigmatique Rachel (l'empoisonneuse) jette son dévolue sur notre désespéré tombeur et le harcèle d'appels téléphoniques aussi brefs que torrides. Le commissaire Wurtz (un ancien de la brigade des jeux), subtile et fin, mettra-t-il la main sur cette Rachel ? Et Wheil trouvera-t-il de son côté la rédemption dans l'amour ?

Laissez-vous guider dans cet univers labyrinthique où la recherche de l'absolu flirte avec la frénésie, la folie et la mort. Une lecture rafraîchissante pour les esprits aventureux.

Eglantine Simon

Autres livres de Michel Steiner :

*Mainmorte – Editions Baleine (novembre 98)
*Petites morts dans un asile psychiatrique de campagne – Editions Baleine (septembre 99)

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