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Dossier Livres
Spécial USA
Is Writing a crime ?

Abu-Jamal
En direct du couloir
de la mort

La Découverte
1995-1999
préface
de Jacques Derrida

Colette Berthès
Odell Barnes
Les Arènes
2000

Revue
Autodafé
Parlement international des Ecrivains
automne 2000

LIENS US

ABC News
Special Report

Death Penalty
consultez notamment un altas interactif des législations en vigueur au niveau international

Amnesty
International USA

Abolish

Mumia Abu-Jamal's
Freedom Journal
mumia.org

EN FRANCAIS

Antenne Française
de l'International Concerned
Family and Friends
for Mumia Abu-Jamal

Site du MRAP
La synthèse en français des irégularités qui ont entâchées le procès d'Abu-Jamal

PETITION

Signez la pétition
"Ensemble Contre la Peine de Mort aux Etats-Unis"
sur le site 
d'ecart-type.com

>>lire aussi Autodafé Parlement international des Ecrivains
>>lire aussi Colette Berthès Odell Barnes Les Arènes 2000
Mumia Abu-Jamal
(suite)
La Découverte
(Préface de Jacques Derrida)


Que les prisonniers soient entretenus dans cette réalité d'objet dès la sentence prononcée, Abu-Jamal est là pour en attester : réfléchir, écrire, penser demandent une force surhumaine. "Ici, on n'a que peu, ou pas, de vie psychologique. Ici beaucoup ne peuvent échapper au spectre omniprésent de la mort que par les distractions communes : télévision, radio, activités sportives. Les téléviseurs sont autorisés mais pas les machines à écrire. On peut dépenser librement son énergie devant le petit écran, mais un outil essentiel pour se débrouiller dans le maquis juridique est considéré comme un risque du point de vue de la sécurité." (p. 45) "Déjà morts" leur martèle une institution qui semble avoir pour seul dessein de les conserver vivants pour mieux les éliminer. C'est en ce sens que le contre pouvoir constitué par l'écrit en tant que tel et représenté aujourd'hui ne serait-ce que symboliquement par le Parlement International des Ecrivains prend toute sa force. "Même si nous n'étions pas persuadés par mille indices que la justice a été violée dans le cas d'Abu-Jamal pendant plus de treize ans et que son procès appelle au moins une révision, le Parlement International des Ecrivains s'oppose par principe, par ce qui est son principe même, et aux tortures policières et carcérales et à la peine de mort, ce qui va de soi dès lors que nous nous élevons contre toutes les violations de la liberté de parler et d'écrire […]. Sans cesser d'être lui-même, Abu-Jamal, "la voix des sans-voix" (surnom de "the voice of the voiceless" donné à Abu-Jamal pour son travail de journaliste radio et presse avant même son incarcération ndlr), est d'abord un prisonnier politique. Parce qu'il risque la mort, il représente ainsi pour nous aujourd'hui toutes ces voix, la voix, une voix de toutes ces voix. Et nous ne cesserons plus de l'entendre. "Préface de Jacques Derrida, 1er août 1995, signée au titre de vice-président du Parlement International des Ecrivains présidé par Salman Rushdie.

La peine de mort : une plus-value électorale prisée par toutes les composantes de l'exécutif américain
Des objets, les résidents du couloir de la mort ne le sont pas qu'aux yeux de l'institution pénitentiaire. Pour les hommes politiques américains, ils représentent également un fond de commerce des plus lucratifs, stockés dans l'attente d'une opportunité de plus-value électorale. Pour bien mesurer l'ampleur du phénomène, il suffit d'observer George W. Bush Junior. Elu gouverneur du Texas sur un programme ultra réactionnaire, il n'a eu de cesse de durcir la législation pénale de cet Etat. L'augmentation des condamnations, et notamment celles à la peine capitale, a dès lors suivi une courbe inversement proportionnelle à celle des moyens financiers et humains investis dans la lutte contre la misère sociale. Ainsi Bush a contenté doublement son électorat. En sabrant dans les dépenses budgétaires, il fait baisser les impôts, en remplissant les prisons, il apaise les inquiétudes sécuritaires de la white middle-class. Nul besoin d'être un médium pour saisir le côté perfide de cette manipulation : la croissance de la population carcérale vient cacher les effets dramatiques de la disparition brutale du filet social le plus élémentaire. Et bien sûr, ce sont les minorités ethniques qui en subissent de plein fouet les conséquences. Vous savez, ces gens qui sont les seuls à avoir véritablement contesté de l'intérieur le fonctionnement du système américain ces trente dernières années… Plus grave encore, George W. Bush se sert des prisonniers du couloir de la mort pour camoufler les dérapages de sa politique. Que, sans espoir d'intégration, ces minorités se tournent vers la violence, voire le crime, pour survivre dans un milieu de plus en plus excluant, et son administration augmente le rythme des exécutions. Bush joue ainsi sur la peur des minorités pour renforcer son audience auprès de ses électeurs. Cette approche perverse de la politique se retrouve à tous les échelons de la vie publique aux Etats-Unis. Que ce soit l'ancien maire de New-York, le shérif d'un comté quelconque ou l'attorney general de l'Etat du Texas, la grande majorité des élus se livrent à une compétition acharnée sur le dos des plus démunis, et donc des plus condamnés, pour renforcer l'assise de leur pouvoir et garantir leur réélection. Cette réalité est si présente qu'aucun homme politique américain visant à des hautes responsabilités n'ose plus se positionner ouvertement contre ces dérives barbares, même s'il est dans son fort intérieur contre ces pratiques. Et ce d'autant plus quand il est question de la peine de mort. La force et la pérennité de ce témoignage est de faire de cette cause un symbole et perpétuellement de ce symbole une réalité humaine irréductible.

Ecrivain, journaliste, noir-américain, ex-Black Panther condamné à mort dans une prison du Connecticut depuis vingt ans, Abu-Jamal reste une voix entière par delà son message, certainement parce que sa force est singulièrement, essentiellement politique. C'est ce qui le condamne. C'est également ce qui le sauve et le maintient en vie.

dossier coordonné par A.J et el bolcho

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