| Depuis son refuge quelque part dans le Vaucluse, Pierre Autin-Grenier a
rassemblé dans un recueil au titre cynique un ensemble de poèmes en prose, de récits au
quotidien et de courts textes dautofiction sur la langueur de lécrivain et
lépuisement de lhomme contemporain.
Paru chez Gallimard en 97, ce petit livre
est réédité cette année en livre de poche. Il y est question de la pluie, des affres
du fumeur, des andouillettes, des lieux où, passé un certain âge, il devient certain
que nous nirons jamais, des chiens, des femmes et des petits carnets que traînent
avec eux ceux qui veulent retenir le monde dans leurs mots. Les textes de Pierre
Autin-Grenier ont un pouvoir dévocation puissant. Sils sont si courts,
cest pour permettre à limagination de prendre le relais. Le lecteur est
emporté en trois pages et quelques mots, Tombouctou, la NRF, les groseilles de
Bar-le-Duc, lapéro du soir ou un disque de Brel gratté par un vieux saphir.
Un malaise diffus, pourtant, frappe à la
lecture de ces pages souvent désabusées.
"A quoi bon ma vie immobile dans ce trou noir, je me dis, quand
partout alentour sagitent des ingénieurs en aéronautique, parcourent en tout sens
la planète Messieurs les Administrateurs des îles éparses et que des experts
assermentés près les tribunaux expertisent tandis quailleurs attaquent
formidablement des banques des bandits prodigieux ? Vrai, comment ne pas se demande
ce que lon est venu faire là au milieu et doù nous vient cette audace de
respirer le même air eux ?"
Le poète nest pas dun grand
réconfort. La suite sera pire encore. Nos vies sont ratées et Léternité est
inutile, comme le clame le dernier livre de Pierre Autin-Grenier.
Kz |