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Aimee
Bender livre dans ce premier recueil de nouvelles quelques indices
dun univers singulier. Portées par une prose démonstrative et
ironique, les seize nouvelles explorent les failles du désir amoureux
avec une confiance radieuse. Les propos : mutilations, pères, mères
(le livre est dédié à ses parents), inceste, enfermement, trous
dans lestomac, sacs à dos de pierre, prothèses buccales et
hommes-salamandres. Le corps, labsence de corps, le trop ou le pas
assez de corps. Là encore il est question de désir, et de désir féminin,
à mille lieues cependant dune Virginie
Despentes, à quinze mille
de Lydia
Lunch, dans un nouvel espace dédramatisé, candide.
Lextravagance des fantasmes et des situations défie le jugement, désamorce
le scabreux ; reste le désir, magique.
« Je
songe à cette fille dont jai lu lhistoire dans le journal
la fille à la jupe inflammable. Elle avait acheté une jupe large en
mousseline de rayonne violette. Elle la mise à loccasion
dune soirée et elle dansait trop près des bougies au parfum de
vanille quand la jupe sest brusquement enflammée comme une torche
en aiguilles de pain. Lorsque le garçon qui dansait à côté
delle a senti la chaleur et lodeur de plastique, il a poussé un
hurlement et a roulé la fille en feu sur la moquette. Elle a eu les
cuisses brûlées au troisième degré. Mais la question qui me
taraude est celle-ci : à linstant où elle a senti sa jupe
senflammer, quest-ce quelle a pensé ? Avant de savoir
que cétaient les bougies, a-t-elle cru y avoir elle-même mis le
feu ? Avec le balancement sensationnel de ses hanches, la chaleur
de la musique en elle, a-t-elle cru, lespace dune merveilleuse
seconde, que la passion lavait enflammée ? »
Lhistoire
courte emprunte au conte sa candeur. Imaginez un écrivain qui
reprendrait Festen, le délicieux huis-clos familial de Thomas
Vinterberg, pour en faire un conte dAndersen à lusage de
petites filles pas sages. Aimee Bender, dans une interview au magazine
américain randomhouse.com, revient dailleurs sur ces sources
dinspiration, qui vont de Grimm à Calvino, de Garcia Marques à sic
Oliver Sacks. Fille bien élevée dartistes de San Francisco,
université, enseignement (« Le contact des enfants ma
beaucoup appris
»), atelier décriture (« Je my
sentais très bien. Ils savaient repérer ce qui faisait la spécificité
de chacun dentre nous »), danse, sculpture, Aimee Bender
lance-t-elle simplement une première amorce en forme de casse-tête
psychanalytique à une poignée de doctes littérateurs ? Bonne
copie ou belle esquisse ? Si son premier ouvrage semble avoir
bien fonctionné aux Etats-Unis, cest sans doute que la petite
fille modèle démontre à merveille que lamour, cest beaucoup
plus simple quon ne le dit. Cest à dire très compliqué.
On attend la suite avec impatience.
Alex |