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Cyber Culture
 Des textes rares
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Les Cybercafes

une selection de Cederom
L’ordinateur - dé
L’ordinateur, littéralement, est un organisateur de chiffres. Comme le dé, il permet de traiter la vie sur une base numérique. Naturellement, la grande rupture entre l’Homme-dé et le cyber-schizo réside dans le fait que nos expérimentations se déroulent à présent au sein d’univers virtuels tandis que les délires du Dr. Rhinehart s’exprimaient dans le monde réel. Pour vous consoler, je vous laisse choisir entre un des trois arguments suivants :
 
  1. Les possibilités ouvertes par les réalités virtuelles sont beaucoup plus nombreuses, diverses et excitantes que celles auxquelles un psy new-yorkais des années 70 peut prétendre. Certes, il manque à ces aventures oniriques la jouissance du sentiment que l’expérience vécue est réelle, mais bon, on ne peut pas tout avoir. Sauf à se retrouver affreusement manipulé comme Schwartzeneger dans Total Recall, le cyber-schizo sait toujours établir la frontière entre sa vie réelle et les simulations auxquelles il se prête. Il doit donc apprendre à vivre avec deux êtres, le moi réel et le moi virtuel, lui-même déclinable à l’infini. Il ne peut envisager d’occulter la séparation entre ces deux entités qu’en glissant, cette fois pour de bon, dans la folie. Ayant accepté son sort, le cyber-schizo peut envisager de violer Madeleine Albright, la Secrétaire d’Etat américain, là où Luke Rhinehart doit se contenter de sa voisine lorsqu’il souhaite expérimenter une sexualité taboue (je vous rassure, la voisine finit par se laisser séduire).
  2. L’accomplissement de vos fantasmes dans le cyber-monde est beaucoup plus sûr que dans la réalité. Il y a peu de risques qu’un gang de Yakusa viennent vous racketter si vous avez plumé leur boss au cyber-casino. Je n’en dirais pas autant si vous décidez de tenter l’expérience dans un tripot de Bangkok.
  3. Il existe certaines passerelles entre le monde virtuel et le monde réel. La vie cybernétique ne vaudrait pas le coup d’être vécue si l’internaute ne conservait pas, quelque part en lui, l’intime conviction que les rôles peuvent s’inverser, que la vie réelle imite l’art et que nos destins se nourrissent de projections oniriques. Tout peut arriver. Un jour, Patrick Le Lay remarquera mon humour sur le forum de blagues où je sévis quotidiennement et me proposera d’animer une nouvelle émission en prime-time. Je supplanterais Lagaff et deviendrais le roi du rire.
Timothy Leary

Le site de Timothy Leary

 

Le développement des espaces virtuels dans les années à venir ressemblera à une quête fébrile par laquelle les internautes repousseront de plus en plus loin les limites techniques des expériences de stimulation. Croissance des débits, amélioration des interfaces homme-machine, enrichissement des protocoles logiciels (comme le VRML) sont quelques unes des étapes à franchir pour nous puissions donner libre cours à des comportements dont les sciences sociales commencent déjà à analyser les conséquences. Dans cette attente, rien ne sert d’épiloguer. Il faut attendre que les usages se fixent pour appréhender plus précisément l’essence de la cyber-schizophrénie. On peut aussi travailler au développement des mondes virtuels afin qu’ils ressemblent à ce que nous voudrions qu’ils soient. En ce sens, la démarche esthétique et scientifique d’un Timothy Leary n’est pas très éloignée de celle de l’homme-dé et des pionniers des mondes virtuels.

Timothy Leary considérait que, vu l’état d’avancement des sciences informatiques dans les années soixante et soixante-dix, on ne pouvait pas envisager d’y recourir pour démultiplier les possibilités individuelles. Le recours aux drogues était, dans cette perspective, un substitut destiné à provoquer cette modification de l’état de conscience qu’il appelait de ses vœux pour repousser les capacités cognitives et sensitives de l’être humain. Timothee Leary, dont le rêve était de se baigner dans des bains de données, de flotter au milieu des bases de connaissances d’un cybermonde dont il anticipait la survenue, a d’ailleurs tenu à préciser dans son testament qu’il reviendrait sur terre sous la forme d’un agent logiciel. Si je est un autre, cet autre pourrait bientôt courir la campagne virtuelle avec ses avatars.

date de la dernière mise à jour 20/09/99