| Les Terriens vivent heureux dans ces cavernes
dacier, où les robots sont interdits. Leur présence a toujours dégoûté
les Terriens, même si, conformément aux trois lois de la robotique, aucun robot na
jamais fait de mal à un être humain. Privés dair et de lumière naturels, privés
despaces et déléments naturels, les Terriens aiment vivrent agglutinés, les
terres libres comme le ciel leur font peur. La plupart, dailleurs, ne sont jamais
sortis des villes souterraines. Les enfants y naissent, et cet écosystème reconstitué
est leur milieu naturel. Les Terriens ont laissé à leurs cousins de lespace, les
Exos, lUnivers entier. Aucun habitant de la Terre noserait sy aventurer.
Dans ce monde
communautariste hyper-structuré, largent a été aboli : il ne permet pas de
gérer de façon optimale les ressources de la planète et le travail de chacun. A la
place, les Terriens ont inventé un système global de planification des tâches et des
modes de vie, qui assure la rationalité de toutes les actions, quil sagisse
de production ou de consommation. Ainsi les familles mangent-elles toutes dans les
cantines de leur quartier, où des repas sommaires produits à partir de cultures
synthétiques, leur sont servis à heures fixes. Les gens nont pas non plus de salle
de bains ni de toilettes à leur domicile. Ils se rendent dans des sanitaires publics. Les
métiers sont organisés de manière à optimiser le fonctionnement de ces villes
souterraines, et lutilité sociale de chaque activité est fixé par les autorités.
Chaque travailleur dispose ainsi dun grade, et les seuls avantages quun
Terrien peut acquérir par rapport à ses concitoyens repose sur cette différence de
grade. Les travailleurs qui, au regard de la norme sociale, sont dune utilité
supérieure, peuvent par exemple disposer d'une salle de bains et d'une cuisine à leur
domicile.
Elijah Baley est un numéro
6. Inspecteur de police, il bénéficie dun grade élevé, qui lui permet de jouir
de certains privilèges. Sa femme et lui préfèrent cependant ne pas exploiter les
possibilités qui leur sont offertes comme de manger à leur domicile car
ils ne souhaitent pas être mal vus de leurs voisins. Dans un monde où légalité
est érigée en vertu première, la normalisation des comportements et des attributs
matériels interdit aux individus de se comporter dune façon originale.
Linspecteur Baley a du
pain sur la planche. Un meurtre a été commis à Space Town, port de débarquement vers
les Mondes extérieurs. Les Spaciens (ou Exos) pensent que le criminel est un Terrien.
Afin denquêter sur ce meurtre, ils dépêchent un de leurs meilleurs agents, R.
Daneel Olivey, androïde au cerveau électronique ultraperfectionné, capable de se faire
passer pour un humain. Assisté de ce robot, pour lui répugnant et humiliant,
linspecteur Baley doit faire preuve defficacité : les tensions entre la
Terre et les Mondes extérieurs pourraient conduire à un conflit fratricide. Contraints
de coopérer, les Terriens doivent souvrir sur lextérieur. Dans cette
posture, une question ne tarde par à jaillir : et si nous partions conquérir à
nouveau lespace ?
Sur cette trame, Asimov
construit un polar SF de première classe, insérant la traque policière dans des univers
baroques. Exploitant la technique du couple denquêteurs dissemblables, à la fois
opposés et amis, pour donner à son récit une touche dhumour et une profondeur
psychologique à ses personnages. Les fans dAsimov connaissent forcément
louvrage. Pour les autres, il constitue un point dentrée idéal dans
luvre du maître. En effet, il constitue une aventure autonome et
sinscrit en même temps dans les deux systèmes romanesques développés par
lauteur pendant quarante ans : le Cycle des Robots
dune part, Fondation dautre part. Vers la fin de sa
vie, Asimov avait pris le soin de faire converger ces deux ensembles, leur donnant une
cohérence et une portée symbolique impressionnantes. Les cavernes d'acier sont
une des pièces principales de ce puzzle SF.
Kz |