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Aimee Bender
La fille en jupe inflammable
Editions de l'Olivier
Traduction de l'anglais 
par Michel Lederer


Aimee Bender livre dans ce premier recueil de nouvelles quelques indices d’un univers singulier. Portées par une prose démonstrative et ironique, les seize nouvelles explorent les failles du désir amoureux avec une confiance radieuse. Les propos : mutilations, pères, mères (le livre est dédié à ses parents), inceste, enfermement, trous dans l’estomac, sacs à dos de pierre, prothèses buccales et hommes-salamandres. Le corps, l’absence de corps, le trop ou le pas assez de corps. Là encore il est question de désir, et de désir féminin, à mille lieues cependant d’une Virginie Despentes, à quinze mille de Lydia Lunch, dans un nouvel espace dédramatisé, candide. L’extravagance des fantasmes et des situations défie le jugement, désamorce le scabreux ; reste le désir, magique.

« Je songe à cette fille dont j’ai lu l’histoire dans le journal – la fille à la jupe inflammable. Elle avait acheté une jupe large en mousseline de rayonne violette. Elle l’a mise à l’occasion d’une soirée et elle dansait trop près des bougies au parfum de vanille quand la jupe s’est brusquement enflammée comme une torche en aiguilles de pain. Lorsque le garçon qui dansait à côté d’elle a senti la chaleur et l’odeur de plastique, il a poussé un hurlement et a roulé la fille en feu sur la moquette. Elle a eu les cuisses brûlées au troisième degré. Mais la question qui me taraude est celle-ci : à l’instant où elle a senti sa jupe s’enflammer, qu’est-ce qu’elle a pensé ? Avant de savoir que c’étaient les bougies, a-t-elle cru y avoir elle-même mis le feu ? Avec le balancement sensationnel de ses hanches, la chaleur de la musique en elle, a-t-elle cru, l’espace d’une merveilleuse seconde, que la passion l’avait enflammée ? »

L’histoire courte emprunte au conte sa candeur. Imaginez un écrivain qui reprendrait Festen, le délicieux huis-clos familial de Thomas Vinterberg, pour en faire un conte d’Andersen à l’usage de petites filles pas sages. Aimee Bender, dans une interview au magazine américain randomhouse.com, revient d’ailleurs sur ces sources d’inspiration, qui vont de Grimm à Calvino, de Garcia Marques à sic Oliver Sacks. Fille bien élevée d’artistes de San Francisco, université, enseignement (« Le contact des enfants m’a beaucoup appris… »), atelier d’écriture (« Je m’y sentais très bien. Ils savaient repérer ce qui faisait la spécificité de chacun d’entre nous »), danse, sculpture, Aimee Bender lance-t-elle simplement une première amorce en forme de casse-tête psychanalytique à une poignée de doctes littérateurs ? Bonne copie ou belle esquisse ? Si son premier ouvrage semble avoir bien fonctionné aux Etats-Unis, c’est sans doute que la petite fille modèle démontre à merveille que l’amour, c’est beaucoup plus simple qu’on ne le dit. C’est à dire très compliqué.
On attend la suite avec impatience. 

Alex

Plugs-out

>Lecture : 
Interview de Aimee Bender sur randomhouse.com

>Audio :
Lecture par l'auteur de Drunken Mimi (Mimi la Pocharde)
Lecture par l'auteur de The Rememberer (Souvenir)

>Lecture :
Lire la nouvelle Call my name (Appelle-moi par mon nom)

La fille en jupe inflammable - Aimee Bender
93.10 F 

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