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Partager les rues

"La liberté des autres commence."

Le croirez-vous ! En 1974 (et je crois bien que c’est l’année ou Paris est devenu le terrain de jeu de la Chiraquie) ont été créés les couloirs de bus et l’interdiction faite aux cyclistes d’y circuler. Année noire pour la ville lumière où les bureaux ont commencé à pousser comme des champignons pendant que les bagnoles envahissaient progressivement les boulevards et les défiguraient. En réaction contre cette décision arbitraire, des associations (comme Le Mouvement de Défense de la Bicyclette) ont vu le jour. Certaines militent depuis vingt ans pour des aménagements urbains adaptés pour le transport à vélo : cela peut paraître incongru de réclamer des pistes cyclables et des parcs à vélo dans une grande capitale européene, mais le fait est qu'aucun décideur local n'a paru se pencher sur le problème. Les allemands doivent nous rire au nez, eux qui, cadres dynamiques ou ouvriers, sont nombreux à aller bosser sur deux roues tous les matins.
A Paris, c'est seulement fin 1995 que la mairie a commencé à prendre en compte la situation déplorable des cyclistes (aménagement de 50 km de piste cyclable). Les grêves de l'hiver auront au moins servi à ça... Malgré le froid et l'anarchie dans les rues, de nombreux habitants de la capitale ont découvert qu'ils était moins ridicules sur un vélo que dans une voiture chauffée certes, mais immobile. Je ferai d'ailleurs remarquer à ceux qui ne sont pas encore convaincus de l'efficacité du vélo en milieu urbain que deux roues sont au moins aussi rapides, sinon plus, que quatre pneus pour traverser la ville. Apparement, en tout cas dans les faits, le cycliste semble moins tenu au code de la route que les véhicules à moteur... qu'il soit bien entendu que je ne vous exhorte pas à griller tous les feux rouges, profitez seulement de la tolérance de la marée-chaussée qui ne sait plus où donner du PV dans un tel bordel. Lorsque la situation sera plus claire et que les vélos obtiendront la place qui leur est due sur les boulevards, il ne sera plus necessaire de braver la loi.
La mairie remet ça en 1997 en allongeant le réseau  du double de sa longueur. On serait tenté de louer cette action si elle n'était pas si tardive et timide. Ce réseau cyclable a, semble t'il, été élaboré sans vision globale, sans concertation et surtout sans continuité. Aménager des espaces pour les vélos implique une véritable politique d'urbanisme basée sur le partage de la voie publique. Bien sûr, on voit apparaître ça et là de nouvelles pistes cyclables mais elles sont uniquement concentrées sur les grands axes (Rennes, Rivoli, berges de la Seine...). Les petites rues ou il fait bon flâner en sont dépourvues.
Le cycliste parisien n'a actuellement pas beaucoup de choix : soit il emprunte les pistes prévues à cet effet, étroites et peu sécurisantes, encombrées de taxis et de camions de livraisons, soit il s'aventure pour une ballade plus sympa dans les quartiers, où il lui faudra slalomer entre les voitures, circuler en sens interdit et sauter les trottoirs. Le vélo, même en ville, reste un sport.
Aujourd'hui, il faut bien reconnaître que la situation des cyclistes s'est améliorée dans la capitale. Mais cela fait un bout de temps, me semble-t'il, qu'il n'y a pas eu d'avancées sérieuses dans ce domaine. J'ai beau arpenter toutes les rues de la ville sur ma bécane obselète, je n'ai pas récemment pratiqué de nouvelles pistes cyclables... je remarque simplement chaque jour l'absurdité du réseau, constitué de marquages au sol qui commencent au milieu de nulle part pour aboutir au même endroit. En 1998, la Mairie de Paris n'a pas juger bon de continuer les aménagements commencés il y a trois ans alors que, chaque jour, de plus en plus de parisiens pédalent pour se déplacer. Favoriser l'usage de la bicyclette en milieu urbain implique aussi une évolution du code de la route, pour que le vélo cesse d'être considéré comme un parasite de l'asphalte.
Partager les rues, c'est faire preuve de civisme. Circuler à vélo est un moyen de rendre sa ville plus conviviale. Alors cyclistes ! croissez et multipliez, investissez les rues pour que Paris devienne une ville plus agréable à vivre où chacun aura sa place sur le macadam.

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